Traité mondial sur le plastique : les négociations INC-5.2 au bord de l’impasse

Les négociations sur le traité mondial contre la pollution plastique traversent une crise majeure à Genève, où 184 pays tentent depuis une semaine de finaliser un accord historique. Avec seulement deux jours avant l’échéance fixée au 14 août, les discussions INC-5.2 (Comité intergouvernemental de négociation, session 5.2) révèlent des divisions profondes qui menacent l’aboutissement de trois années de pourparlers

L’Afrique prise entre ambitions environnementales et réalités économiques

Le document de travail contient près de 1 500 crochets marquant les désaccords – cinq fois plus qu’après la précédente session ratée de Busan en décembre 2024. « Avec encore quatre jours, nous avons plus de crochets dans le texte que de plastique dans la mer », a déclaré la Commissaire européenne à l’environnement Jessika Roswall.

L’article 6, qui traite des limites de production plastique, reste entièrement entre crochets, sans aucun accord sur son contenu. Un groupe de pays « aux vues similaires », mené par l’Arabie saoudite, la Russie, la Malaisie et l’Iran, souhaite supprimer complètement cet article. Ces nations, rejointes par les États-Unis sous l’administration Trump, privilégient une approche axée sur la gestion des déchets plutôt que sur la limitation de la production.

Face à eux, plus de 100 pays, incluant l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et 39 petits États insulaires, plaident pour des limites de production juridiquement contraignantes. Cette coalition comprend également de nombreux pays africains et latino-américains.

L’Afrique : entre vulnérabilité et opportunités économiques

La position africaine sur le traité reflète la complexité des enjeux continentaux. D’un côté, l’Afrique subit de plein fouet la pollution plastique, avec des infrastructures de gestion des déchets souvent insuffisantes. Le continent reçoit également une part importante des déchets plastiques exportés par les pays développés.

Plusieurs pays africains font partie de la coalition des « hautes ambitions » qui soutiennent des mesures contraignantes de réduction de la production. Cependant, certaines nations du continent, comme le Maroc, se rangent du côté du groupe « aux vues similaires », privilégiant une approche axée sur la gestion des déchets.

Cette division s’explique par les réalités économiques contrastées du continent. Alors que certains pays africains voient dans l’industrie pétrochimique naissante une opportunité de développement économique, d’autres, notamment les petits États insulaires africains, subissent directement les effets de la pollution plastique sur leurs écosystèmes marins et leurs économies touristiques.

Un autre point de friction majeure concerne l’article 3, qui établit les liens entre les produits chimiques du plastique et les risques sanitaires. Soutenu par plus de 80 pays, dont de nombreux États africains particulièrement exposés aux impacts sanitaires, cet article reste largement entre crochets.

Plus de 16 000 produits chimiques sont utilisés dans les plastiques, dont 4 200 considérés comme « hautement dangereux » pour la santé humaine. Le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rappelé cette semaine que « beaucoup de ces substances sont des perturbateurs endocriniens causant déséquilibres hormonaux, troubles reproductifs, maladies rénales et cancers ».

Vers un vote ou un nouvel échec ?

Le système de consensus requis pour l’adoption du traité permet aux pays peu ambitieux de bloquer les progrès, générant une frustration croissante. L’Éthiopie a dénoncé l’utilisation du consensus pour « prendre en otage tout le processus ».

Si les négociations échouent une nouvelle fois, les nations ambitieuses pourraient explorer des alternatives, comme la création d’un cadre juridique en dehors du processus onusien. Cette option inquiète particulièrement les pays en développement, dont beaucoup d’États africains, qui risqueraient d’être exclus des mécanismes de financement et de transfert technologique.

L’arrivée des délégations ministérielles mardi pourrait débloquer la situation, mais avec des positions si éloignées, l’optimisme reste mesuré. L’enjeu dépasse le cadre environnemental : il s’agit de définir un modèle de développement compatible avec la protection de la planète, un défi particulièrement crucial pour l’Afrique, continent le plus vulnérable aux changements environnementaux.

Blondel Silenou