CAMNET positionne l’économie bleue durable de manière opérationnelle

Du 18 au 20 décembre 2025, le réseau CAMNET a lancé à Kribi son projet de Développement d’une Économie Bleue Durable et Inclusive au Cameroun, financé par l’Ambassade de France. Pendant trois jours, les acteurs institutionnels (MINFOF, MINEPDED, MINEPIA, MINADER) ont accompagné les travaux autour de la question, pour transformer le concept en stratégie concrète.

Le réseau CAMNET est une plateforme multi-acteurs créée en 2022 pour coordonner la gestion durable des écosystèmes marins et côtiers au Cameroun. Il a rassemblé pour la circonstance, des institutions publiques, les acteurs de la société civile, des chercheurs, les membres des collectivités locales et des représentants du secteur privé autour de l’économie bleue durable. C’était en la présence de M. Bertrand FOE NDONO, Sous-préfet de Kribi 1er.

Un atelier de cartographie participative a permis de présenter les principales activités et initiatives liées à l’économie bleue durable, susceptible de se pratiquer sur les 402 kilomètres de côte camerounaise. Les résulats ont été présentés par distinction des zones Nord (Bakassi-Limbé), Centre (Douala-Edéa-Mouanko) et Sud (Kribi-Campo). À travers six modules de formation, les participants parmi lesquels figuraient les conservateurs des parcs marins de Douala-Edea, et celui de Manyangue Na Elombo Campo, la maîtrise du cadre légal a été abordé. Pour Eddy Nnanga, ingénieur halieute et expert en management et gouvernance des Aires Marines Protégées, formateur principal en l’occasion :  » il est impératif d’insister sur une planification spatiale, la gouvernance participative et le plaidoyer ». Des projets simplifiés ont été élaborés, chacun assorti d’un budget et d’une matrice de co-gestion impliquant: État, société civile et secteur privé.

Kenneth Mvondo ( à droite) , le Conservateur du Parc National Marin de Douala-Edéa, auprès d’un responsable QHSSE d’une société de la place, représentant du secteur privé.

Les pêcheurs artisanaux ont accueilli avec intérêt la démarche; témoin l’enthousiasme d’Alfred O: « nous voulons que nos enfants puissent continuer à vivre de la mer, mais il faut que les chalutiers respectent nos zones », confie ce pêcheur venu de Limbe. Pour Faustin DIVAHE, président de l’association des pécheurs de Kribi, la sécurisation juridique des espaces de pêche est une garantie essentielle : « à travers cette formation, j’ai compris la necessité de varier mes sources de revenus, pour ne pas exercer une forte pression sur la ressource halieutique. Mais il nous faut un meilleur cadre législatif, car si la Loi est claire, nous saurons exactement où jeter nos filets sans créer de conflits. »

Sécurisation juridique, un atout pour les capitaux

La première avancée est la maîtrise du droit. Grâce au cadastre bleu, les acteurs locaux ont clarifié les superpositions entre zones de conservation, zones industrielles (notamment autour du port de Kribi) et zones de pêche artisanale. Cette cartographie réduit les risques de conflits et offre une sécurité juridique aux investisseurs, condition essentielle pour attirer des financements durables.

Un portefeuille d’opportunités “blue-bankable”

Le diagnostic territorial a permis d’identifier les zones de friction (pêcheurs vs chalutiers, tourisme vs industrie) mais surtout de mettre en lumière des projets compatibles avec le cadre légal. Parmi eux :

  • Tourisme durable sur les plages de Kribi et Campo,
  • Transformation des produits halieutiques pour accroître la valeur ajoutée locale,
  • Gestion communautaire des aires marines protégées.

Ces projets constituent une banque d’opportunités économiques vérifiées, prête à être présentée aux bailleurs et investisseurs privés.

Gouvernance co-construite, gage de stabilité

La méthode du Blue-Print Participatif a démontré que la cogestion État – privé – société civile est possible. Les matrices d’engagement signées lors de l’atelier offrent un cadre de dialogue inédit, où chaque partie prenante connaît ses responsabilités. Pour les investisseurs, cela signifie une gouvernance plus stable et une meilleure anticipation des risques sociaux et environnementaux.

Les travaux ont débouché sur un diagnostic de base solide, véritable feuille de route pour les descentes de terrain à venir :

  • Sécurisation de l’investissement par la maîtrise du droit : grâce au cadastre bleu, les acteurs locaux ont clarifié les superpositions juridiques entre zones de conservation, zones industrielles et zones de pêche artisanale. Les investisseurs disposent désormais d’une garantie de sécurité juridique.
  • Un diagnostic prêt à l’emploi : l’atelier a identifié les “zones de friction” (conflits d’usage entre pêcheurs et chalutiers, tourisme et industrie) mais aussi les opportunités “blue-bankable” comme le tourisme durable ou la transformation halieutique. Ce portefeuille constitue une base d’opportunités économiques vérifiées.
  • Une gouvernance co-construite : la méthode du Blue-Print Participatif a permis de simuler et signer des matrices d’engagement. Les acteurs du littoral disposent désormais d’une méthodologie commune pour dialoguer avec l’État et les investisseurs.

Un laboratoire de planification pour l’économie bleue

Avec 402 km de côte et un potentiel halieutique, touristique et énergétique considérable, l’économie bleue camerounaise pourrait générer des retombées significatives :

  • Création d’emplois locaux dans la pêche artisanale modernisée et le tourisme,
  • Diversification des revenus pour les collectivités riveraines,
  • Accès à des financements internationaux liés aux “pertes et dommages” climatiques et aux fonds de conservation.

La communauté urbaine : un levier pour le développement local

Du côté des autorités locales, l’enthousiasme est palpable. Mme Minkoe, représentante du Maire de la communauté urbaine de Kribi 1ier, présente à l’atelier, souligne : « L’économie bleue est une chance pour diversifier les sources de revenus des communautés locales, nous sommes disposés à établir un pont entre l’initiative de CAMNET, et nos populations. Le tourisme durable, la transformation des produits halieutiques et la valorisation des savoirs locaux peuvent créer des emplois et renforcer la fiscalité municipale. » Mais elle insiste aussi sur la nécessité d’une gouvernance partagée : « Sans implication des communautés, les projets resteront des promesses. »

Les chercheurs : une approche scientifique et inclusive

Pour les chercheurs présents, l’atelier a marqué une avancée méthodologique. Le professeur Tamgno Béranger Raoul (ENSAHV) explique : « Nous avons démontré que la cogestion n’est pas une utopie. Les matrices d’engagement signées montrent que l’État, le privé et la société civile peuvent dialoguer sur une base commune. » Pour l’ingénieur halieute Ndounteng Ndjamo Xavier Rodric, Président en exercice de CAMNET : « Le cadastre bleu est un outil pédagogique puissant. Il permet de spatialiser les lois et de rendre la réglementation accessible aux communautés, ce qui accentue l’aspect inclusif et durable de la démarche. »

Au-delà d’une formation, l’atelier de Kribi s’est imposé comme un laboratoire de planification. La société civile est désormais outillée pour être un partenaire stratégique crédible dans l’écosystème économique du littoral marin et cotier de notre pays. Pour le Cameroun, cette démarche marque une étape vers une économie bleue durable, inclusive et résiliente, alignée sur la Stratégie Nationale de Développement 2030.

Ange ATALA