Cameroun : lancement du projet de révision du PNACC, entre ambition climatique et mécanismes de financements durables

Le Cameroun a officiellement lancé ce jeudi 4 décembre 2025 à Yaoundé, son projet de révision du Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC), financé à hauteur de 2,8 millions de dollars par le Fonds Vert pour le Climat, avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) comme partenaire d’exécution et la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) comme entité nationale de mise en œuvre.

Etalé sur une durée de 36 mois, ce projet a été lancé dans la salle de conférences de la CAA, en la présence de son Directeur Générale, M. Noah Ndongo Adolphe. A l’occasion de cet atelier de 2 jours, des discussions seront menées sous le regard de David Meissner, membre de la Commission Climat Afrique (CCA) de l’UNEP, la présence significative du Secrétaire Général du MINEPDED, Pr. Tchawa, ainsi que du DG de l’ONACC, Pr. Amougou, sous la coordination générale de Pr. Christophe Bring, Directeur de la Conservation et de la Gestion des Ressources Naturelles au MINEPDED (Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable).

Sont également conviés à la table des discussions, des figures emblématiques de la société civile telles que Cécile Ndjebet, l’Ingénieure agronome est reconnue internationalement pour son engagement en faveur des droits des femmes et d’une gouvernance forestière plus équitable. L’autre fait marquant de cette rencontre est la désignation du coordonnateur national du projet, en la personne de M.Wagnoun Tchonkap Valentin, expert en écodéveloppement.

Revenant sur les écueils de la première version du PNACC sorti en juin 2015, M. Timothé Kagonbe, point focal Changements Climatiques au MINEPDED, a démontré que le 1ier PNACC (2015) du Cameroun n’a pas atteint ses objectifs principalement à cause de faiblesses institutionnelles, d’un manque de financement, d’une gouvernance peu inclusive et de l’absence d’outils de suivi-évaluation. Ces limites ont empêché la mise en œuvre effective des mesures d’adaptations aux changements climatiques énoncées.

Le Cameroun est riche de 5 grandes aires agroécologiques qui font face aux désagréments liés au dérèglement climatique ainsi qu’il suit :

  • Zone soudano-sahélienne : déjà frappée par la désertification, avec une perte de 30 % des pâturages en 20 ans.
  • Zone de savane guinéenne : recul des forêts galeries, disparition d’espèces locales comme le pangolin.
  • Zone forestière humide : exploitation illégale et fragmentation des habitats menacent les grands singes.
  • Zone de montagne (Adamaoua, Nord-Ouest) : érosion des sols, baisse de la fertilité agricole.
  • Zone côtière : biodiversité marine en danger (tortues, dauphins, lamantins).

Selon les relevés de l’ONACC ( Observatoire Nationale sur les Changements Climatiques) , certaines zones du littoral camerounais perdent jusqu’à 5 mètres de côte par an. A Kribi ou à Campo, il devient banale d’observer que l’érosion côtière grignote chaque année plusieurs mètres de littoral. Les villages de pêcheurs voient leurs habitations menacées, les plages disparaissent, et les infrastructures installées sur le domaine portuaire sont exposées.

Ceci a pour conséquence directe la perte de terres agricoles, le recul des mangroves, l’élévation du niveau de la Mer, l’augmentation du degré de la salinité, tout ce qui concourt à la menace sur le tourisme balnéaire. Le PNACC prévoit des mesures d’adaptation comme la restauration des mangroves, la construction de digues naturelles et l’appui aux communautés côtières.

Ce PNACC révisé prévoit des protocoles spécifiques pour chaque aire agroécologique, afin de protéger les espèces et restaurer les écosystèmes. Dans son exposé, Pr. Tchawa a souligné la nécessité: « d’aller au-delà d’une simple mise à jour du PNACC. Il s’agit de renforcer la gouvernance de l’adaptation, améliorer la coordination inter institutionnelle, et intégrer les risques climatiques dans les politiques publiques, les budgets et les investissements ».

Le projet est financé à hauteur de 2,8 millions USD par le Fonds Vert pour le Climat (FVC) , avec l’accompagnement du PNUE ( Programme des Nations Unies pour l’Environnement), comme partenaire d’exécution et la CAA comme entité nationale de mise en œuvre. L’accréditation de la CAA au FVC est saluée comme un levier stratégique, d’ailleurs 200 mille USD ont déjà été perçus pour les activités liées à son lancement .

Pour M. Ndongo Noah Adolphe:  » Le financement climatique est devenu un levier incontournable pour relever les défis liés à la résilience et à la transition vers l’économie durable. De plus, les estimations pour la mise en œuvre effective de la SND30 révèlent un besoin évalué à hauteur de 44 000 milliards de FCA ( environ 71,5 milliards de dollars américains (USD), en prenant un taux de change moyen de 1 USD ≈ 615 FCFA). Sur les marchés financiers internationaux, il est observé un renchérissement des coûts, dans ce contexte, le financement du PNACC ne saurait être perçu comme un simple appui technique. Il constitue également un signal fort de l’intégration du Cameroun dans les mécanismes mondiaux de la finance climatique. »

Face aux pertes estimées à plus de 100 millions USD par an dues aux inondations et à l’érosion côtière, le financement actuel apparaît comme un signal politique, mais insuffisant sans l’appui massif du secteur privé. Le PNACC révisé est une feuille de route ambitieuse pour renforcer la résilience du Cameroun. Mais son succès dépendra de la capacité des acteurs désignés à transformer les financements en actions visibles : digues naturelles sur les côtes, restauration des mangroves, protection des espèces menacées dans chaque aire agroécologique. Le défi est clair : faire de la promesse verte une réalité, en mobilisant non seulement l’État et les bailleurs, mais aussi le secteur privé, dont l’engagement sera décisif pour combler le déficit de financement.

Ange ATALA