Le Conseil d’Administration de l’Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC) a tenu sa 20ème Session Ordinaire le 30 décembre 2025 à Yaoundé. Cette rencontre coordonnée par son PCA, M. Enoh Peter Ayuk, a permis de dresser le bilan des activités menées au cours de l’année écoulée et de présenter les grandes orientations pour 2026, à travers son projet de performance.
Créé en 2009 par décret présidentiel, l’ONACC est aujourd’hui un établissement public scientifique et technique placé sous la tutelle du Ministère de l’Environnement. Sa mission : suivre et évaluer les impacts socio-économiques et environnementaux des changements climatiques, proposer des mesures d’adaptation et d’atténuation, mais aussi et surtout, de sensibiliser les populations.
Selon l’ONACC, entre 2019 et 2024, les inondations, les glissements de terrain et la sècheresse ont touché plus de 311000 personnes, causant près de 121 décès, 49 450 hectares de cultures détruites et un peu plus de 2000 déplacés.
Dans un pays où sécheresses, inondations et glissements de terrain se multiplient, l’Observatoire se veut un outil stratégique pour anticiper et réduire les risques.En 2025, le Cameroun a principalement été frappé par des inondations dévastatrices dans l’Extrême-Nord, des glissements de terrain dans les zones montagneuses, et des sécheresses affectant les régions sahéliennes. Ces catastrophes ont entraîné des pertes agricoles, des déplacements de populations et une aggravation des vulnérabilités socio-économiques.
Selon l’OCHA (Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires) , ces inondations ont provoqué des déplacements massifs de populations, aggravant une situation humanitaire déjà fragile. Dans les zones sahéliennes, les pluies irrégulières ont entraîné des sécheresses prolongées, compromettant la sécurité alimentaire. Selon la stratégie de financement des risques climatiques menée par le MINFI (consultable ici: https://minfi.gov.cm/wp-content/uploads/2025/05/Rapport_Strategie_de_FRC_Cameroun_V300525.pdf), l’on est parvenu à la conclusion que les cultures de base (mil, sorgho, maïs) ont subi des pertes, accentuant la dépendance à l’aide humanitaire.
Les villes de Bafoussam, Limbé et Douala ont été touchées par des glissements de terrain à la suite de fortes précipitations. Ces phénomènes ont causé des dégâts matériels et des pertes en vies humaines, rappelant le caractère vulnérable des populations vivant dans des zones urbaines mal planifiées. Par ailleurs, ce triste constat débouche sur un impact socio-économique considérable. Les catastrophes ont provoqué des pertes agricoles estimées à plusieurs milliards de FCFA, selon les analyses de l’ONACC. Les infrastructures (routes, ponts, réseaux électriques) ont été endommagées, ralentissant les activités économiques. Les populations déplacées ont accentué la pression sur les services sociaux de base (santé, éducation, accès à l’eau potable).
Les études de l’ONACC étaient orientées spécifiquement vers les communautés rurales, au sein des 5 zones agroécologiques du Cameroun , avec des populations qui sont les plus dépendantes des ressources agricoles, victimes des caprices du climat. Ces événements dont la régularité est annuelle pour certains et tous les deux à cinq ans pour d’autres, engendrent des conséquences socio-économiques considérables, affectant les infrastructures, les moyens de subsistance des populations et les finances publiques.
Le Gouvernement du Cameroun a pris des mesures importantes pour aligner ses efforts en conformité avec l’Accord de Paris (COP21), le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes et en cohérence avec la Stratégie Nationale de Développement (SND 30). Le
pays collabore avec diverses organisations internationales pour renforcer sa résilience face aux catastrophes naturelles, tout en s’assurant de l’intégration des politiques nationales dans les engagements internationaux.
C’est sous ce prisme que, le Gouvernement a conclu dans le cadre de son programme économique 2021-2025 en partenariat avec le Fonds monétaire international (FMI), un accord au titre de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD) qui vise entre autres à améliorer le financement des risques de catastrophes.Selon les estimations du FMI (Source ; FMI 2024), les catastrophes naturelles ont entraîné des coûts économiques importants pour le Cameroun et les besoins de financement du pays pour y faire face sont considérables.

Estimations des Pertes Maximales Probables par secteur en fonction de la périodicité de retour des évènements et de l’évolution du climat.
Le rapport sur le Renforcement des risques de catastrophes et du plan national sur le climat, estime à 95 millions de dollars (environ 0,2 % du PIB) le montant total des fonds nécessaires pour faire face à un événement récurrent qui se produit en moyenne une fois tous les deux ans. Ce montant comprend ; 24 millions de dollars pour les efforts de réponse immédiate et de relèvement rapide et 71 millions de dollars pour les coûts à moyen terme de réhabilitation et de reconstruction. Le total des besoins en ressources devrait augmenter considérablement pour les catastrophes plus graves mais moins fréquentes
qui se produisent environ une fois tous les 25 ans : les besoins s’élèveraient à 708 millions de dollars (environ 1,6 % du PIB).
Le financement des risques de catastrophes dans cette stratégie repose sur une combinaison d’instruments financiers adaptés aux différentes phases de gestion du risque : prévention,
réponse d’urgence et relèvement. Jusqu’ à présent, le gouvernement s’est largement appuyé sur les mécanismes budgétaires et, dans une moindre mesure, sur l’aide humanitaire pour financer les interventions en cas de catastrophe.
C’est ainsi qu’à travers la production de bulletins décadaires, prévisions saisonnières, spatialisation des zones à risque, l’ONACC a multiplié les outils de suivi et d’alerte. Les grandes agglomérations comme Douala, Limbé ou Bafoussam ont fait l’objet d’analyses spécifiques pour anticiper inondations et glissements de terrain. L’institution a également validé plusieurs bilans carbone sectoriels – énergie, déchets, procédés industriels – couvrant la période 2010-2023.
Sur le plan international, l’ONACC a pris part à la COP30 de Belém, au Brésil, et renforcé ses partenariats avec des acteurs variés, allant de la SODECOTON à UNICEF, en passant par le Programme Alimentaire Mondial et Total Énergies. La coopération avec la Chine s’est concrétisée par la réception d’images satellitaires à haute résolution et la réalisation d’un documentaire sur la télédétection.
Pour l’année 2026 qui débute, l’Observatoire entend anticiper sur l’adaptation aux changements climatiques, à travers la définition des seuils d’alerte dans plusieurs villes exposées aux catastrophes climatiques, développer une application de monitoring et produire un bilan climatique annuel. L’évaluation du coût des perturbations sur la production hydroélectrique dans le bassin de la Sanaga figure aussi parmi les priorités, afin de mieux négocier les financements liés aux « pertes et dommages ».
L’ONACC prévoit par ailleurs d’élaborer le profil climatique du Nord-Ouest, d’opérationnaliser de nouvelles antennes régionales et de poursuivre la sensibilisation des producteurs agricoles, notamment dans le cadre du projet PADFA II. La communication et les relations publiques de l’institution devraient également être renforcées.
En somme, les 1,972 milliard FCFA de francs cfa, utilisés seulement à 60%, ont permis de s’activer sous 4 grands axes en 2025:
- renforcement de la production des services climatologiques spécifiques( 20 bulletins saisonniers, 4 calendriers agricoles, des agropoles) en fonction des 5 zones agroécologiques que compte le Cameroun;
- analyse et spatialisation des zones à risque dans les grandes agglomérations ( grandes villes, et secteur rurale ), prenant le cas de la culture de coton, dans la région de l’extrême-nord, l’estimation indique 13 milliards de pertes. Ces travaux sont confirmés par les rapports de la SODECOTON qui ont enregistré 24 milliards de pertes en 2024, pour tout le bassin cotonnier, soit une nette régression grâce aux travaux de prévisions des risques climatiques ;
- l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre , le bilan carbone du secteur des déchets, des énergies et des procédés industriels;
- la sensibilisation des CTD du Cameroun , dans le but d’intégrer des budgets sensibles au climat, afin de réduire les pertes en cas de catastrophes climatiques. Ainsi que le renforcement de la coopération avec les partenaires du secteur privé, comme ce fut le cas avec le Port Autonome de Douala, pour le respect de la procédure de traitement des eaux de ballast. Cela consiste à purifier ou gérer l’eau utilisée par les navires pour assurer leur stabilité, afin d’éviter la propagation d’espèces envahissantes et de micro-organismes nuisibles dans de nouveaux environnements.
L’ONACC s’est étendu à travers la création de plusieurs autres antennes régionales à travers le Cameroun. Parmi les actions qui tiennent le plus à cœur le Directeur Général de l’ONACC, Pr. Amougou Joseph Armathé: « on veut revoir les travaux relatifs au suivi de l’empreinte carbone du Cameroun, à travers l’évaluation du capital naturel, l’atlas des pertes et gains, pour que nous ayons accès à la finance climatique, nous devons avoir des informations précises , pour valoriser ne serait-ce que l’empreinte carbone du cacao ».
Ange ATALA
