À Ebodjé, obtenir du poisson fumé n’est pas une mince affaire. Les acheteurs doivent emprunter une route sinueuse qui traverse tout le village afin de collecter une certaine quantité de poisson. Pour limiter cette démarche longue et fastidieuse, les femmes présentes à l’atelier du 13 février 2026, organisé par Biodiversity Conservation for Life (BCL), ont suggéré d’aménager un espace à l’entrée du village, destiné au marché du poisson. Ceci ayant pour but de faciliter l’accès à de nombreux acheteurs qui circulent sur la route principale menant vers Campo, chef-lieu de l’arrondissement.
La rencontre en question a donné lieu à une proposition concrète: un Code de bonnes pratiques communautaires de pêche artisanale et fumage de poissons, adopté par les communautés riveraines du parc national de Mayangue Na Elombo Campo, conçu avec l’appui de plusieurs partenaires (BCL, IRAD, Service de Conservation du Parc Marin, et Global Greengrants Fund).
L’idée de construction de 2 fumoirs communautaires ayant été bien accueillie par les participants à cette réunion , les échanges ont dévoilé plusieurs manquements , qui freinent le développement de la filière poisson fumé dans cette localité, qui pourtant a du potentiel économique. Selon la FAO, près de 35 % des stocks mondiaux de poissons sont surexploités. Au Cameroun, la pression est telle que certaines espèces locales ont chuté de 40 % en dix ans, menaçant la sécurité alimentaire des villages côtiers.
Inspiré du Code de conduite élaboré par la FAO, pour une pêche responsable, un code de bonne conduite a été conçu pour s’adapter aux besoins des communautés d’Ebodje et ses environs. Pour les pêcheurs locaux dont la source de revenu principale est la pêche artisanale, il leur a été recommandé entre autre de respecter leurs engagements.
Les communautés de pêcheurs artisanaux venus de plusieurs villages autour du Parc Marin, ont décidé de s’organiser pour assurer une gestion durable des ressources halieutiques, protéger les écosystèmes et garantir leurs droits. Pour y parvenir, elles ont adopté ce code de bonnes pratiques qui fixe des règles claires. Les pêcheurs s’engagent à utiliser des filets à mailles réglementaires, à respecter les zones de reproduction et les périodes de repos biologique, et à bannir le rejet de plastiques en mer.
Mais ce code ne se limite pas à la protection de l’environnement. Il vise aussi la qualité et la traçabilité des produits : garantir des poissons sains, respecter les normes d’hygiène et enregistrer les lieux et dates de capture pour lutter contre la fraude. Sur le plan social, il encourage la participation équitable de tous – femmes, jeunes, migrants – et valorise les savoirs traditionnels, tout en privilégiant la résolution pacifique des conflits. Enfin, il appelle l’État à jouer son rôle : faciliter l’accès aux marchés, renforcer la surveillance participative et encourager la transmission d’informations pour un suivi écologique efficace.
Les organisateurs ont tenu à rappelé à l’assistance que la pêche artisanale fait vivre environ 200 000 personnes dans le pays. Pourtant, les pertes liées à la dégradation des ressources halieutiques représentent jusqu’à 10 % des revenus des ménages côtiers, ce qui représente un réel manque à gagner.

Botè Nicolas.
« Nous voyons les poissons disparaître. Si nous ne changeons pas, nos enfants n’auront plus rien à manger », confie Botè Nicolas, pêcheur de Campo-beach-Ipono.
Les femmes, souvent responsables du fumage et de la vente, soutiennent l’initiative. « Avec des produits en provenance d’une Mer plus saine, nous pouvons vendre un poisson de meilleure qualité et gagner davantage, je suis même prête à céder une partie de mon terrain pour la construction d’un fumoir communautaire », explique Léontine Betèbè, mareyeuse venue de Campo avec sa belle-sœur.
Pour aller plus loin, Biodiversity Conservation for Life (BCL) a suggéré aux fumeuses de poisson de créer un marché du poisson à Ebodjé, où les revendeurs viendraient se ravitailler. Ce marché pourrait être conçu comme un espace collectif, avec des jours fixes de vente, une tarification harmonisée et une organisation permettant aux femmes de mieux gérer leur emploi du temps commun. Au-delà des pratiques locales, ce code veut instaurer une cogestion participative avec l’État et les ONG. Car sans surveillance, les filets illégaux et la pêche en zones de reproduction continuent de fragiliser l’écosystème.
C’est donc à l’unanimité que les participants à cet atelier, constitué pour la plupart des pêcheurs et fumeuses de poisson, ont adopté ce code de bonnes pratiques. Un pas modeste, mais crucial : préserver la biodiversité marine et garantir des revenus durables aux communautés. Dans ce village du sud Cameroun, la survie des familles dépend désormais de l’application stricte de ce code et de la mise en place d’un marché structuré, pensé par et pour les femmes.
Ange ATALA
