Gestion des déchets solides : au-delà des instructions, une urgence structurelle

En réponse au Message-fax du 24 décembre 2025, formulé par M. Atanga Nji, Ministre de l’Administration Territoriale du Cameroun, invitant les autorités administratives locales à procéder à la délocalisation des bacs à ordures hors des axes principaux et à encadrer les horaires de collecte entre minuit et 6 heures du matin, il apparaît nécessaire d’en souligner les limites structurelles, afin d’en assurer une mise en œuvre réaliste, efficace et durable.

À Douala, la production journalière de déchets est estimée à environ 2 700 tonnes, pour une capacité de collecte d’environ 1 800 tonnes. À Yaoundé, sur une production estimée à 2 000 tonnes par jour, environ 1 000 tonnes seulement seraient effectivement collectées, soit un taux de couverture d’environ 50 %.

Si ces instructions traduisent une volonté légitime d’améliorer la salubrité urbaine, leur application ne saurait produire les effets escomptés sans une prise en compte des contraintes opérationnelles, financières et structurelles qui caractérisent actuellement le sous-secteur de la gestion des déchets solides municipaux.

Des infrastructures de collecte structurellement insuffisantes

Les infrastructures de collecte relèvent principalement de la responsabilité de l’État, à travers les collectivités territoriales décentralisées. Elles devraient constituer une composante intégrée de la planification urbaine et de la voirie municipale. Pourtant, dans de nombreuses communes, ces infrastructures demeurent insuffisantes, inadaptées, voire inexistantes.

Dans ce contexte, les entreprises prestataires ne peuvent intervenir que dans les limites des équipements effectivement mis à leur disposition. Exiger une relocalisation des bacs ou une réorganisation des circuits de collecte sans investissement préalable dans les infrastructures revient à transférer une responsabilité structurelle vers des acteurs opérationnels dont les marges de manœuvre sont limitées.

Des contraintes d’accessibilité qui limitent l’efficacité opérationnelle

La dégradation avancée ou l’absence de voies d’accès dans de nombreux quartiers constitue un obstacle majeur à l’efficacité des opérations de collecte. La distance parfois importante entre les zones d’habitation et les axes viabilisés rend la collecte de proximité difficile, voire impossible, et explique en grande partie la prolifération des dépôts sauvages le long des axes routiers.

Dans ces conditions, la recommandation de déplacer les bacs hors des voies principales, sans traitement préalable des problèmes d’accessibilité, risque de produire l’effet inverse : une accumulation accrue des déchets dans les espaces publics.

Une couverture de collecte structurellement insuffisante

Les données officielles disponibles confirment un déficit structurel de la couverture de collecte. À Douala, la production journalière de déchets est estimée à environ 2 700 tonnes, pour une capacité de collecte d’environ 1 800 tonnes. À Yaoundé, sur une production estimée à 2 000 tonnes par jour, environ 1 000 tonnes seulement seraient effectivement collectées, soit un taux de couverture d’environ 50 %.

Ces chiffres indiquent clairement que les prestataires ne disposent pas du mandat ni des moyens nécessaires pour assurer une collecte exhaustive. Dès lors, même en respectant strictement les horaires recommandés, une part significative des déchets restera inévitablement non collectée, alimentant les phénomènes d’insalubrité observés.

Dans un contexte marqué par la réduction des subventions de l’État, il apparaît donc difficile d’exiger une amélioration significative des performances sans un renforcement structurel et durable des mécanismes de financement.

L’absence d’une politique structurée de prévention et de valorisation des déchets

Enfin, le cadre normatif actuel reste largement centré sur la collecte et le transport, au détriment de la prévention, de la réduction à la source et de la valorisation des déchets. Or, l’absence de mesures incitatives ou contraignantes pour encourager les ménages à adopter des comportements responsables — tri à la source, valorisation des biodéchets, respect des espaces publics — limite considérablement l’impact des actions menées.

Sans une approche intégrée incluant la sensibilisation, la responsabilisation citoyenne et la valorisation locale des déchets, les recommandations opérationnelles risquent de produire des résultats limités et temporaires.

En définitive, si les orientations formulées par le MINAT traduisent une volonté louable d’améliorer la salubrité urbaine, leur efficacité demeure conditionnée à la prise en compte des réalités structurelles du secteur. Une réponse durable nécessite une approche systémique intégrant :

  • Un renforcement des infrastructures et des financements,
  • Une clarification des responsabilités institutionnelles,
  • Une amélioration de l’accessibilité urbaine,
  • Le déploiement d’une véritable politique nationale de prévention et de valorisation des déchets.

Ce n’est qu’à ces conditions que les collectivités territoriales pourront répondre efficacement aux attentes des populations et aux exigences croissantes en matière de salubrité et de développement urbain durable.

Jocelyne Landry Tsonang