- L’Association des Consommateurs des Services Bancaires et Financiers du Cameroun (ACFI-CMR) figure sur la liste 2026 des organisations retenues par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), l’autorité de régulation du secteur financier de la sous-région. Cette reconnaissance a été formalisée par un courrier du Secrétariat général de la COBAC, adressé le 24 août à la Fédération des associations des consommateurs des produits et services financiers dans la CEMAC (FACFI-CEMAC).
- Cette reconnaissance confirme l’inscription d’ACFI-CMR dans le dispositif régional de protection des usagers des services bancaires. Le document précise par ailleurs que l’association dispose de l’autorisation requise des autorités nationales, condition préalable à son intégration dans cette fédération récemment créée pour donner une voix unifiée aux clients bancaires des six pays de la communauté.
Il est important de noter qu’ACFI-CMR n’arrive pas les mains vides : agréée fin 2020, dans un contexte de récession où les salaires des ménages peinaient à suivre la hausse des prix des produits de première nécessité, une conséquence de l’épidémie mondiale de Covid-19. L’association s’est construite en six ans un mécanisme de réclamation concret , un bureau d’écoute physique et une base de données associant un formulaire en ligne; et un projet de formation numérique déjà éprouvé.
La reconnaissance de la COBAC permet désormais à l’ACFI-CMR de représenter les consommateurs camerounais dans les débats communautaires sur la régulation bancaire. Son président, Dr. Midja Essogo Jean-Paul, résume la philosophie de l’association : « ACFI-CMR se veut républicaine. Se conformer à la réglementation est l’une de nos préoccupations majeures. » Il a remercié les autorités de régulation et les partenaires de l’écosystème qui accompagnent l’association dans la défense des droits des consommateurs.

Dr. Midja Essogo Jean-Paul, lors d’une session de formation des consommateurs en 2022. (© ACFI-CMR)
Dès son premier bilan annuel, en 2022, l’association pouvait déjà faire état de résultats concrets : des centaines de réclamations reçues et traitées, plusieurs cas d’abus dans la gestion de comptes bancaires signalés à des établissements de renommée nationale et internationale et résolus en faveur du plaignant, des partenariats publics-privés noués, des formations dispensées, et une veille médiatique ayant déjà contribué, dès cette époque, à la promotion des 22 services bancaires gratuits; le même dossier que l’association continue de porter aujourd’hui, signe que le combat reste d’actualité quatre ans plus tard.
Une reconnaissance qui légitime un travail déjà engagé
Dès avril 2025, ACFI-CMR a mis en œuvre le projet Finance4All, avec ses partenaires techniques Power People Inclusion (PPI) et Simplon, financé par Expertise France. Objectif étant de renforcer l’inclusion financière des populations vulnérables : femmes et jeunes . A la clé: un meilleur accès aux services financiers numériques, l’accompagnement d’organisations de la société civile, et une campagne de protection des consommateurs menée avec les établissements de microfinance.
Sur le terrain, les formations ont couvert la prise en main d’outils collaboratifs (Google Workspace, Miro, Trello, Slack…), une initiation à l’intelligence artificielle présentée comme un outil d’efficacité plutôt qu’un substitut à l’humain, et une initiation au marketing digital taillée sur mesure pour les petits entrepreneurs sans moyens d’accompagnement commercial.

La gratuité des 22 services bancaires : une promesse encore mal appliquée
ACFI-CMR dénonce aussi, sans relâche, l’abus persistant de banques qui continuent de facturer des services censés être gratuits. Depuis le règlement COBAC R-2020/04, applicable dès février 2021, les établissements de crédit et de microfinance de toute la zone CEMAC doivent offrir gratuitement 22 services bancaires « minimum garantis » ; ouverture et tenue de compte, relevé d’identité bancaire, consultation de solde, avis de débit électronique, encaissement de virements, etc. Face aux manquements persistants, le ministre camerounais des Finances avait dû, en 2022, sommer les banques de s’y conformer au plus tard le 1er janvier 2023, sous peine de sanctions COBAC (remboursement des sommes prélevées, mise en demeure de 30 jours, pénalités en cas de récidive). Le fait que l’association continue, en 2026, à documenter ce même problème suggère qu’un texte pourtant assorti de sanctions peine encore à s’imposer dans les pratiques bancaires quotidiennes.
Trois axes structurent l’action de l’association :
- L’éducation financière,
- Le traitement des réclamations en cas d’abus,
- L’accompagnement des organisations à la conformité réglementaire, à travers une collaboration étroite avec la COBAC.

Une interface de la base de données conçue en 2022 par les équipes d’ACFI-CMR.
Une dimension désormais régionale
Au-delà de son récépissé national, ACFI-CMR franchit une étape régionale. Sa participation à la FACFI-CEMAC lui permet de contribuer à un espace financier plus transparent pour les consommateurs des six pays membres; et pourrait permettre de mutualiser, à l’échelle sous-régionale, la pression sur des manquements comme celui des 22 services gratuits, qui dépasse le seul Cameroun.
« Parler argent nécessite des prérequis et une technicité avérée », résume le président d’ACFI-CMR ; une formule qui dit tout de la méthode de l’association : consolider sa crédibilité par l’éducation financière et l’accompagnement de terrain, pour bâtir une confiance des usagers encore fragile face à des promesses réglementaires qui tardent parfois à devenir réalité.
Ange ATALA
