MBOSCUDA initie la Déclaration de Yaoundé sur l’agroécologie et la résilience climatique

Les 9 et 10 décembre 2025 à Yaoundé, l’organisation « Mbororo Social and Cultural Development Association » (MBOSCUDA) , en français : Association de Développement Social et Culturel des Mbororo ; a réuni environ soixante-dix participants issus des Ministères, de la société civile, des chercheurs, et une forte représentation des communautés autochtones . En vue de l’adoption de la Déclaration nationale sur l’agroécologie et la résilience climatique.

Les bergers Mbororo au Cameroun pratiquent plusieurs méthodes traditionnelles qui s’apparentent directement à l’agroécologie : la rotation des pâturages, la gestion collective des points d’eau, l’intégration agriculture-élevage (fumier comme fertilisant), la préservation des semences locales et l’utilisation des savoirs ancestraux pour restaurer les sols et les parcours.

Derrière les discours, prononcées lors de grandes conférences sur le sujet, les données révèlent l’urgence. Selon la FAO, l’agroécologie permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole de 20 à 30 % tout en améliorant la biodiversité. Au Cameroun, l’intégration officielle du projet MBOSCUDA/NAOCCSD ( National Alliance of Organizations on Climate Change and Sustainable Development, ce qui se traduit en français par : Alliance Nationale des Organisations sur le Changement Climatique et le Développement Durable) dans la Contribution Déterminée au niveau National (NDC 3.0) essaie de changer la donne.

Cette déclaration s’appuie sur les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones (UNDRIP), notamment pour promouvoir le consentement libre, préalable et éclairé (FPIC) dans les projets de développement. Il est important de rappeler que MBOSCUDA agit depuis 1987 au Cameroun, et au fil des réalisations de cette association, elle a établi un modèle de partenariat exemplaire avec ECOSOC(Conseil économique et social des Nations Unies) , salué comme un cas de gouvernance collaborative entre société civile et institutions publiques.

Ce partenariat vise à institutionnaliser la participation citoyenne dans les politiques climatiques et à renforcer les mécanismes de suivi communautaire des engagements climatiques (MRV participatif). MBOSCUDA est aujourd’hui un acteur-clé dans la diplomatie climatique locale, reconnu par les Nations Unies pour sa capacité à articuler les savoirs autochtones, les droits fonciers et les solutions agroécologiques. Son travail contribue à repositionner les communautés pastorales comme leaders de la résilience climatique en Afrique centrale.

Avancée significative : c’est la première fois que les savoir-faire locaux sont inscrits dans une stratégie climatique nationale.

Les pasteurs et peuples autochtones représentent près de 15 % de la population rurale, mais restent exclus des décisions. Les enquêtes de NAOCCSD montrent que 70 % des petits producteurs n’ont pas de sécurité foncière, ce qui fragilise leur capacité d’adaptation face aux chocs climatiques. Pourtant le Cameroun consacre moins de 2 % de son budget agricole à des pratiques durables. La Déclaration appelle à augmenter les allocations pour l’agroécologie et à créer un fonds national dédié aux initiatives autochtones. Les partenaires internationaux (AFSA, AEF, ONU) sont invités à renforcer leur appui.

Fort du constat selon lequel les semences locales couvrent encore 40 % des besoins des petits exploitants, les participants ont dénoncé les risques pour les petits exploitants agricoles, d’être marginalisés par la digitalisation non régulée des systèmes alimentaires. Les signataires de la déclaration de Yaoundé sur l’agroécologie et la résilience climatique , exigent des garanties pour protéger les droits des paysans sur leurs données et semences.

Alignée sur la Déclaration de Belém (COP30), la Déclaration de Yaoundé plaide pour une sortie progressive des énergies fossiles et un investissement massif dans les énergies renouvelables. Actuellement, moins de 25 % des zones rurales ont accès à l’électricité, pourtant il existe plusieurs sources de matières premières pour produire l’énergie renouvelable au Cameroun, et accorder plus d’autonomie aux zones rurales. Les pratiques des populations Mbororo illustrent une agroécologie vivante, fondée sur la mobilité, la régénération des sols, l’intégration agriculture-élevage et la valorisation des savoirs autochtones. Elles sont aujourd’hui reconnues comme des solutions climatiques basées sur la nature, intégrées dans les stratégies nationales (NDC 3.0).

On peut donc conclure que, sans agroécologie le Cameroun risque de perdre sa souveraineté alimentaire et d’aggraver les inégalités climatiques. Mais en tenant compte de cette déclaration, le pays peut devenir un leader continental de la résilience. La Déclaration de Yaoundé n’est pas qu’un texte : c’est une feuille de route chiffrée pour transformer les politiques publiques et donner aux communautés locales les moyens de bâtir un avenir durable.

Ange ATALA