La faisabilité d’un instrument de tarification carbone adapté au contexte camerounais en étude

L’atelier de validation des résultats de l’étude de faisabilité de la tarification carbone au Cameroun, tenu du 7 au 9 juillet 2025 à Yaoundé, a marqué une étape stratégique dans l’élaboration d’un instrument national de tarification du carbone adapté au contexte camerounais.

Ceci faisait suite à une étude réalisée avec le soutien financier et technique du secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) dans le cadre de l’initiative Collaborative Instruments for Ambitious Climate Action (CiACA).

Face à l’urgence climatique et à ses engagements dans l’Accord de Paris, le Cameroun explore la mise en œuvre d’un instrument de tarification du carbone. Cette étude examine les options disponibles, les impacts économiques et environnementaux, ainsi que les conditions de faisabilité. Elle s’appuie sur des données nationales de projection des émissions de gaz à effet de serre (GES) et propose des scénarios d’intervention.

Extrait de l’exposé de M. Yannick Wabo.

En effet, le gouvernement camerounais prévoit une augmentation de ses émissions de GES de 71 % d’ici 2030 par rapport à 2010. Pour respecter ses engagements climatiques, le pays vise une réduction inconditionnelle de 12 % et conditionnelle de 23 % des émissions d’ici 2030. L’étude CIACA vise à :

  • Évaluer la faisabilité technique, économique et institutionnelle d’un mécanisme de tarification carbone.
  • Identifier les secteurs prioritaires pour une mise en œuvre pilote.
  • Proposer des instruments adaptés au contexte camerounais.

Tarification carbone – Un moyen rentable de réduire les émissions de GES

Yannick Wabo, Expert Article 6 et Tarification carbone à la CCNUCC CRC Afrique de l’Ouest et du Centre a clairement défini la notion aux participants:  » la tarification carbone permet de réduire les émissions ainsi que les coûts qui y sont associés, coûts qui sont in fine supportés par l’ensemble des acteurs, y compris les entreprises et les sociétés, du fait des multiples impacts des changements climatiques ». Son exposé a permis de parvenir aux conclusions que:
• La tarification du carbone est depuis longtemps reconnue comme un moyen rentable et efficace de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES).
• Les actions nationales proposées pour atténuer les changements climatiques, telles qu’exprimées dans les Contributions Déterminées au niveau National (CDNs), sont largement reconnues comme étant collectivement insuffisantes pour atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris.

Scénario de tarification effectué par l’étude.


Pour palier à ce manquement, la tarification du carbone s’est avérée être l’un des outils les plus efficaces pour mobiliser le potentiel du secteur privé, y compris les entreprises et les investisseurs. De ce fait, elle constitue un élément essentiel de l’arsenal politique mis à la disposition des décideurs, à la fois pour atteindre les objectifs des CDNs actuelles à moindre coût et pour favoriser une ambition plus élevée à l’avenir.
Plusieurs instruments de tarification existent , tous pour la plupart présentent des avantages pour l’économie locale, mais dans l’application effective c’est mitigé. Prenant le cas de la taxe carbone, si établie à 20 USD/tCO₂e , elle pourrait générer 50 millions USD/an tout en réduisant les émissions de 8 à 10 % dans les secteurs ciblés. Par ailleurs, les recettes pourraient financer des projets d’adaptation, des subventions aux énergies renouvelables et des mesures sociales compensatoires.

Dr. Gideon Fosoh, juriste et expert sur les questions liées au marché du Carbone, consultant dans le cadre de cette étude de faisabilité, a rassuré : « la tarification carbone représente une opportunité stratégique pour le Cameroun de concilier croissance économique et transition écologique ». Pr. Christophe Bring , Directeur de la gestion des ressources naturelles et du développement durable au Ministère de l’Environnement , de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) a soutenu ce point de vue en affirmant:  » l’étude démontre que des instruments bien conçus peuvent générer des co-bénéfices significatifs en matière de financement climatique, d’innovation technologique et de justice environnementale ».

Pour ce faire, les participants de divers domaines d’activités conviés à cette rencontre, ont formulé des recommandations ainsi qu’il suit: lancer un projet pilote dans le secteur énergétique (torchage de gaz); créer un cadre réglementaire clair et renforcer les capacités institutionnelles; intégrer la tarification carbone dans la politique fiscale verte du Cameroun; et surtout favoriser la transparence et la participation des parties prenantes, particulièrement le secteur privé des énergies.

Ange ATALA