Biodiversité : Le Cameroun forme des experts aux outils du suivi de la mise en œuvre du Cadre Mondial de Kunming-Montréal

À l’occasion d’un atelier national étalé sur quatre jours à Mbalmayo, dans la périphérie de Yaoundé, le MINEPDED s’est donné pour mission d’outiller des acteurs triés que le volet. Participants à qui l’on dotera de compétences utiles à la maitrise des systèmes de suivi et de valuation de la biodiversité et des services écosystémiques, ainsi que le développement des scénarii d’intégration en la matière.

Dans le cadre de ses engagements internationaux en matière de protection de l’environnement, le Cameroun organise du 22 au 25 septembre 2025 un atelier national de formation intensive sur les outils du Cadre Mondial de la Biodiversité de Kunming-Montréal (CMBKM). Cette formation organisée conjointement par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), vise à doter les parties prenantes nationales d’outils opérationnels pour le suivi, la valorisation et la planification stratégique de la biodiversité.

En outre, l’atelier vise à mobiliser les points focaux qui à leur tour devront mobiliser les informations qui aideront au suivi de la mise en œuvre du cadre de suivi. Les informations mobilisées permettront de définir des indicateurs pertinents pour le suivi efficace de la biodiversité nationale.

L’atelier, qui a débuté hier matin au Centre International de Conférence de Mbalmayo dans le département du Nyong-et-So’o, propose un programme structuré autour de quatre axes stratégiques, chaque journée étant consacrée à un volet spécialisé.

Pour la première journée, l’accent était porté sur la mise en contexte et l’appropriation des concepts. Les participants se familiarisent au fil des présentations aux objectifs nationaux de biodiversité et au cadre de suivi du Cadre Mondial, avant de s’initier concrètement au renseignement des indicateurs de la Stratégie et Plan d’Action Nationale de la Biodiversité (SPANB) dans sa troisième version.

Le deuxième jour abordera les aspects cruciaux du suivi, de la transparence et du rapportage. Un focus particulier sera mis sur l’élaboration du 7e Rapport National à travers des exercices pratiques utilisant l’outil de rapportage en ligne de la CDB. Les participants simuleront l’élaboration d’un mini rapportage et travailleront à la construction d’un schéma national de suivi impliquant tous les acteurs concernés.

La troisième journée constituera une innovation majeure en se concentrant sur la valorisation de la biodiversité et des services écosystémiques. Les participants exploreront les méthodes et outils de valorisation, notamment les approches TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity) et IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques). Des études de cas sectorielles couvrant la forêt, l’agriculture, l’eau et le tourisme permettront une appropriation pratique de ces outils.

La dernière journée sera consacrée aux scénarios prospectifs et à leur intégration dans la future SPANB III (Stratégie et Plan d’Action Nationale de la Biodiversité version 3). Les participants apprendront à élaborer différents types de scénarios – tendanciels, contrastés et normatifs – pour anticiper l’évolution de la biodiversité camerounaise. Des trajectoires spécifiques seront développées, incluant des scénarios « business as usual », durables, ou de crise climatique.

Organisé avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) à travers l’initiative « Biodiversity and Ecosystem Services Network » (BES-Net II), cet atelier marque une évolution dans l’approche camerounaise de la gestion environnementale.

« Cette formation s’inscrit parfaitement dans la vision de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30) qui place la durabilité environnementale au cœur de notre modèle de développement », a souligné Mme Eloundou, Point focal National de la Convention sur la Diversité biologique. Elle ajoute : « Il s’agit de doter nos acteurs des outils nécessaires pour quantifier la valeur de notre capital naturel et l’intégrer dans nos politiques publiques, conformément aux orientations présidentielles en matière de développement durable. »

L’accent mis sur la valorisation économique des services écosystémiques témoigne d’une volonté d’intégrer pleinement les considérations environnementales dans les politiques de développement du pays.

L’utilisation d’outils sectoriels et l’organisation de panels multi-acteurs permettront aux participants de comprendre concrètement comment intégrer la valorisation de la biodiversité dans la planification sectorielle et nationale. Cette dimension pratique constitue un enjeu majeur pour le Cameroun, qui dispose d’écosystèmes d’une richesse exceptionnelle mais peine parfois à en quantifier la valeur économique dans ses politiques publiques.

Cette initiative intervient dans un contexte où les questions de biodiversité occupent une place croissante dans l’agenda politique international. Le Cadre Mondial de la Biodiversité de Kunming-Montréal, adopté lors de la COP15, fixe des objectifs ambitieux pour la période 2021-2030, notamment la protection de 30% des terres et des océans de la planète.

Pour le Cameroun, pays reconnu pour sa exceptionnelle richesse biologique avec ses forêts tropicales, sa faune diversifiée et ses écosystèmes variés, la mise en œuvre effective de ces engagements représente à la fois un défi et une opportunité. Les compétences développées lors de cet atelier devraient permettre une meilleure articulation entre les objectifs internationaux et les réalités nationales.

L’impact de cette formation devrait se mesurer concrètement à travers l’élaboration de la SPANB III, dont les recommandations opérationnelles seront adoptées en fin d’atelier. Les compétences développées permettront une amélioration significative de la qualité des rapports nationaux sur la biodiversité, une meilleure intégration des considérations environnementales dans les politiques sectorielles, et surtout, le développement d’outils de planification prospective plus performants.

La méthodologie retenue, alternant présentations d’experts, études de cas, ateliers pratiques en groupes et exercices collectifs, garantit une appropriation effective des outils par les participants. La diversité des intervenants – experts nationaux et internationaux, facilitateurs spécialisés, panel multi-acteurs – assure une approche complète des enjeux.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité des efforts du gouvernement camerounais pour moderniser sa gouvernance environnementale et répondre aux défis contemporains de la conservation. Elle témoigne également de l’importance accordée par les autorités nationales au renforcement des capacités techniques des acteurs locaux, condition indispensable à une mise en œuvre efficace des politiques de protection de la biodiversité.

L’organisation de cet atelier confirme ainsi la volonté du Cameroun de jouer un rôle actif dans la préservation du patrimoine naturel mondial, tout en se dotant des outils nécessaires à une gestion durable et économiquement viable de ses propres ressources naturelles. La remise d’attestations en fin de formation officialisera cette montée en compétence des acteurs nationaux de la biodiversité.

Blondel SILENOU