Question pour le lecteur de suivre le fil conducteur du raisonnement, il est important de rappeler une équation macroéconomique fondamentale dès l’entame : Production (Y) = Consommation (C) + Epargne (S). Cette formule met en lumière le rôle central de la production comme source de richesse et de renouvellement. L’Épargne (S) est, par définition, la partie du revenu (égal à la Production) qui n’est pas consommée (S = Y – C). Par conséquent, la condition d’équilibre macroéconomique stipule que l’Épargne doit être égale à l’Investissement (S = I).
Chose faite, l’idée est de faire le lien entre les villes mortes et cette formule. En effet, les villes mortes stipulent l’arrêt total ou quasi-total de l’activité économique dû à la fermeture des commerces comme mode de contestation. Seulement, qui dit arrêt de l’activité économique, dit arrêt de la production. Par conséquent, les villes mortes mettent donc en évidence une situation où il y a arrêt de la production, mais par contre la consommation, elle, ne s’arrête pas . Dès lors, que se passe-t-il lorsqu’il y a consommation sans production ?
L’Investissement et/ou l’épargne deviennent négatifs
L’investissement négatif signifie une désépargne massive, une réduction du capital existant ou, plus directement, un endettement. Un Investissement négatif signifie un désinvestissement ou, plus généralement, un endettement pour maintenir le niveau de consommation. Autrement dit c’est l’épargne qui sous-tend l’investissement, et je ne le dirais jamais assez : « l’investissement et l’endettement se partagent la même frontière ».
En effet, pour maintenir un niveau de consommation supérieur à la production, la société (ménages et entreprises) doit puiser dans ses réserves (Épargne) ou, si celles-ci sont insuffisantes, s’endetter pour couvrir leurs charges fixes et variables incompressibles (loyers, remboursements de prêts, alimentation, etc.) sans revenu correspondant. Le patrimoine net diminue. En gros, ce n’est pas parce qu’il y a « villes mortes » que le bailleur ne va pas demander son argent du loyer, que le corps ne va pas vouloir s’alimenter ou que la maladie ne va pas réclamer les médicaments, que la consommation va cesser ! Et consommer sans produire, c’est inconsciemment s’endetter.
De plus, au niveau national, le Produit Intérieur Brut (PIB) chute drastiquement, et l’économie consomme plus qu’elle ne crée de richesse, entraînant une diminution de la richesse nationale et un accroissement du déficit. Et qui dit déficit, dit soit produire de la richesse un peu que d’habitude pour combler le gap, soit s’endetter pour pouvoir assumer le volume croissant de la consommation globale.
Un impact économique relatif en fonction de la classe sociale de chaque individu
A titre de rappel supplémentaire, selon les données de la banque mondiale, la répartition en pourcentage de la richesse et de la pauvreté se fait comme suit : Pauvreté, environ 40% de la population ; Pauvreté extrême, environ 23% de la population ; Richesse, seulement 18% ; Milieu ou intermédiaire, environ 21%.
Pour signifier que les conséquences observées liées aux villes mortes, n’affectent pas les riches de la même façon que les pauvres. Les villes mortes sont un luxe que le Cameroun, majoritairement pauvre (Pauvreté + Pauvreté extrême), ne peut se permettre.
En d’autres termes, l’opération « les villes mortes » est un caprice de bourgeois que le Cameroun ne peut pas se permettre.
La population camerounaise pour ainsi dire ne peut pas se permettre le luxe de ne pas travailler. La seule vraie valeur ajoutée du pauvre, c’est le travail. D’ailleurs, c’est l’une des raisons principales pour lesquelles des marches initialement pacifiques et vertueuses peuvent dégénérer en délits (Vols de besoins de subsistance, notamment le gaz, la nourriture, la boisson, etc.), car marcher (gaspiller de l’énergie) sans garantir sa consommation journalière est vide de sens !
L’impact économique d’une ville morte (arrêt total ou quasi-total des activités économiques) est effectivement relatif à la classe sociale. De manière plus détaillée :
L’Impact sur la Population Pauvre
- Dépendance au revenu journalier : La majorité des pauvres dépendent de la vente ou du travail quotidien (secteur informel, petits métiers). L’absence de travail signifie l’absence de revenu immédiat. L’arrêt des activités signifie une perte immédiate et totale de revenus, car l’individu dépend souvent du commerce ou du travail journalier pour sa survie.
– Faible/Pas d’épargne : Leur capacité d’épargne est minimale ou inexistante. Ils n’ont pas de coussin financier (filet de sécurité financière) pour absorber les jours d’inactivité. La capacité de désépargne ou d’endettement est quasi nulle. L’interruption de quelques jours peut entraîner une incapacité à payer les charges fixes (loyer, nourriture), menant à la précarité accrue, la faim et l’expulsion. L’impact est un danger immédiat pour la survie. - Endettement forcé : La persistance des charges (loyer, nourriture) ou la consommation continue, les force à s’endetter rapidement, souvent auprès d’usuriers ou en vendant des actifs, ce qui aggrave leur précarité et les enfonce davantage sous le seuil de pauvreté. Pour le pauvre , la seule vraie valeur ajoutée est le travail. Pour le pauvre, le travail est l’unique source de subsistance et de création de valeur. L’arrêt du travail est un arrêt de la vie. L’Impact sur la Classe Aisée/Riche (Bourgeois)
- Revenus et patrimoine : Les riches ont des revenus passifs (loyers, intérêts, dividendes) et un patrimoine important (épargne, actifs financiers).
- Capacité d’absorption : Ils peuvent absorber plusieurs jours, voire semaines, sans revenu d’activité sans que leur subsistance ne soit menacée. Leur capacité d’endettement est également élevée.
- Les charges fixes sont couvertes : Leurs dépenses courantes et charges fixes sont maintenues, mais ne représentent qu’une fraction de leur patrimoine ou de leurs revenus différés. Pour le riche , Il peut faire face aux charges fixes en puisant dans son Épargne ou en acceptant un niveau d’Endettement qui reste soutenable. Le manque à gagner est gérable grâce à des réserves (Épargne) ou à la possibilité de contracter un prêt. L’impact se traduit par une perte de croissance ou de profit, mais pas par une menace existentielle immédiate.
Il était question d’analyser L’impact économique des « Villes Mortes » au Cameroun dans une approche macroéconomique au travers de l’équation « Production (Y) = Consommation (C) + Epargne (S) ». Cette équation a rapidement mis en exergue la situation selon laquelle « les villes mortes » impliquent de consommer sans pour autant produire, ce qui a pour effet d’augmenter le volume des endettements et de diminuer la richesse globale du pays au travers la diminution de son Produit intérieur Brut (PIB). Par ailleurs, un écart d’impact s’est observé également selon le facteur « classe sociale ». L’impact ne sera pas le même selon que le ménage soit riche ou pauvre. En somme, les villes mortes constituent un frein économique sévère, car elles transforment l’équation Production – Consommation en un solde négatif (endettement/désinvestissement). Cet impact inégal frappe de plein fouet les couches les plus vulnérables (majoritaires au Cameroun), pour qui l’arrêt d’activité est un péril immédiat, tandis que les classes aisées peuvent le supporter plus facilement. Il en résulte un approfondissement des inégalités et un danger d’appauvrissement accrue pour la majorité de la population. Il revient donc au gouvernement de penser et établir des plans d’atténuation d’impact liés aux villes mortes.
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Yves Alain SECKE
Consultant Formateur
Expert en Management Financier
Expert GYB PNUD
