Yaoundé accueille le dialogue francophone sur la biodiversité africaine


Le Cameroun s’apprête à devenir l’épicentre des discussions sur la biodiversité en Afrique francophone. Un dialogue régional se tiendra dans la cite capitale en septembre prochain avec comme objectif affirmé: accélérer la mise en œuvre du cadre mondial de Kunming-Montréal.


YAOUNDÉ – Dans deux semaines exactement, la capitale camerounaise sera au centre d’un événement environnemental majeur qui dessine les contours d’une nouvelle diplomatie verte continentale pour la conservation de la biodiversité africaine. Du 3 au 5 septembre 2025, Yaoundé accueillera le dialogue régional sur le suivi de la biodiversité et le rapportage pour les pays francophones d’Afrique, une rencontre stratégique organisée par le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB).
Cette initiative s’inscrit dans la continuité directe de la COP16 de Cali qui s’est tenue en octobre-novembre 2024 en Colombie, où des accords historiques ont été conclus, notamment sur la création d’un nouvel organe représentant les peuples autochtones et la mise en place du « Fonds Cali » pour un partage équitable des ressources génétiques.


Des enjeux financiers considérables


Le dialogue de Yaoundé répond directement aux impératifs fixés par les décisions 16/1, 16/31, 16/32 et 16/35 adoptées lors de la COP16. Ces textes juridiquement contraignants exigent des Parties qu’elles révisent et actualisent leurs Stratégies et Plans d’Action Nationaux pour la Biodiversité (SPANBs), conformément au cadre mondial de Kunming-Montréal adopté en décembre 2022.
Un financement massif de 400 millions de dollars a été mobilisé lors de la COP16 pour le Fonds du cadre mondial pour la biodiversité (GBFF), destiné à soutenir l’effort des pays en développement. Cette enveloppe représente un levier stratégique pour les pays africains francophones, nombreux à manquer de ressources pour financer leurs programmes de conservation.
Une mobilisation technique et politique
L’architecture du dialogue révèle une approche pragmatique. Chaque pays participant doit déléguer deux représentants aux profils complémentaires : le point focal national de la Convention ou un représentant gouvernemental responsable de la révision des SPANBs, accompagné d’un expert technique spécialisé dans le suivi et le rapportage environnemental.
Cette stratégie de formation en tandem vise à créer des synergies entre vision politique et expertise technique, condition essentielle pour une mise en œuvre efficace des engagements internationaux. Les participants éligibles bénéficieront d’une prise en charge complète de leurs frais de voyage et d’hébergement selon les standards onusiens.

Une échéance critique


L’événement rassemble des partenaires institutionnels de premier plan : le Bureau Afrique du PNUE, la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) et l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD), avec le soutien du gouvernement camerounais. La COMIFAC apporte son expertise unique d’instance régionale de coordination des politiques forestières, cruciale pour des écosystèmes abritant une biodiversité exceptionnelle.
Le choix de Yaoundé s’inscrit dans la continuité de la Déclaration de mars 1999, texte fondateur de la coopération forestière régionale. Cette filiation symbolique confirme l’importance accordée à l’harmonisation des approches francophones en matière de biodiversité.
L’événement permettra aux pays de mutualiser leurs expériences, d’identifier les obstacles communs et de développer des solutions adaptées aux spécificités de l’espace francophone africain. Une démarche collaborative d’autant plus nécessaire que certaines décisions clés n’ont pu être finalisées lors de la COP16.
Les candidatures doivent être transmises avant le 25 juillet, avec lettres de nomination signées par les points focaux nationaux. Ce dialogue constitue une étape charnière pour doter l’Afrique francophone des outils nécessaires à la préservation de son patrimoine naturel, dans un contexte de pressions environnementales croissantes.

Blondel SILENOU