Une trentaine d’organisations de la société civile (OSC) camerounaise ont été formées les 7 et 8 août 2025 à Mbalmayo sur la redevabilité verte. Cette initiative s’inscrit dans un programme international visant à démocratiser la gouvernance du financement climatique. Enjeu : permettre aux communautés locales de contrôler efficacement l’usage des milliards de francs CFA dédiés à la lutte contre le changement climatique.
Dans les salles feutrées de l’hôtel Natacia de Mbalmayo, une transformation majeure s’est amorcée les 7 et 8 août derniers. Trente organisations de la société civile camerounaise ont participé à un atelier de formation qui sambitionne de transformer la manière dont leur pays gère les fonds climatiques internationaux. Organisée par le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) en coalition avec l’ONG Field Legality Advisory Group (FLAG) et Green Development Advocates (GDA), cette formation s’inscrit dans le projet ambitieux « Renforcement de l’implication des OSC et des PACL pour une plus grande responsabilité et transparence dans les politiques et programmes climatiques au Cameroun » (RI-OSC-PACL). Soutenue financièrement par le World Resources Institute (WRI), l’initiative vise à soutenir la société civile et les organisations de base dans leurs efforts d’appropriation du financement et de l’action climatique afin de les rendre plus transparents, inclusifs et responsables.
L’enjeu dépasse largement le cadre national. Chaque année, des milliards de dollars de financement climatique transitent par les pays africains, souvent sans que les communautés concernées puissent en suivre l’usage ou en évaluer l’impact réel. L’initiative camerounaise entend bouleverser cette logique en poursuivant quatre objectifs stratégiques : fournir aux organisations de la société civile des outils leur permettant de suivre et s’ assurer de l’équité des fonds climat en intégrant le retour vers les communautés, renforcer la collaboration avec les institutions gouvernementales, et créer une communauté de pratique entre praticiens de la redevabilité verte.

Blondel SILENOU
« Cette formation avait toute sa place car elle s’inscrit dans une dynamique qui voudrai améliorer la redevabilité dans le financement climatique en soutenant l’intégration du retour d’information des communautés, des citoyens et des OSC dans la prise de décision », explique Blondel Silenou, expert en finance climatique et agroécologie. Pour ce spécialiste, qui a observé pendant des années les dysfonctionnements de la gouvernance actuelle et les injustices sociales qui en découlent, l’enjeu consiste à créer un écosystème où les Peuples Autochtones et Communautés Locales (PACL) cessent d’être de simples bénéficiaires pour devenir de véritables acteurs des décisions d’allocation des ressources.
Willy Djanang, facilitateur de l’atelier, a mis l’accent sur la dimension collaborative de l’approche : « Le partage de l’apprentissage mutuel, les stratégies et les outils entre les acteurs de la redevabilité verte, les organisations de base et les praticiens était un préalable indispensable dans le cadre des actions à venir. À terme, cela contribuera à la mise en place d’une communauté de pratique efficace. »
Cette vision s’avère particulièrement pertinente pour le Cameroun, pays à la fois forestier et côtier, qui subit de plein fouet les effets du changement climatique : déforestation accélérée du bassin du Congo, érosion côtière dans la région littorale, avancée du désert dans le Grand Nord. Dans ce contexte, la formation de Mbalmayo revêt une dimension stratégique capitale pour les Peuples Autochtones et Communautés Locales, premières victimes de ces bouleversements environnementaux.
Les participants repartent désormais armés d’outils concrets : méthodes de suivi budgétaire, techniques d’évaluation participative, stratégies de plaidoyer, mécanismes de dialogue avec les autorités. Plus qu’une simple formation, l’atelier de Mbalmayo a posé les jalons d’une transformation profonde : celle qui permettra aux citoyens camerounais de passer du statut de spectateurs à celui d’acteurs vigilants de la politique climatique nationale. Une transformation verte qui commence dans les esprits avant de transformer les pratiques.
Iric DACHI
