COMBIEN COÛTE UNE SAISON À UN PRESIDENT DE CLUB EN GENERAL OU DE FOOTBALL EN PARTICULIER AU CAMEROUN ?

La question, souvent posée dans les cercles et autres groupes sportifs, « Combien coûte une saison à un président de club ? » semble anodine. Pourtant, elle est fondamentalement « très mal posée ».

En effet, elle révèle une « gangrène » profonde dans notre compréhension de la gestion d’un club : une confusion persistante entre la personne qui dirige et l’institution elle-même. Sachant que la personne qui dirige n’est même pas toujours le président du club.


Dans un premier temps, il est primordial de faire un rappel qui constitue le cœur du problème, précisément celui qui réside dans la distinction cruciale entre deux entités que l’on mélange à tort :
L’entité physique : C’est le président du club, l’individu.
L’entité morale : C’est le club en lui-même, l’entreprise, l’institution.


La culture actuelle est habituée à ce que « le président du club finance tout ». En posant la question du coût sous l’angle du président, on perpétue l’idée que le club est une charge personnelle plutôt qu’une organisation libre et indépendante. La bonne question à poser est : Combien coûte une saison pour un club ?

Je ne vais pas aujourd’hui m’appesantir sur le montant, mais plutôt sur le mode de financement d’un club et de sa saison. Initialement, Un modèle de financement sain ne repose pas sur la poche unique du président. Il devrait être un mélange de : (1) Financement interne (Fonds propres) en tenant compte du fait qu’un président investisse la totalité de ses fonds propres ; (2) Financement externe qui devrait constituer en termes de pourcentage une autre grosse partie de l’investissement. Cela peut prendre la forme de « subventions », de « prêts » ou d’autres apports liés aux types ou formes de financement. Par conséquent, Le financement total de la saison est la somme de ces différents types de financement.

Combien coûte une saison pour un club ? Seulement cette simple reformulation de l’énonciation change radicalement le traitement du sujet. L’objectif principal devrait être qu’un club, en tant qu’entité morale, soit autonome, indépendant et se finance lui-même. C’est dire que si la charge financière repose sur le club (l’entité morale), cela pousse les dirigeants à « rechercher le bénéfice ou le gain ». Les stratégies et les objectifs sont alors alignés sur la performance et la rentabilité.
Par contre si la charge repose entièrement sur le président, il est possible de ressortir ou constater des risques liés à ce modèle. Autrement dit, lorsque l’on s’attend à ce que le président paie pour tout, les conséquences sont directes et entravent la professionnalisation. On peut donc observer :

  • Absence d’Objectifs Clairs, car ne pas être orienté Performance-Résultat : Que l’on gagne ou pas, ou que l’on s’inscrive à un tournoi « sans cash Price » (sans prime de victoire), peu importe : le président financera. Il n’existe aucune réelle planification stratégique, aucune définition d’indicateurs de performance, mis à part allons jouer en espérant gagner le championnat ou le tournoi.
  • Une confusion avec une « Oeuvre Sociale » : en effet, le club cesse d’être une entreprise sportive sensée être professionnel, pour devenir dans son système de fonctionnement, un projet de type associatif (une association) ou une « œuvre sociale ». Il est clair que le club doit jouer un rôle social, mais le rôle social ne doit pas prédominer sur le rôle commercial ou capitaliste.
  • Manque de Vision Stratégique : Les stratégies pour « ramener de l’argent » ne sont plus les mêmes, voire inexistantes, car le budget est perçu comme acquis via le Président. Qui, lui-même soit dit en passant, dans un contexte Africain-Bantou, aime et préfère que l’on le considère comme tel. Dans la mémoire collective de tous les membres du club, le président n’a pas les problèmes d’argent, c’est vu comme une faiblesse ! Et nombreux s’enferment dans ce mensonge. Au lieu d’être orienté budget performance, ils préfèrent performer dans le farotage à la moindre sortie, quel que soit les résultats positifs ou négatifs.
    Ce modèle de financement et d’attitude donc, qui se rapproche plus de l’entrepreneuriat social ou d’un système associatif, n’est pas ce qui est souhaité pour l’avenir du sport au Cameroun ou en Afrique en général. Avant même de débattre des budgets, il est impératif de corriger notre perspective et/ou notre perception : ce n’est pas au président foncièrement à qui doit « coûter » une saison, mais plutôt au club de la financer.

En tenant compte des limites du financement par fonds propres d’un club (uniquement par la poche du président donateur), il serait judicieux de présenter quelques piliers du financement externes d’un club. Un ensemble de stratégies financières qui permettront au club de générer ses propres revenus et de ne pas dépendre de la fortune incertaine ou versatile d’un président.

A cet effet, il est succinctement possible de distinguer :
– Le Sponsoring et les partenariats Commerciaux. C’est souvent là souvent de revenu la plus visible. Il s’agit des contrats entre des entreprises et le club en échange de visibilité sur les maillots principalement, panneaux publicitaires, roll up, publication ou mention sur les capsules ou articles sur les réseaux sociaux et/ou médias.
– Les Recettes/Revenus liés à la billetterie ou autre ventes attenantes le jour du match. Il s’agit de la vente des billets pour le match et aussi de tout ce qui est vendu surplace (Nourriture boissons, etc.)
– Merchandising et Licences. Il s’agit ici de la vente des maillots et équipements, de l’ensemble des produits dérivés à l’effigie du club. Une source de revenu qui continue en dehors des jours de match. Inéluctablement crée un sentiment d’appartenance et de privilège chez les fans du sport et du club.
– Les subventions publiques. Il s’agit des Aides financières versées par des entités gouvernementales (municipalité, région, État) pour soutenir le rôle social du club (formation des jeunes, cohésion sociale) ou pour l’utilisation d’infrastructures publiques. En effet, lorsqu’on parle de subventions, il ne s’agit pas seulement du financier, même le matériel et le technique, la compétence doivent aussi être comptés parmi. Une grosse dépendance à ce type de subventions n’est pas conseillée pour peu que les politiques ou les décideurs changent ou sont remplacés.
– Les prêts bancaires et Investissements. A bien regarder, il existe des clubs qui n’ont pas de compte bancaire, ou encore celui des membres (Equipes, staff technique et administratifs, etc.). Pourtant ici, il s’agit de financer des projets spécifiques, comme l’achat d’un joueur, la construction ou rénovation d’un centre d’entraînement. Le club emprunte de l’argent auprès d’une banque ou ouvre son capital à des investisseurs extérieurs en échange de parts. Sauf que pour se faire, le club doit présenter un Business Plan et plusieurs n’en n’ont pas ou le font faire par le directeur marketing et à la rigueur avec l’aide du jeune comptable. Délaissant ainsi les experts financiers, plus à même de valoriser financièrement les atouts du club.
– Les droits audios visuels. Normalement la plus lucrative dans le sport moderne et professionnel… Mais est ce que le Cameroun peut réellement dire que son sport – pas que le football et l’équipe nationale de football – , est professionnel et moderne !?

Combien coûte une saison à un président de club met en exergue la budgétisation d’une saison. L’idée était de changer la perception en faisant comprendre que cela doit plus coûter au club qu’au président en faisant la distinction entre l’entité morale et l’entité physique. Ensuite, comprendre qu’il s’agit de traiter la question du modèle et/ou stratégies de financement en s’éloignant d’un modèle qui se rapproche plus de l’entrepreneuriat social que ce que ce doit réellement être : un modèle capitaliste et commercial. On parle quand même de l’industrie (secteur d’activité) du divertissement ! Cette démarche forcera le club à penser et à agir comme une entreprise structurée, capable de gérer un budget et de planifier son avenir financier.

Améliorez vos rapports à l’argent

Yves Alain SECKE
Consultant Formateur
Expert en Management Financier
Expert GYB PNUD