Du 3 au 4 septembre 2025, deux jours pour dénoncer les effets du changement climatique qui s’intensifient à travers les 10 régions du Cameroun. Les inondations sont de plus en plus récurrentes dans les zones rurales, et même les grandes villes comme Douala et Yaoundé, où l’urbanisation galopante n’a pas été pensée en faveur du développement durable. Ces phénomènes affectent particulièrement les jeunes, qui représentent plus de 60 % de la population camerounaise.
Sous le thème: « Rôle des jeunes dans l’implémentation des politiques de développement et la lutte contre les changements climatiques », la Local Conference of Youth (LCOY) Cameroon 2025, s’est tenue à Yaoundé; avec l’assistance technique et financière de l’UNICEF, en postlude à la pré-LCOY tenue à Maroua la semaine dernière. Ces activités s’inscrivent dans une dynamique mondiale portée par YOUNGO, le groupe officiel des jeunes auprès de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC).
Plus de 116 000 personnes ont été déplacées au Cameroun en 2020 à la suite de catastrophes naturelles, ce qui inclut les effets du changement climatique comme les inondations, les sécheresses et les glissements de terrain. En 2020, le Cameroun comptait environ 4 millions de personnes déplacées internes (toutes causes confondues). Les déplacements liés aux catastrophes naturelles représentent environ 2,9 % de ce total, selon les chiffres disponibles sur alternatives-humanitaires.org. Ce chiffre est probablement sous-estimé, car les effets climatiques sont souvent combinés à d’autres facteurs comme les conflits armés, ou au phénomène de transhumance dans les régions septentrionales.

Pre-LCOY 2025 tenue à Maroua.
Les plus vulnérables ce sont les jeunes, étant donc les plus exposés aux conséquences du dérèglement climatique, ils sont les mieux placés pour proposer des solutions innovantes et durables. Cette initiative permet à la jeunesse camerounaise de se mobiliser pour faire entendre sa voix sur la scène internationale. Cette conférence a permis à des centaines de jeunes de toutes les régions du pays de se réunir, de débattre, et de formuler des recommandations concrètes en vue de la COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil.
Parmi les figures marquantes de cette édition, Prudence Masseng Heda, en sa qualité de Point de contact de la LCOY Cameroun 2025 (au centre de l’image de titre, à ses côtés :Terra, la mascotte climat de l’UNICEF Cameroun, était l’invitée d’honneur à la LCOY 2025). Elle s’est distinguée par son leadership et son engagement. Experte sur les questions liées à la gouvernance climatique et en mobilisation jeunesse, elle a joué un rôle central dans la coordination des travaux, la facilitation des ateliers, et la synthèse des recommandations. Son parcours, marqué par une forte implication dans les réseaux africains de jeunesse climatique (Jeunes Voix du Sahel) , lui confère une légitimité et une capacité d’influence reconnues.
Prudence a notamment insisté sur la nécessité de décoloniser les politiques climatiques, en mettant en avant les savoirs locaux et les solutions endogènes. Elle a également plaidé pour une représentation équitable des jeunes du Sud global dans les instances de décision, soulignant que « la justice climatique ne peut être atteinte sans justice générationnelle et territoriale ».
Enjeux de la COP30 pour l’Afrique et le Cameroun
La COP30, qui se tiendra en Amazonie, sera une conférence hautement symbolique, centrée sur la protection des écosystèmes et la justice climatique. Pour le Cameroun, elle représente une opportunité stratégique de : valoriser ses efforts en matière de conservation forestière (notamment dans le bassin du Congo); de revendiquer une compensation équitable pour les pertes et dommages subis; de renforcer la coopération Sud-Sud sur les questions climatiques.

La voix des jeunes, portée par les recommandations de la LCOY, pourrait jouer un rôle décisif dans l’orientation des négociations et dans la formulation des engagements post-2030, au Cameroun.
Il est important de noter que, malgré leur mobilisation, les jeunes camerounais font face à plusieurs obstacles liés au manque de reconnaissance institutionnelle de leurs propositions. Par ailleurs, la faible représentation de cette couche vulnérable de la population ne garantie pas une présence effective aux évènements internationaux. Sans toutefois oublier de mentionner le risque de récupération politique de leurs initiatives. Des défis qui appellent à une réforme structurelle de la gouvernance climatique où, d’après Marie-Claire Ntsama, ingénieure météorologiste et intervenante à la LCOY 2025, a souligné la nécessité pour la jeunesse camerounaise d’agir: « non pas comme un simple groupe consultatif , mais comme un acteur décisionnel à part entière».

Marie-Claire Ntsama, lors de son exposé.
Pour pérenniser l’impact de la LCOY Cameroon 2025, plusieurs pistes sont envisagées :institutionnalisation de la LCOY comme plateforme annuelle de dialogue jeunesse-climat; création d’un observatoire national de la justice climatique, piloté par des jeunes; renforcement des partenariats avec les universités, les collectivités locales et les ONG; suivi et évaluation des recommandations soumises à la COP30.
Au terme de cette édition de la LCOY 2025, preuve nous est donnée que la jeunesse camerounaise est prête, compétente et engagée pour relever les défis climatiques. En affûtant leurs recommandations pour la COP30, ces jeunes ne se contentent pas de dénoncer : ils proposent des solutions concrètes, ancrées dans leurs réalités, et porteuses d’un avenir plus juste et durable. Leur voix, amplifiée par des leaders de plusieurs associations de jeunes présents à cette rencontre, mérite d’être entendue, respectée et intégrée dans les décisions qui façonneront le climat de demain.
Ange ATALA
