MINTP: conférence de presse sur l’état du réseau routier au Cameroun

Le Ministre des Travaux Publics (MINTP), Emmanuel Nganou Djoumessi a tenu un point de presse ce 4 septembre 2025 à l’immeuble Ministériel N°1, à l’effet de dresser un état des lieux actualisé des efforts réalisés par le gouvernement en vue d’améliorer le réseau routier national. En effet, le réseau est passé de 55 000 km en 1986 à plus de 121 000 km aujourd’hui, une belle avancée , très peu connue du grand public.

•Au-delà des discours, le Ministre a présenté un état des lieux détaillé du réseau routier camerounais, révélant à la fois les avancées, les défis persistants et les perspectives d’aménagement à l’horizon 2030. Ce point de presse, tenu dans un contexte de pressions climatiques et budgétaires croissantes, a mis en lumière les efforts du gouvernement pour améliorer le trafic routier, tout en soulignant les limites structurelles du système.

La dégradation des routes au Cameroun est causée par une combinaison de facteurs techniques, climatiques, économiques et humains. En cause: les infrastructures vieillissantes, les chaussées et les ouvrages d’assainissement construits il y a plusieurs décennies ne sont plus adaptés aux volumes de trafic actuels ni aux nouvelles conditions climatiques. À cela s’ajoutent les conditions climatiques, dont nous citerons les pluies abondantes et prolongées qui provoquent l’infiltration de l’eau sous les chaussées, l’érosion des sols et l’effondrement des ponts. De plus les systèmes de drainage sont souvent sous-dimensionnés ou mal entretenus, ce qui aggrave les dégâts.

L’entretien préventif quasi inexistant ou retardé

Autre cause que nous ne manquerons pas de mentionner, c’est l’incivisme des usagers de la route; le non-respect des tonnages autorisés est un problème récurrent. Les camions surchargés accélèrent la détérioration des routes, en particulier celles en terre ou non renforcées. Les budgets alloués à la maintenance sont insuffisants ou mal gérés, ce qui entraîne une accumulation des dégradations. Certains chantiers sont réalisés avec des matériaux inadaptés ( plusieurs ecosystemes selon les régions) ou selon des normes non respectées. Le manque de contrôle technique et la faible capacité de certaines entreprises locales contribuent à des infrastructures fragiles dès leur livraison.


L’obstruction des caniveaux par des déchets drainés par les eaux de ruissellement, le non-respect des barrières de pluie, ou encore le stationnement anarchique sont autant de comportements qui aggravent la vulnérabilité des routes. Il ne faut pas se mentir, la corruption et la mauvaise gestion des fonds publics affectent la qualité et la durabilité des projets routiers. Pour y remédier, il faut une approche globale : meilleure planification, financement durable, contrôle rigoureux des chantiers, et sensibilisation des usagers.

Une amélioration timide malgré les investissements

Le Cameroun dispose aujourd’hui d’un réseau routier de 121 873 km, contre 55 000 km dans les années 1990 — soit une augmentation de 121 %. Un linéaire qui se répartit comme suit :

  • Autoroutes : 109 km
  • Routes nationales : 9 387 km (dont 63 % bitumées)
  • Routes régionales : 13 842 km (12 % bitumées)
  • Routes communales : 98 535 km (moins de 3 % bitumées)

Les routes communales représentent 81 % du réseau total, mais sont les plus dégradées. Seules 24,2 % sont en bon ou moyen état, contre 71,3 % pour les routes nationales et 45,1 % pour les routes régionales.

Selon les données du dernier trimestre, l’état global du réseau n’a progressé que de 5 points par rapport à 2024. Cette amélioration modeste s’explique par :

  • Le vieillissement des infrastructures
  • Les effets du changement climatique (infiltration des eaux, effondrement des ouvrages)
  • L’incivisme des usagers (surcharges, obstruction des drains, non-respect des barrières de pluie)
  • La faiblesse du tissu d’entreprises locales (27 marchés résiliés entre 2019 et 2024)
  • L’insécurité dans les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord

En 2024, 129 ponts se sont effondrés à cause des pluies diluviennes. Le MINTP a mobilisé 10,6 milliards FCFA pour reconstruire 123 ponts, soit 1 380 mètres linéaires. En 2025, 74 autres ouvrages ont été inventoriés, portant à 197 le nombre d’ouvrages pris en charge sur 461 recensés.

Les travaux de réhabilitation de la route Babadjou–Bamenda connaissent des avancées considérables malgré les contraintes liées aux perturbations sociales et aux difficultés d’approvisionnement en intrants.

Le tronçon Babadjou–Matazem (17 km) est désormais achevé, tandis que la section École des Champions–Amour Mezam Junction (5,5 km) affiche un taux d’exécution de 54 %, pour une moyenne globale de 81,6 %. Réalisés par l’entreprise BUNS Sarl, sous le contrôle de Studi International, ces travaux sont financés par un prêt de la Banque mondiale et le Budget d’investissement public du MINTP pour un coût de plus de 26,4 milliards de FCFA TTC, avec un achèvement prévu d’ici décembre 2025.

Chiffres clés des projets en cours

En 2025, 141 projets routiers sont en cours, couvrant :

  • 7 599,3 km de routes
  • 4 247,73 ml d’ouvrages d’art

Répartition :

  • 1 749,43 km en cours de bitumage
  • 1 327,59 km en réhabilitation
  • 4 522,28 km en entretien
  • 3 527,73 ml d’ouvrages en construction
  • 720 ml en réhabilitation

Par région :

  • Centre : 24 projets, 227 km en construction, 374 km en réhabilitation
  • Adamaoua : 16 projets, 2 061 km en entretien
  • Extrême-Nord : 20 projets, 474 km en réhabilitation
  • Littoral : 18 projets, 309 km en réhabilitation
  • Sud : 25 projets, 233 km en construction

En ce qui concerne les routes non bitumées, un programme pilote de 2 000 km de routes en terre est en cours, avec recours au LHR, un ciment local stabilisant. Avec pour objectif d’améliorer la durabilité et la traficabilité en saison pluvieuse.

Liant Hydraulique Routier( LHR) en premier plan, exposé par le MINTP à l’occasion du SAGO( Salon de l’Action Gouvernementale ) 2025.

Entre 2020 et 2024 :

  • 141,467 milliards FCFA alloués aux 360 communes
  • 18,325 milliards FCFA aux Conseils régionaux pour 2 744 km de routes

Les ressources restent insuffisantes

La Loi N° 2022/007 sur la protection du patrimoine routier et le Décret 2025/293 réorganisant le Fonds Routier de deuxième génération , visent une meilleure allocation budgétaire. Le MINTP a élaboré une stratégie d’adaptation incluant : des matériaux résistants aux intempéries, le redimensionnement des ouvrages d’assainissement et le relèvement des chaussées.

En dépit de tout, le gouvernement du Cameroun poursuit des projets transfrontaliers :

Ponts stratégiques : Sanaga (Nachtigal), Bongor (Tchad), Cross River (Nigéria), Mayo Limani (Extrême-Nord)

Yaoundé–Enugu (Nigéria) via Bamenda–Mamfé–Ekok

Yaoundé–Brazzaville (Congo) via Sangmelima–Mintom–Ouesso

La dégradation des routes au Cameroun est le résultat d’un enchevêtrement de facteurs techniques, climatiques et humains, les citoyens tant usagers qu’entrepreneurs du secteur, sont appelés à plus de responsabilités . Le Ministre a enjoint chacun des participants à cette rencontre à être : « des relais sincères de faits qui résultent de cette présentation « .

Ange ATALA