Paiements digitaux : La fintech Wave accélère son expansion africaine avec le recrutement d’un cadre expérimenté au Cameroun

L’ancienne personnalité de MTN Cameroin , Joël Bertrand Awono Ndjodo rejoint la licorne sénégalo-américaine pour orchestrer la conquête du marché camerounais des transactions électroniques.La bataille pour la suprématie dans l’univers des paiements électroniques au Cameroun vient de s’intensifier.

La fintech unicorne Wave a désigné Joël Bertrand Ndjodo, ancien cadre dirigeant du géant des télécommunications MTN, comme directeur national pour le Cameroun, selon des informations obtenues par nos sources.Cette nomination stratégique intervient à un moment charnière pour l’entreprise technologique, qui vient tout juste de recevoir le sésame réglementaire pour pénétrer le lucratif marché camerounais des transactions mobiles. Le 11 juin dernier, Wave a officiellement démarré ses opérations au Cameroun suite à l’approbation de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), obtenue dans le cadre d’un accord de collaboration avec Commercial Bank Cameroon (CBC), un profil taillé pour la bataille concurrentielle.

Âgé de 49 printemps, Joël Bertrand Awono Ndjodo apporte à Wave un bagage professionnel particulièrement fourni. Fort de 26 années d’expérience dans la gestion d’entreprises tant sur le plan national qu’international, ce diplômé en sciences politiques de l’Université lilloise (Lille II) et détenteur d’un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées en gestion d’entreprise, a évolué dans des secteurs diversifiés incluant les télécommunications, l’industrie pétrolière, l’agroalimentaire et le conseil stratégique.Sa trajectoire récente l’a mené chez Amarante Consulting, prestigieux cabinet de Dubai, où il occupait le poste de Senior Associate. Dans cette fonction, il a piloté de nombreuses missions stratégiques à travers l’Afrique francophone, se spécialisant dans les domaines du mobile money, de l’inclusion financière et de la transformation numérique – des compétences parfaitement alignées avec les ambitions de Wave.

Un secteur en pleine effervescence

L’arrivée de Wave sur le territoire camerounais coïncide avec une période d’expansion remarquable du secteur des paiements mobiles dans le pays. Les statistiques révèlent une croissance spectaculaire : entre 2019 et 2023, les volumes de transactions via mobile money ont enregistré une progression phénoménale de 162%, témoignant de l’appétit croissant des consommateurs pour ces solutions innovantes.Cette dynamique place le marché camerounais comme un terrain particulièrement attractif, mais également hautement disputé.

Les géants MTN et Orange y règnent actuellement en maîtres, ayant établi leurs positions dominantes à travers leurs plateformes respectives MTN Mobile Money et Orange Money.Des limitations initiales mais des ambitions claires.Pour l’heure, l’offre Wave au Cameroun demeure circonscrite à un ensemble de services fondamentaux : dépôts, retraits, virements et règlement de factures. Cette approche prudente contraste avec le portefeuille plus étoffé proposé par la fintech dans ses autres marchés d’implantation en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali, en Gambie et en Sierra Leone.L’autorisation délivrée par la COBAC via la décision D-2025/122, paraphée par Yvon Sana Bangui, président de la Commission bancaire, ouvre néanmoins la voie à un déploiement progressif plus ambitieux, en conformité avec la réglementation de la zone CEMAC.

Le défi de l’adaptation régionale

Le nouveau responsable pays héritera d’une mission complexe : transplanter avec succès le modèle économique qui a fait les beaux jours de Wave en Afrique occidentale vers un environnement réglementaire et commercial sensiblement différent. La zone CEMAC impose ses propres contraintes et spécificités, nécessitant une stratégie sur mesure.Après évaluation de la conformité de l’infrastructure technique du service envisagé, et suite à l’avis technique favorable de la BEAC daté du 3 mars 2025, la solution Wave a été jugée conforme aux standards CEMAC en matière d’interopérabilité et d’interconnexion des systèmes de paiement.

Joël Ndjodo devra capitaliser sur cette validation technique pour développer la notoriété de la « vague bleue » dans un écosystème où les positions semblent verrouillées. Son expertise du marché local et sa connaissance approfondie des dynamiques concurrentielles, acquise notamment lors de son passage chez MTN, constitueront des atouts précieux dans cette entreprise.L’enjeu dépasse la simple conquête de parts de marché : il s’agit pour Wave de démontrer sa capacité à s’adapter aux spécificités de chaque territoire et à poursuivre son expansion continentale dans un contexte réglementaire plus stricte que celui de ses marchés historiques.

Iric DACHI