L’ONACC présente sa Plateforme de Suivi des Risques et Catastrophes Climatiques

L’Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC) a présenté ce 14 janvier 2026, une plateforme numérique de suivi des risques climatiques, dont l’objectif est d’anticiper les catastrophes, protéger les populations et minimiser les pertes économiques liées aux aléas extrêmes. Devant un parterre d’académiciens, personnels d’administration (MINTP, MINEPDED…) et représentants d’institutions internationales ( FAO, Action Contre la Faim), venus recevoir une formation à l’usage de ce nouvel outil d’aide à la décision.

Cette plateforme constitue un outil stratégique de modernisation dans la gestion des risques climatiques, avec pour vocation de transformer des données multi-sources issues des réseaux d’observation , de l’imagerie satellitaire, des institutions sur le terrain, pour les transformer en informations utiles à la décision, opérationnelles, territorialisées et diffusées via des circuits formels.

Au Cameroun, les catastrophes climatiques coûtent plus de 250 milliards FCFA par an en dommages directs et indirects. L’outil vient intervenir à 4 niveaux ainsi qu’il suit:

  • Anticipation : en cartographiant les zones vulnérables et en produisant des alertes précoces, il réduit les impacts sur les infrastructures, l’agriculture et les services essentiels.
  • Planification : les indicateurs et tableaux de bord facilitent la priorisation des investissements et la mise en place de mesures d’adaptation.
  • Réactivité : l’intégration de l’IA accélère l’analyse et la diffusion des alertes, ce qui diminue le temps de réponse en cas de crise.
  • Fiabilité : les données scientifiques consolidées garantissent une information traçable et exploitable par les décideurs.

Dans ses rapports annuels, l’ONACC souligne que les inondations et sécheresses entraînent des pertes économiques considérables, notamment dans l’agriculture et les infrastructures. La Banque Mondiale (2021, 2023) quant à elle estime que les catastrophes climatiques coûtent au Cameroun environ 0,5 % du PIB chaque année, soit près de 250 milliards FCFA en dommages directs et indirects. Par ailleurs, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) démontre à travers ses études sur la résilience climatique en Afrique centrale, que les pertes agricoles liées aux sécheresses dans le Nord du Cameroun atteignent 60 à 80 milliards FCFA par an.

Dans ses projets de soutien à l’ONACC, la GIZ (Coopération allemande) a documenté les impacts économiques des inondations urbaines, évalués à plus de 100 milliards FCFA par an pour les grandes villes comme Douala et Yaoundé. De plus, les événements climatiques extrêmes (pluies torrentielles, vagues de chaleur, glissement de terrain) coûtent au total près de 250 milliards FCFA annuels, soit environ 0,5 % du PIB. Selon l’ONACC, les pertes de revenus pour les agriculteurs et pêcheurs représentent jusqu’à 30 % de leurs revenus annuels, accentuant la pauvreté et les migrations internes.

L’application permet de cartographier les zones vulnérables, de suivre les tendances et d’émettre des alertes en cas d’inondations, sécheresses ou vagues de chaleur. Elle repose sur des modèles climatiques consolidés, enrichis par des séries d’observations locales. Mais la nouveauté, c’est l’intégration de l’intelligence artificielle : réseaux de neurones pour analyser les signaux, modèles de langage pour produire des synthèses rapides. Toujours sous contrôle humain, pour garantir la fiabilité.

Ing. Obenebangha Bate Mbi/ DPDCSAS/ONACC, présentant la vision et la chaîne de valeur de la plateforme.

En combinant expertise scientifique, innovation technologique et engagement citoyen, l’ONACC trace la voie d’une gouvernance climatique plus proactive. Pour le Directeur Général Adjoint , Ing. Forghab Patrick Mbomba (voir 1er plan image de titre) : « cette plateforme est un levier stratégique pour anticiper les crises climatiques et renforcer la coordination nationale en matière de riposte ».

La plateforme repose sur des modèles climatiques robustes, des séries d’observations et des méthodes de modélisation validées dans des cadres internationaux. Elle permet de cartographier les zones vulnérables, de suivre les tendances et d’anticiper les catastrophes. L’innovation réside dans l’intégration de l’intelligence artificielle : réseaux de neurones pour analyser les signaux climatiques, modèles de langage pour produire des synthèses rapides, toujours encadrés par des experts.

Au‑delà de la technologie, ce projet met en lumière la contribution des chercheurs camerounais. Les travaux de modélisation menés par le Pr. Ngongo Isidore et les étudiants de l’École Nationale Polytechnique ont joué un rôle central dans l’adaptation des modèles aux réalités locales. Ces jeunes scientifiques, en mobilisant leurs compétences en ingénierie et en data science, démontrent que la relève académique est prête à répondre aux défis climatiques. Leur implication traduit une dynamique nouvelle : la jeunesse camerounaise n’est plus seulement spectatrice des dérèglements climatiques, elle devient actrice de solutions.

Pr. Ngongo Isidore/ Chef de département de modélisation et des applications industrielles à L’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé : « L’ ONACC a ouvert un travail fondateur de la recherche, qui ouvre la voie à la modélisation, l’expertise camerounaise n’est plus spectatrice des modèles exportés, au point d’offrir un outil fiable, répondant aux normes internationales sur la question ».

48% de la ville de Douala est susceptible d’être avalée par les eaux en cas d’inondation, scénario qui peut être anticipé grâce à la Plateforme de Suivi des Risques et Catastrophes Climatiques. Lors de l’atelier de Mbalmayo, des simulations d’inondation à Douala et de sécheresse à Maroua ont permis de tester la chaîne complète d’alerte. Les participants – décideurs, techniciens, collectivités – ont été formés à exploiter la plateforme, un guide d’utilisation leur a été fourni à cet effet. Les utilisateurs peuvent accéder à la plateforme depuis le site internet de www.onacc.cm, où une interface interactive permet de consulter les indicateurs et alertes en temps réel.Cette démarche inclusive garantit que l’outil ne reste pas confiné aux laboratoires, mais a vocation à devenir un instrument partagé de vigilance et de résilience aux dérèglements climatiques.

Ange ATALA