Un atelier inédit a réuni les experts, journalistes d’investigation et organisations de la société civile, pour renforcer leurs capacités dans la lutte contre un fléau qui coûte plus de 184 milliards de FCFA par an au Gabon.
Du 24 au 26 mars 2026, Libreville la capitale gabonaise a accueilli un atelier de formation inédit qui pourrait transformer la lutte contre l’exploitation forestière illégale dans le pays. Organisé dans le cadre du projet financé par l’Agence norvégienne de coopération au développement (NORAD), cet événement a réuni pour la première fois des journalistes d’investigation du Cameroun, Gabon et RDC, ainsi que des acteurs de la société civile autour d’un objectif commun. Il s’agissait de: maitriser l’usage d’une plateforme qui documente les faits dans plusieurs pays, pouvant conduire à démanteler les réseaux d’exploitation illégale qui gangrènent les 22 millions d’hectares de forêts, comme c’est le cas au Gabon.
Les chiffres donnent le vertige. Selon les dernières estimations en 2023, le trafic illégal du bois au Gabon génère plus de 184,8 milliards de FCFA de revenus illicites annuellement (source: https://www.gabonews.com) . À l’échelle mondiale, la Banque mondiale révèle que les coupes illégales représentent jusqu’à 90% des activités d’exploitation forestière dans certains pays, produisant entre 10 et 15 milliards de dollars de revenus criminels par an.
Face à cette hémorragie, l’innovation technologique s’impose comme un allié de poids. L’Open Timber Portal (OTP), plateforme interactive développée par le World Resources Institute (WRI), révolutionne déjà la surveillance forestière depuis 2021. Cette plateforme permet aux organisations de la société civile de documenter leurs observations et offre aux journalistes une source d’informations inédite pour leurs investigations. En mettant à disposition les données suivantes :
- Documents officiels : titres forestiers, certificats de légalité, permis d’exploitation.
- Observations indépendantes : signalements des ONG et OSC sur les pratiques illégales.
- Classement de transparence : évaluation des exploitants forestiers selon leur niveau de publication et conformité.
ScLlife, l’association des journalistes et communicateurs scientifiques du Cameroun s’est faite représenter par six journalistes (voir image de titre) . L’OTP brise la contrainte de la distance, et le difficile accès aux informations, cet outil centralise des données sur les exploitants forestiers, leurs documents de conformité et les observations des ONG, afin de lutter contre l’exploitation illégale et d’améliorer la gouvernance forestière. L’Open Timber Portal est disponible en plusieurs langues, et regroupe des données provenant de plusieurs zones géographiques; Afrique centrale: Cameroun, Gabon, République Démocratique du Congo (RDC), Congo; Afrique de l’Ouest: Ghana. Mais également Europe et Amérique du Nord : États-Unis (premier pays en nombre d’utilisateurs),Royaume-Uni, France, Italie, Belgique.
Quatre années de progrès tangibles
Au Gabon, l’usage de l’Open Timber Portal (OTP) s’est fait avec un accompagnement déterminant de l’ONG Brainforest, partenaire technique du World Resources Institute (WRI). La collaboration entre FLAG (Field Legality Advisory Group) et Brainforest porte ses fruits. En quatre ans, le taux de publication des observations sur l’OTP a explosé, passant de moins de 10% avant 2021 à 34% aujourd’hui, avec 129 observations créées entre 2021 et 2025.
Cette amélioration spectaculaire résulte du renforcement continu des capacités des OSC membres de la plateforme « Gabon, Ma Terre, Mon Droit » (GMTMD), notamment NADA, Muyissi, et Nyanga tour. L’Observatoire de la Gouvernance Forestière (OGF) joue un rôle crucial depuis avril 2024 en assurant le contrôle qualité niveau 1 des observations retranscrites dans la plateforme, garantissant ainsi la fiabilité des données publiées.

« l’application des Lois revient à l’État, mais ce dernier est souvent débordé dans la mise en œuvre de ses mission régaliennes, d’où la nécessité d’une contribution des organisations de la société civile. L’observation indépendante consiste à mener des actions pour le suivi, qui permet de relever l’écart entre ce qui est prévu par la Loi, et la pratique, en faveur du bien-être des communautés locales. » a déclaré M. Djinang Martial (au centre); Coordonnateur des programmes à Brainforest, à l’occasion de la conférence de presse organisée en marge de l’atelier de Libreville.
Brainforest a joué un role crucial dans la démarche:
- Coordination locale : Brainforest a assuré la mise en œuvre du projet financé par NORAD, en lien avec FLAG (Field Legality Advisory Group) et l’Observatoire de la Gouvernance Forestière (OGF).
- Renforcement des capacités : L’organisation a formé les OSC gabonaises membres de la plateforme Gabon Ma Terre, Mon Droit (GMTMD) ; comme l’a confirmé M. Jeremy Mapangou Mapangou de Muyissi environnement, séance tenante une démonstration a permis d’encoder les informations fournies par un rapport de terrain, dans l’OTP pour le compte de l’année 2025.
- Qualité des données : Grâce à un comité de lecture ad hoc et au contrôle qualité assuré par l’OGF, Brainforest et FLAG ont contribué à améliorer la formulation et la fiabilité des observations publiées sur l’OTP.
- Production de documents stratégiques : la collaboration avec FLAG a conduit à l’élaboration d’un document de stratégie OI, ainsi que d’un index environnemental et d’un rapport de suivi du contentieux forestier, qui servent de références pour les OSC et les journalistes.
- Diffusion et vulgarisation : Brainforest a organisé des ateliers de partage d’expérience et de vulgarisation des résultats, notamment celui de Libreville en mars 2026, pour impliquer les journalistes et renforcer la collaboration OSC–médias.
Une alliance stratégique médias-société civile
L’atelier de Libreville marque une étape décisive : la formalisation d’une collaboration entre journalistes spécialisés et observateurs de terrain. Les journalistes de l’association SCILIFE du Cameroun et ceux du réseau Pulitzer Center basé au Gabon apprendront à exploiter les outils de surveillance forestière, notamment l’OTP, RIN Data et Sayari.

Mme. Ighera Bampa pendant l’atelier de Libreville.
« Cette formation vise à outiller les journalistes sur la recherche et l’analyse des informations disponibles sur OTP pour la production d’articles percutants », explique Mme. Ighera Bampa; Assistante technique pour l’Open Timber Portal (OTP), WRI Afrique centrale.
L’objectif : amplifier l’impact des actions de la société civile par une couverture médiatique éclairée et documentée. L’atelier débouchera sur la production de cinq articles d’investigation couvrant les aspects cruciaux de la gouvernance forestière gabonaise. Cette rencontre s’inscrit dans une démarche plus large de démocratisation de l’information forestière. Alors que le principe de l’exploitation forestière sous aménagement est désormais acquis au Gabon, le défi reste la construction d’un dispositif de contrôle efficace pour garantir le respect des règles établies.
La collaboration ne s’arrêtera pas là, pour faciliter le coaching des experts à distance, des post-formations se poursuivent pour faire pérenniser les échanges entre participants, créant ainsi un réseau permanent de veille autour de la transparence forestière, qui ambitionne de s’étendre à d’autres pays faisant face au même fléau.
Cette initiative pourrait bien marquer un tournant dans la lutte contre l’exploitation forestière illégale au Gabon et ailleurs, prouvant que la transparence et la collaboration constituent les armes les plus efficaces contre les prédateurs de nos forêts.
Ange ATALA
(De retour de Libreville)
