En cette veille du lancement officiel de la COP31, les pays du G77+ la Chine se réunissent ce samedi 7 novembre pour une journée décisive de concertation politique et technique. Réunissant plus de 130 pays en développement, le groupe entend harmoniser ses positions sur les principales questions climatiques afin de peser davantage dans les négociations qui s’ouvriront dans les prochains jours.
Cette réunion préparatoire intervient dans un contexte de pression croissante sur les pays du Sud, confrontés à des impacts climatiques toujours plus sévères alors même qu’ils demeurent parmi les plus faibles contributeurs aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Le G77+la Chine à la recherche d’une position commune
La journée débute par une session plénière consacrée aux priorités politiques du groupe et à la coordination de sa stratégie pour la COP31. Les délégations examineront les principaux enjeux inscrits à l’agenda de la conférence ainsi que les questions procédurales susceptibles d’influencer le déroulement des négociations.
Pour le G77+la Chine, l’enjeu est de préserver une voix commune sur des dossiers sensibles comme le financement climatique, l’adaptation, les pertes et préjudices ou encore la mise en œuvre de l’Accord de Paris.
Cette cohésion est jugée essentielle pour les pays en développement, qui cherchent à faire avancer leurs revendications dans un contexte marqué par des besoins croissants de financement et des impacts climatiques de plus en plus coûteux.
Financement climatique, adaptation et pertes et préjudices au cœur des discussions
D’après le programme, tout au long de la journée, plusieurs groupes de travail examineront les principaux chapitres des négociations climatiques :
- financement climatique ;
- adaptation ;
- pertes et préjudices ;
- transition juste ;
- agriculture ;
- technologies ;
- transparence ;
- renforcement des capacités ;
- Action pour l’autonomisation climatique (ACE) ;
- mesures de riposte ;
- marchés carbone relevant de l’Article 6 de l’Accord de Paris ;
- bilan mondial de l’action climatique.
Ces réunions permettront d’identifier les convergences entre les pays membres et de définir les lignes rouges qui seront défendues au cours des deux semaines de négociations.
Pourquoi l’Afrique suit ces discussions avec attention
Pour les pays africains, les enjeux débattus par le G77+la Chine sont particulièrement stratégiques.
Selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), l’Afrique ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais figure parmi les régions les plus vulnérables aux effets du changement climatique. [uneca.org], [archive.uneca.org]
Sécheresses prolongées, inondations, vagues de chaleur, érosion côtière et perturbations agricoles continuent d’affecter l’ensemble du continent. Les conséquences économiques sont importantes : certaines estimations citées par la CEA indiquent que les impacts climatiques pourraient coûter jusqu’à 5 % du PIB par an à plusieurs économies africaines. [uneca.org], [archive.uneca.org], [jprsi.go.jp]
Malgré cette vulnérabilité, les financements destinés à l’adaptation restent largement insuffisants. La Banque africaine de développement estime que l’Afrique a besoin d’environ 33 milliards de dollars par an pour financer son adaptation climatique, alors que les flux disponibles demeurent très inférieurs à ce niveau. [afdb.org]
Plus largement, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estime que les besoins d’adaptation des pays en développement atteignent aujourd’hui plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Son rapport sur l’écart d’adaptation souligne que les financements internationaux restent très en deçà des besoins identifiés. [unep.org], [wedocs.unep.org]
Le Cameroun concerné au premier plan
Pour le Cameroun, les dossiers examinés aujourd’hui au sein du G77 ne relèvent pas uniquement de la diplomatie internationale.
Ces dernières années, le pays a été confronté à des épisodes récurrents d’inondations dans l’Extrême-Nord, à l’irrégularité croissante des saisons agricoles, à la dégradation des terres dans les zones sahéliennes et à des pressions accrues sur les ressources naturelles.
Le Cameroun occupe également une place stratégique dans le bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier tropical au monde après l’Amazonie. Ces forêts jouent un rôle majeur dans le stockage du carbone et dans la régulation du climat mondial, faisant du pays un acteur important des discussions sur les mécanismes de financement liés aux forêts, à la biodiversité et aux services écosystémiques.
Pour Yaoundé, comme pour de nombreux pays africains, les négociations de la COP31 seront l’occasion de défendre un accès plus direct aux financements climatiques, un soutien accru à l’adaptation des populations vulnérables et une meilleure reconnaissance de la contribution des forêts africaines à la lutte contre le changement climatique.
Des consultations de haut niveau avant l’ouverture officielle de la COP31
La journée s’achèvera par plusieurs réunions politiques avec les responsables du processus climatique des Nations unies. Les représentants du G77+la Chine rencontreront notamment les présidents des organes subsidiaires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la présidence de la COP31 ainsi que le Secrétaire exécutif de la Convention.
Ces échanges devraient permettre au groupe de présenter ses attentes concernant l’organisation des travaux et les résultats attendus de la conférence.
À l’heure où les impacts climatiques s’intensifient et où les besoins de financement continuent de croître, cette journée préparatoire constitue un moment clé pour les pays en développement. Pour le G77+la Chine, l’objectif est clair : arriver à la COP31 avec une position coordonnée, capable de renforcer le poids politique du Sud dans les négociations climatiques internationales.
Ange Atala
