BCL lance un projet de fumoir communautaire à Ebodje

Le 13 février 2026, dans les locaux des services de la conservation du Parc National Marin, Manyangue Na Elombo Campo, à Ebodje, un atelier organisé par Biodiversity Conservation for Life (BCL) a réuni chercheurs, institutions et communautés locales autour des enjeux de la réduction des pertes post-capture.

Ceci est rendu possible grâce à une subvention octroyée par Global Green Grants Fund, dans le cadre du projet : « Amélioration des revenus des fumeuses de poissons par la promotion de fours écologiques, pour réduire les pertes post-capture et assurer la gestion durable de la pêche communautaire au Parc Marin Manyange na Elombo-Campo (Cameroun) » porté par BCL.

Les débats ont été ouverts par M. Lemone Kagombe, chef d’antenne de l’IRAD d’Ebodje, donnant le ton à une rencontre où science et gouvernance se sont croisées. La pêche artisanale camerounaise représente près de 90 % des emplois du secteur halieutique et constitue la principale source de subsistance pour les communautés côtières. Mais elle reste confrontée à des défis majeurs : pertes post-capture, modernisation, hygiène, transparence et inclusion sociale. La nouvelle loi adoptée en décembre 2024 consacre le droit d’accès prioritaire des communautés locales, interdit les chalutiers industriels dans la zone des 3 milles nautiques, et impose l’immatriculation des embarcations.

Plusieurs rapports font état de pertes post-capture estimées à 40%, ce qui n’est pas pour encourager les efforts de conservation menées par les pécheurs ou encore les fumeuses de poisson. En effet, une enquête cadre sur la pêche artisanale maritime crevettière au Cameroun, publiée en 2025 par la FAO et des chercheurs camerounais (Djienouassi, Mimbang, Meke Soung, Blanc & Necdem); met en évidence les pertes importantes liées au manque d’infrastructures de conservation et de transformation .

M. Sambou Mamballa Patrick, exposant sur la nécessité d’observer les aspects éthiques, sanitaires et légaux qui régissent la pêche durable et le fumage de poisson au Cameroun.

Des enquêtes journalistiques et données compilées par DataCameroon (2022), estiment également que plus de 40 % des captures sont rejetées en Mer faute de valeur marchande ou de moyens de conservation, aggravant le déficit de production nationale. Pourtant M. Sambou Mamballa Patrick, en sa qualité de Conservateur du Parc National Marin Manyange na Elombo‑Campo, a salué la volonté des femmes d’Ebodje, dans leurs efforts d’intégrité pour préserver des techniques de fumage ancestrales respectueuses de la santé. Contrairement à d’autres localités où l’on recourt à des vêtements usagés ou à des déchets plastiques pour fumer le poisson – pratiques qui produisent un produit fragile et dangereux pour les consommateurs – les femmes d’Ebodje maintiennent des méthodes traditionnelles plus sûres.

C’est fort de ce constat que Pr. Rodrigue Ebondji, Coordonnateur des programmes à BCL, a rappelé que: « ce projet a pour principales bénéficiaires les femmes de cette zone côtière, pour qui le fumage du poisson est la source principale de revenus essentielles ». Dans un village privé d’électricité, la conservation du poisson passe nécessairement par le fumage, ce qui rend leur savoir‑faire vital pour la sécurité alimentaire et la survie économique.

Mme Olga Ango, exprimant sa préoccupation sur la manière dont sera organisé le travail au sein de la communauté, pour éviter l’individualisme.

M. Bothé Nicolas, président de l’association des pêcheurs de Campo Beach, estime que;  » le projet de construction d’un fumoir communautaire réduira les pertes post‑capture et les tensions dans les ménages ». Il souhaite que cette initiative s’élargisse à tous les villages de la côte, autour du parc marin. La présidente de l’association des femmes fumeuses d’Ebodje, Mme Akono Olga, a relevé que: les femmes ont pris l’habitude de travailler individuellement dans leurs cuisines, ce qui accroît leur peine, surtout lorsqu’il manque du bois de chauffe. Pour elle, le travail collectif dans un fumoir communautaire renforcerait la solidarité et les liens sociaux.« 

Enfin, le Dr Jules Romain Ngueguim, Secrétaire Exécutif de BCL, a rappelé que ce projet s’inscrit dans une logique scientifique solide, il a déclaré: « introduit au Cameroun après le Sénégal, le modèle de fumoir que nous souhaitons construire à Ebodje, apparaît comme une solution technique majeur. Non seulement cette innovation a pour vocation de réduire drastiquement la contamination par les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), cancérigènes selon l’OMS, mais en plus, sa méthode de fumage respectueuse de l’environnement ouvre la voie à des certifications, pour l’exportation vers des marchés exigeants comme l’Europe ».

Dr. Jules Romain Ngueguim sur les enjeux socio-économiques du fumage de poisson, en vue d’une pêche artisanale durable.

L’Ingénieur forestier, docteur en écologie forestière du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, et titulaire d’un diplôme spécialisé en gestion des risques naturels de la Fondation Universitaire Luxembourgeoise en Belgique, il est également chercheur senior à l’IRAD, spécialisé en écologie de la conservation et gestion durable des ressources forestières, avec plus de 20 ans d’expérience dans le bassin du Congo. Son expertise confère au projet une crédibilité scientifique et une vision stratégique pour transformer la pêche artisanale en véritable moteur de l’économie bleue.

Ange ATALA