- À quelques jours de l’ouverture de la 31e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya en Turquie, le Cameroun a réaffirmé ses priorités de négociation lors d’une rencontre de haut niveau organisée le 2 novembre à Yaoundé par Son Excellence Matt Woods, Haut-Commissaire britannique, et Son Excellence Volkan Öskiper , Ambassadeur de Türkiye au Cameroun.
- L’événement sous l’encadrement étatique de Son Excellence Hele Pierre, Ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), a connu la participation des représentants gouvernementaux, diplomates, organisations internationales, société civile, secteur privé et médias autour d’un objectif commun : préparer une participation camerounaise plus stratégique et plus influente à ce rendez-vous des négociations climatiques mondiales. Au cœur des échanges, un mot d’ordre s’est imposé : l’heure n’est plus aux promesses, mais à l’implémentation.
La Turquie veut faire de la COP31, la COP de la mise en œuvre
Ouvrant les discussions, l’ambassadeur turc a adopté un ton d’humilité rarement entendu dans les enceintes diplomatiques internationales. Reconnaissant que la Turquie n’est pas « le meilleur élève » en matière d’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD), il a néanmoins insisté sur les progrès accomplis et sur la nécessité d’adopter une approche réaliste des engagements climatiques.
« Aucun pays ne devrait être considéré comme meilleur qu’un autre », a-t-il souligné en substance, plaidant pour un dialogue franc entre les parties afin d’atteindre des objectifs réalisables et surtout applicables.

Son Excellence Volkan Öskiper
Cette philosophie guide les dix priorités de la présidence turque de la COP31 : transition énergétique et électrification, réduction des déchets et du méthane, industrialisation verte, intelligence artificielle au service des technologies propres, villes résilientes, financement de projets climatiques via le mécanisme BRIDGE, éducation climatique, sécurité alimentaire, protection des océans, synergies entre les conventions de Rio et systèmes de santé résilients.
À travers ces priorités, Ankara entend favoriser le partage de bonnes pratiques et l’apprentissage mutuel entre les États, une démarche saluée par plusieurs participants comme un signal positif dans un contexte où les pays du Nord comme ceux du Sud cherchent de nouvelles formes de coopération climatique.
Le Bassin du Congo veut peser davantage dans les négociations
Prenant la parole au nom du Haut-Commissariat britannique, SE. Matt Woods, a rappelé que les forêts du Bassin du Congo ont parfois été reléguées au second plan lors des précédentes conférences climatiques. Selon lui, cette faible prise en compte a souvent limité la portée et l’impact des négociations sur le terrain.
Pour éviter que ce scénario ne se reproduise à Antalya, le Royaume-Uni soutient désormais une stratégie de plaidoyer en amont des négociations afin d’anticiper les points de blocage et de renforcer la voix des pays forestiers africains. Le diplomate britannique a également évoqué son récent séjour dans l’Extrême-Nord du Cameroun, où il a pu observer directement les effets du changement climatique sur les populations et les écosystèmes. Une réalité qui, selon lui, rappelle l’urgence de transformer les engagements internationaux en actions concrètes.

Son Excellence Matt Woods
Il a par ailleurs insisté sur le rôle fondamental de la presse dans le suivi et l’évaluation des engagements climatiques, notamment en matière de financement. Pour lui, les médias constituent un maillon essentiel de la redevabilité climatique.
Le Cameroun avance avec une note de positionnement claire
Présentant la position nationale, M. Timothé Kagonbe, point focal changements climatiques au MINEPDED, a rappelé que le Cameroun s’inscrit pleinement dans les orientations du Groupe Afrique ainsi que du G77 + Chine. Sous sa supervision, la préparation de la délégation camerounaise à la COP31 s’est appuyée sur plusieurs ateliers de renforcement des capacités des membres de cette délégation en vue de la participation aux négociations. Mais également la tenue d’un dialogue multi-acteurs ayant permis d’établir un état des lieux national et de définir une feuille de route pour les prochains mois.
L’une des ambitions majeures du pays est la mise en place d’un cadre réglementaire robuste pour accéder au marché carbone international. Les autorités souhaitent éviter les erreurs du passé ( il a rappelé l’expérience vécue par AES-SONEL, actuel SOCADEL, dans le cadre du mécanisme de développement propre) et tirer les leçons d’évènements antérieurs jugés peu concluants. Dans cette perspective, l’article 6 de l’Accord de Paris apparaît comme un enjeu central pour le Cameroun, en matière de finance climat.
Financement, adaptation et carbone : les priorités de Yaoundé
Au cours de la session technique, plusieurs défis prioritaires ont été mis en avant.:
- Le premier concerne l’accès aux financements climatiques. Le Cameroun et les pays africains plaident pour davantage de flexibilité dans les mécanismes d’accréditation permettant aux entités nationales de mobiliser directement les ressources internationales.
- Deuxième enjeu : le triplement des financements consacrés à l’adaptation. Pour les négociateurs africains, les montants actuellement envisagés restent insuffisants au regard des besoins du continent.
- Troisième priorité : la valorisation du carbone forestier. Le Cameroun estime que ses efforts historiques de conservation, notamment dans le cadre du mécanisme REDD+, doivent être mieux reconnus et rémunérés.
Enfin, les participants ont insisté sur le caractère stratégique de l’adaptation, qui ne reçoit qu’une faible part des financements climatiques mondiaux alors qu’elle constitue une nécessité socio-économique pour des millions de personnes. L’objectif affiché est clair : transformer les contraintes climatiques en opportunités de développement durable et de réduction de la pauvreté.
SE. Pierre Hélé : « Toutes les zones agroécologiques sont touchées »
Intervenant comme chef de la délégation camerounaise à la COP31, le Ministre Pierre Hélé a dressé un tableau préoccupant de la vulnérabilité climatique du pays. Dans son propos, il ressort que toutes les zones agroécologiques du Cameroun sont désormais affectées par les changements climatiques, avec des conséquences visibles sur les infrastructures, les activités économiques et la santé des populations.
Le Ministre a particulièrement attiré l’attention sur l’épisode El Niño annoncé entre septembre 2026 et avril 2027, présenté comme l’un des plus intenses observés depuis les années 1950. Face à ces menaces, il a rappelé les progrès du Cameroun en matière d’ambition climatique. La Contribution Déterminée au niveau National (CDN) 3.0 porte désormais l’objectif national de réduction des émissions de 30 % à 48 %, conformément aux dispositions de l’article 4 de l’Accord de Paris.
Il a également mis en avant les efforts engagés pour renforcer la gouvernance climatique nationale à travers l’élaboration de documents stratégiques et de mécanismes de coordination. « Le Cameroun est un puits de carbone », a-t-il rappelé, tout en reconnaissant l’augmentation des émissions dans certains secteurs de l’économie.
Pour atteindre ses objectifs, le pays entend s’appuyer sur la science, notamment les recommandations du GIEC, relatives à la limitation du réchauffement à 1,5°C, ainsi que sur une coopération renforcée avec ses partenaires internationaux.
De la diplomatie climatique aux solutions concrètes
Le Secrétaire Général du MINEPDED, Pr Tchawa, a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d’intention. « Quand on parle de coopération climatique, ce ne sont pas les discours qui comptent, mais les actions concrètes », a-t-il souligné.
Pour lui, la diplomatie climatique doit permettre aux pays de traduire les engagements internationaux en mécanismes opérationnels, notamment à travers l’article 6 de l’Accord de Paris et le développement d’un marché carbone crédible au Cameroun.
La question est d’autant plus urgente que plusieurs outils nationaux, dont la CDN 3.0 et la version en cours de révision du Plan national d’adaptation aux changements climatiques (PNACC), n’avaient pas anticipé l’intensité de l’épisode El Niño actuellement annoncé.
WWF et OSC plaident pour un suivi post-COP31
Les partenaires techniques ont également apporté leur contribution aux discussions. Le directeur pays du WWF, M. Alain Bernard Ononino, a indiqué que son organisation avait mis sur pied une étude des prévisions et un plan de réponse face aux risques liés à El Niño. Il s’est dit prêt à mettre ces acquis à la disposition du MINEPDED afin de renforcer la préparation nationale.

Représentants gouvernementaux, diplomates, organisations internationales, société civile, secteur privé et médias; présents à l’évènement du 2 novembre 2026.
Les échanges ont aussi mis en lumière l’inégale répartition des financements climatiques mondiaux. Alors que d’autres grands bassins forestiers bénéficient de soutiens significatifs, le Bassin du Congo peine encore à capter les ressources à hauteur de sa contribution à la régulation climatique mondiale.
Pour plusieurs intervenants, cette situation s’explique en partie par le fait que de nombreux mécanismes de financement privilégient la restauration des terres dégradées plutôt que la préservation des forêts encore intactes.
De son côté, Harrison Ajebe Nnoko, président exécutif de l’ONG AJESH, a recommandé la mise en place d’un mécanisme de suivi des engagements pris dans le cadre de cette coopération entre le Cameroun, la Turquie et le Royaume-Uni. L’objectif est de pouvoir, lors de la COP32 prévue en Éthiopie, évaluer concrètement les progrès accomplis.
À l’issue des discussions, un consensus s’est dégagé : la COP31 sera avant tout jugée à l’aune de sa capacité à produire des résultats tangibles. Pour le Cameroun, Antalya représente une opportunité de défendre les intérêts des pays forestiers du Bassin du Congo, d’obtenir des avancées sur le financement climatique, de faire reconnaître la valeur de ses services écosystémiques et d’accélérer la mise en œuvre de ses engagements nationaux.
Reste désormais à transformer le dialogue diplomatique engagé à Yaoundé en résultats concrets dans les salles de négociation menées par l’Australie et la Turquie. Pour les participants, la véritable mesure du succès ne se fera pas à la clôture de la COP31, mais dans la capacité des États et de leurs partenaires à traduire ces engagements en actions visibles pour les populations les plus exposées aux effets du changement climatique.
Ange Atala
