Le niveau de l’épargne est une conséquence directe et significative de l’acquisition de connaissances et compétences financières. Plusieurs études montrent en effet que les individus qui ont un niveau élevé d’éducation financière auront plus tendance à participer au marché financier, à investir dans le marché des capitaux, à entreprendre des activités qui vont augmenter leur épargne (OKTAFIAN, 2022). Quand on parle de littératie ou éducation financière, on fait référence à 3 dimensions prioritaires : les connaissances financières en premier, les attitudes financières ensuite et les comportements financiers enfin.
Le comportement d’épargne est partie intégrante de l’aspect relatif au comportement financier, en d’autres termes, un individu dit financièrement éduqué ou financièrement lettré, est celui qui épargne entre autre. On peut donc se demander comment la connaissance financière ainsi que les attitudes financières entrainent les comportements tels que l’épargne. Comme réponse à cette question, on peut dire que plusieurs connaissances financières permettent de développer des attitudes qui auront tendance à se matérialiser en comportement d’épargne.
Origine des concepts et intérêt de l’Education Financière
L’éducation financière traditionnelle s’est souvent concentrée sur les principes de base de la gestion financière (entre autre les principes ou notion d’épargne) et sur l’utilisation des services financiers traditionnels tels que les comptes courants et les comptes d’épargne (AFI, 2021). La littératie financière peut être entendue comme l’aptitude à gérer et résoudre des problèmes financiers, tout comme les comportements et l’état d’esprit à même d’améliorer le bien-être financier d’un individu (ANGELES, 2022). Elle permet d’améliorer la situation financière d’un individu car pour beaucoup, les difficultés ne sont pas les conséquences de revenus faibles ou absents, mais découlent principalement d’une gestion financière inefficace. Les personnes ayant un faible degré de littératie financière ont plus tendance à commettre des erreurs dans la gestion des endettements par exemple.
Ils utilisent souvent des cartes de crédit très couteuses, empruntent souvent à des taux très élevés, entreprennent des transactions à coûts élevés. Au coût de la dette s’ajoute un « coût de l’ignorance » qui alourdi de beaucoup les charges liées aux emprunts (ALLIANZ, 2017). L’éducation financière permet de réduire de tels coûts car les individus ayant plus de connaissances financières sont plus susceptibles de faire attention aux coûts de financement et d’emprunter à faibles coûts (LUSARDI et al., 2017).Les individus ayant un niveau d’éducation financière plus élevé sont plus susceptibles de procéder à des planifications à long terme, notamment planifier leur retraite. Le fait d’avoir des connaissances financières permet aux individus d’effectuer une meilleure allocation de leurs ressources tout au long de leur vie (LUSARDI et al., 2017).
Compréhension des connaissances financières nécessaires
Les 3 concepts financiers fondamentaux sont appelés « Big Three ». Ils sont à la base de la mesure de l’éducation financière. Il s’agit des connaissances sur les intérêts (particulièrement les intérêts composés), l’inflation et la diversification. Cette connaissance est cruciale car, associé à des attitudes financières positives elle permet aux individus de prendre des décisions éclairées. La connaissance liée aux intérêts composés permet de comprendre la croissance du capital. Elle permet de comprendre qu’il est possible de générer des revenus qui se basent sur des revenus préalablement inexistants. La compréhension de ce simple fait encourage l’épargne précoce car c’est le facteur temps qui joue un rôle essentiel dans la constitution du capital.
L’inflation fait référence à l’augmentation de prix et par conséquent à la diminution du pouvoir d’achat. La compréhension de cette notion permet d’être alerte en vue de la protection de son pouvoir d’achat. C’est cette notion qui amène à comprendre que l’argent nominal qu’un individu possède actuellement, sera peut-être le même dans un an mais ne pourra pas acheter autant de biens et services dans le marché. Au lieu donc de garder cette somme par devers soi, il est bon de l’épargner ou de l’investir de façon à ce qu’il génère des intérêts, conservant ou améliorant ainsi son pouvoir d’achat. C’est aussi cela qui amène à réfléchir à des stratégies de placement un peu moins risquées privilégiant les investissements dont la rentabilité est nettement supérieure à l’inflation. Cette compréhension permet l’augmentation de la mobilisation des capitaux dans le système financier.La diversification des risques traduit l’action de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Il s’agit en termes financiers de trouver un compromis entre le risque et le rendement.
En effet, certains produits financiers rapporteraient gros, mais sont plus sujets à des risques d’échecs au même moment. Pendant ce temps, d’autres produits financiers sont moins sujets à des risques d’échecs, mais ne rapportent pas autant de bénéfices. Il en est aussi de la compréhension des dangers de la concentration. Certains secteurs de l’économie qui sont très rentables et captent par conséquent beaucoup d’investissements finiront tôt ou tard par être saturés, entrainant naturellement une chute de la rentabilité interne. Ce pan du marché peut même être sujet à un risque qui s’il se réalise entrainerait la perte totale de tous les actifs de l’individu qui aurait complètement investi dans ce secteur. Ainsi il ne faut pas simplement investir par ce que certains produits semblent très attractifs.
Il est bon d’éviter la concentration de ses capitaux.
Développement des attitudes adaptées
Le comportement d’épargne est une conséquence non seulement des connaissances financières, mais aussi des attitudes financières. Les attitudes financières renvoient à l’évaluation mentale ou psychologique qu’un individu se fait sur les questions d’argent (OKTAFIAN, 2022). Les attitudes financières favorables à l’épargne sont celles qui promeuvent la sécurité à long terme, la discipline et la gestion proactive des ressources.Les attitudes qui sont axées sur l’orientation à long terme permettent de privilégier la prudence. Ainsi au lieu de la dépense immédiate ou la vie au jour le jour, de bonnes attitudes financières se manifesteront par la tendance à privilégier les actions qui participent à la résilience, au bien être durable, notamment l’épargne pour le future.
Cette tendance à penser au future permettra par exemple d’élaborer des plans financiers à long termes, la constitution d’une épargne au moins à titre de précaution. Le fait d’avoir une vision de long terme est aussi associé à l’attitude de se sentir responsable de son bien être financier futur, et non de considérer que les choses viendront d’elles-mêmes, que le bien être est un résultat de la chance simplement. Une autre attitude financière fondamentale est liée à la discipline et à une gestion proactive contrôlée de ses ressources et de ses comportements. La capacité de se contrôler concernant les dépenses financières et élaborer des budgets et de s’y tenir malgré des envies qui pourraient varier est essentiel pour le contrôle financier (BIRE et al, 2023). La maitrise des comportements impulsifs rendus possible par l’autodiscipline ainsi que la gestion efficiente du temps permet de mieux gérer ses ressources. La stabilité face à l’argent pour éviter l’enrichissement rapide et sans cause, de même que le fait d’éviter de s’attarder longtemps sur des erreurs financières passées constituent des attitudes financières positives (RAHAYU et al., 2023).
Enfin l’attitude face au risque permet également d’orienter son comportement financier. La propension par exemple à chercher à exploiter les opportunités qui s’offrent se verra beaucoup plus chez les individus qui ont une tendance à accepter les risques (HERRERA, 2023). Ils pourront donc plus facilement saisir les opportunités rentables, ce qui est essentiel pour l’accumulation de la richesse. Cela dit une bonne attitude permettra de prendre des risque mesurés, et non pas des risques inconscients. Une bonne attitude permettra d’exprimer son degré de tolérance au risque à travers la poursuite d’investissement dont les rendements seront jugés adaptés au niveau des risques pris.
Quels autres comportements pour une épargne de qualité ?
En définitive, avoir une épargne de qualité, c’est faire montre d’un comportement financiers c’est avoir une capacité financière reflétant une discipline ainsi qu’une stratégie éclairée relativement aux produits financiers sollicités. En ce qui concerne la discipline, on peut évoquer plusieurs actions dans ce sens :
- Budgétisation de finances : L’épargne commence par une gestion proactive et disciplinée des revenus courants. Il faudrait donc faire une budgétisation basée sur une analyse des coûts et avantages réels des décisions prises, le tout en faisant montre de prudence.
- Surveillance de ses finances : il faudrait garder un œil actif sur ses finances, revenus et dépenses de façon à améliorer constamment le processus de budgétisation. Ceci passe par un contrôle de ses achats, en réfléchissant avent d’acheter, évitant les achats impulsifs. On peut privilégier les réparations par exemples, au lieu de penser systématiquement à la recherche de produits neufs
- Paiement de ses obligations : il faut faire un effort particulier pour payer ses factures à temps évitant ainsi les coûts supplémentaires de pénalités. Pareillement pour ses dettes à rembourser à temps, augmentant sa crédibilité auprès de ses créditeurs.
En ce qui concerne la vision stratégique de l’épargne ainsi que les services financiers appropriés, il est crucial d’avoir des objectifs clairs, de bonnes habitudes et des moyens adaptés. On peut citer ici certaines actions qu’un individu pourrait mettre en œuvre :
- Epargner régulièrement : l’épargne est la quantité d’argent qui reste après consommation. Cette quantité ne devrait pas être juste un résultat subit, mais plutôt une décision. Il est recommandé de garder un peu d’argent même chaque jour ou chaque semaine en fonction du rythme de ses revenus financiers. Il ne faut pas nécessairement gagner beaucoup pour épargner, chacun peut épargner en fonction de son niveau de revenus.
- Penser à long terme : l’épargne est plus intéressante lorsqu’elle est activée dans le cadre de la poursuite d’un objectif clair. Ainsi prévoir l’avenir et penser à ses objectifs de long termes permet d’ajuster son comportement d’épargne au jour le jour ;
- Utiliser judicieusement les produits et services financiers adaptés à l’épargne. Pour cela il faut privilégier les institutions offrants un certain degré de garanties de sécurités. Il est recommandé de garder le moins d’argent en espèce dans son portemonnaie. Pour choisir son institution, on doit rechercher calmement le maximum d’informations, comparer les offres entre les différents produits et analyser les avantages et les inconvénients des différents produits financiers d’épargnes.
Ces comportements qui sont considérés comme comportement financier positif sont de bonnes habitudes et compétences pratiques payantes à la fois à court et à long terme.
Martial MAHOU (SG ACFI-CMR) & MIDJA ESSOGO, Phd Business Administration
