« La gouvernance des ressources halieutiques ne peut être l’affaire des seuls pêcheurs et des administrations. Elle doit être partagée, inclusive et responsable », a martelé le représentant du Sous‑Préfet de Campo lors de l’atelier du 13 janvier 2026.
À cette occasion, le Coordonnateur de TUBE AWU, Xavier Rodric Ndounteng Ndjamo, a précisé que: «même si le zonage officiel du Parc National Marin « Manyange Na Elombo Campo » reste à finaliser, la Charte multi acteurs a déjà instauré des règles concrètes ; 26 % de l’espace marin sont accessibles à la pêche, en excluant les zones de frayères identifiées pour protéger la reproduction des espèces. Le reste est dédié à la conservation stricte, garantissant un équilibre fragile mais porteur d’espoir pour concilier subsistance des communautés et préservation de la biodiversité. »
Dans la salle de conférence de l’hôtel de ville de Campo, les pêcheurs artisanaux ont exprimé leurs frustrations : « Nous sommes en conflit entre nous, et pourtant nous partageons le même espace marin, qui nous sert à nourrir nos familles », a lancé l’un d’eux. Dans le sens de tenir des propos conciliants, Joel Wamba, responsable du programme pêche et mégafaune à TUBE AWU, initiateur de cette rencontre, a insisté : « les acteurs de divers secteurs mènent des activités périphériques, qui influencent directement l’écosystème marin, il est urgent que chacun d’eux assument sa part de responsabilité. »
Joel Wamba a recueilli ces doléances et rappelé l’urgence d’une gouvernance inclusive, tandis qu’Evrard Kouna, le représentant du service de la conservation du Parc National Marin « Manyangue Na Elombo Campo », a dressé un bilan élogieux de la première année d’application de la charte, tout en insistant sur la responsabilité partagée.
Les chefs traditionnels ont dénoncé l’exclusion des communautés des compensations liées aux changements climatiques.
Sa Majesté Mosenga, chef du village Campo Beach, a déclaré : « ce sont les autochtones qui sont le plus victimes des dérèglements climatiques, et des incidents liés aux incursions des navires de pêche illégale au sein du parc marin, mais quand il s’agit de dédommager, tout se passe entre les administrations. Nous, les communautés, nous restons à l’écart. »
Sa Majesté Mouendji, chef du village Mbendji, a quant à lui indexé d’autres acteurs absents de ce dialogue constructif : « Il est vrai que le secteur privé n’a pas été consulté dès le départ. Pourtant, leurs activités dans la périphérie du parc ont des conséquences directes sur les ressources halieutiques. Il devient crucial de les interpeller pour la suite de la Charte. »

Les chefs traditionnels lors de l’examen de la grille d’évaluation de cette 1ère année.
Autour du parc marin « Manyange Na Elombo Campo », les chiffres parlent d’eux‑mêmes :
- Port Autonome de Kribi : plus de 35 milliards FCFA de chiffre d’affaires en 2024, avec un trafic de 12,7 millions de tonnes.
- Kribi Multipurpose Terminal (KMT) : des records de manutention dépassant les 17 000 tonnes en une seule journée.
- Kribi Conteneurs Terminal (KCT) : plus de 70 milliards FCFA investis en 2024 pour tripler sa capacité.
- Camvert : projet agro‑industriel de 50 000 hectares, avec une production annuelle prévue de 180 000 tonnes d’huile de palme.
- Perenco Cameroun : revenus pétroliers avoisinant 67 milliards FCFA en 2023.
Ces mastodontes économiques, pourtant sollicités, étaient absents de l’atelier du 13 janvier 2026.
Pourquoi impliquer le secteur privé ?
- Responsabilité environnementale : préserver les ressources halieutiques.
- Légitimité : une Charte sans eux est incomplète, car ils font partie des acteurs phares dans l’exploitation de cet espace marin.
- Ressources : moyens financiers et logistiques pour soutenir la conservation, selon des besoins bien identifiés.
- Réduction des tensions : anticiper et gérer les conflits.
- Vision partagée : garantir un intérêt collectif et durable, pour l’essor économique de toute la localité.
Pourtant, la gouvernance responsable a largement contribué à la préservation de l’écosystème naturel au sein du Parc National Marin.
Et la charte y est pour beaucoup, car elle a déjà permis des avancées significatives : 40 tortues marines libérées, un dauphin sauvé, 88 pêcheurs sensibilisés. Les patrouilles mixtes ont montré que la conservation n’est plus perçue comme une contrainte, mais comme une garantie d’intérêt collectif.
Mais sans le secteur privé, la gouvernance reste fragile. Les communautés réclament un cadastre bleu pour matérialiser les zones réglementaires et réduire les tensions. Elles souhaitent que les entreprises assument leur responsabilité environnementale et participent aux comités de vigilance.

Les représentants des associations de pêcheurs, réunis en l’occasion.
L’atelier a ouvert des pistes claires pour renforcer la pertinence de la Charte, à travers les suggestions suivantes :
- Mise en place d’un cadastre bleu pour clarifier les espaces et usages.
- Renforcement de la régulation administrative afin d’assurer l’application effective des règles.
- Implication du secteur privé : interpeller les entreprises sollicitées et formaliser un protocole d’adhésion.
- Concertation élargie : associer les entreprises aux comités de vigilance pour un suivi partagé.
- Promotion d’alternatives économiques : poursuivre l’étude pilote sur la pisciculture et développer des activités durables.
- Éducation environnementale : consolider les acquis et sensibiliser davantage les jeunes générations.
À Campo, l’avenir du parc marin « Manyange Na Elombo Campo » dépend d’une gouvernance partagée et responsable. Les communautés locales ont démontré qu’elles pouvaient devenir les gardiennes de la biodiversité. Mais face aux pressions économiques, l’absence des géants du secteur privés fragilise cet équilibre. 2026 doit être l’année où les entreprises seront enfin intégrées dans la Charte multi acteurs, pour concilier développement économique et préservation de l’écosystème marin.
Ange ATALA
