Forum des jeunes sur les changements climatiques : le CIDP appel à transformer les ambitions en pouvoir d’influence à la COP31

  • À quelques semaines de la COP31 prévue à Antalya, en Turquie, le Conseil International de Dialogue et de Partenariat (CIDP) et ses partenaires ont réuni ce 13 octobre 2026, à la Fondation Friedrich Ebert Stiftung des jeunes, responsables institutionnels, autorités traditionnelles, partenaires techniques et financiers autour d’une question centrale : comment faire en sorte que les solutions pensées localement influencent les négociations climatiques mondiales ?
  • Au-delà des déclarations d’intention, cette rencontre a mis en lumière une conviction partagée : la transition climatique ne peut plus être un sujet réservé aux experts. Elle doit devenir une responsabilité collective portée par une jeunesse capable de passer du diagnostic à l’action.

Prenant la parole, Sa Majesté Mvondo Bruno, président du Conseil des chefs traditionnels du Cameroun, a inscrit le débat dans une perspective culturelle et spirituelle souvent absente des grandes discussions climatiques.

« Pour agir ici et maintenant, nous attendons de la jeunesse des changements aussi. Nous sommes là pour vous aider dans ce sens. Cela passe par la connaissance des savoirs endogènes. Chaque nature a une vie, il existe des interconnexions entre le règne animal, végétal et minéral. Que ce soit un rat palmiste, un pangolin ou une plante, tous assurent la survie des écosystèmes. »

Son intervention a rappelé que la protection de la biodiversité repose également sur une compréhension fine des équilibres hérités des communautés locales. Une approche qu’il entend porter auprès des chefs d’État ainsi que dans les instances internationales des Nations Unies auxquelles il participe régulièrement.

Saluant la présence du Conseil Economique et Social et son projet consacré à l’agroécologie, il a invité les jeunes à considérer les connaissances traditionnelles comme des outils de gouvernance environnementale à part entière.

Femmes et climat : sortir du récit de la vulnérabilité

La dimension sociale des changements climatiques a été portée par Mme. Marie-Pierre Raky Chaupin, représentante résidente d’ONU Femmes au Cameroun.

« Les femmes sont les plus exposées aux effets des changements climatiques, et pourtant ce sont également elles les principales actrices de la résilience. Leur position n’est pas confinée à la vulnérabilité à laquelle on les associe. »

Son plaidoyer s’appuie sur une réalité documentée à l’échelle internationale. Selon ONU Femmes, les effets du dérèglement climatique aggravent les inégalités existantes et pourraient faire basculer jusqu’à 158 millions de femmes et de filles supplémentaires dans la pauvreté d’ici 2050, soit 16 millions de plus que les hommes et les garçons. Les données indiquent également que 47,8 millions de femmes de plus que les hommes sont déjà confrontées à l’insécurité alimentaire. [unwomen.org]

Pour ONU Femmes, la réponse passe par le renforcement de politiques publiques sensibles au genre, capables de transformer la vulnérabilité en opportunité économique, sociale et environnementale. [unwomen.org], [unwomen.org]

Passer du diagnostic aux solutions

Au nom du Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC), le directeur de la coopération et des statistiques a rappelé la volonté du département ministériel de renforcer son implication dans l’action climatique. Pour lui, l’approche de la COP31 impose de franchir une nouvelle étape :

« Il faut dépasser l’étape du diagnostic et s’orienter vers les solutions existantes. »

Un message en résonance avec l’objectif affiché du forum : faire émerger des propositions concrètes portées par les jeunes eux-mêmes, plutôt que multiplier les constats déjà largement établis.

Le défi de l’appropriation des outils stratégiques nationaux

Cette nécessité d’agir sur la base de connaissances solides a également été défendue par M.Timothé Kagonbe, point focal changements climatiques au Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED). Il a rappelé les principaux documents stratégiques récemment présentés par le Ministre Pierre Hélé : le Plan climat, le Rapport Biennal de Transparence (BTR), la Quatrième Communication Nationale sur les changements climatiques et la CDN 3.0.

Selon lui, ces instruments constituent des outils essentiels d’aide à la décision et doivent être davantage appropriés par la jeunesse afin de renforcer sa participation aux orientations défendues par le Cameroun dans les négociations internationales. Il a également souligné que les jeunes avaient déjà contribué à leur élaboration, invitant le CIDP à rejoindre officiellement les organisations collaborant avec le MINEPDED afin de participer aux futures concertations nationales sur les questions climatiques.

Une Afrique en première ligne, mais sous-financée

L’une des interventions les plus marquantes a porté sur les inégalités structurelles du financement climatique international. Le constat est connu, mais demeure saisissant : alors que l’Afrique représente environ 17 % de la population mondiale, elle ne génère qu’environ 4 % des émissions mondiales de CO₂, tout en étant l’une des régions les plus vulnérables aux impacts du changement climatique. [aljazeera.com], [futures.is…africa.org]

Pourtant, les financements destinés à l’adaptation restent largement insuffisants. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estime que le déficit mondial de financement de l’adaptation oscille entre 187 et 359 milliards de dollars par an, malgré l’augmentation récente des flux financiers internationaux dédiés à cette question. [unep.org], [digitallib…ary.un.org]

Cette faiblesse du financement se traduit également par une représentation limitée des pays africains lors des grandes négociations climatiques internationales. Alors que certaines puissances mobilisent des délégations particulièrement nombreuses lors des COP, de nombreux États africains peinent encore à disposer des ressources humaines et techniques leur permettant de défendre efficacement leurs intérêts. Pour les intervenants, l’enjeu est donc double : accroître l’accès aux financements et former une nouvelle génération de négociateurs, chercheurs et experts climatiques.

Construire l’équipe qui portera les ambitions du Cameroun

Dans cette perspective, plusieurs participants ont insisté sur la nécessité de renforcer les capacités nationales dans des secteurs stratégiques tels que l’agriculture, l’habitat, les transports, les technologies financières ou encore l’aménagement du territoire.

Alors que le Cameroun ambitionne de jouer un rôle accru dans les mécanismes de concertation africains et internationaux, la constitution d’une équipe jeune, compétente et ambitieuse apparaît comme une condition essentielle pour peser davantage dans les futures négociations climatiques.

Entre deux séquences institutionnelles, une prestation de slam a donné une dimension sensible aux échanges. Le message était simple : Nous sommes tous issus d’une même terre. Si nous ne la protégeons pas, elle se meurt.

À travers des images fortes, la slameuse a appelé les jeunes à ne pas attendre demain pour agir, évoquant notamment les gestes quotidiens tels que le recyclage, la réduction des déchets ou la protection des espaces naturels.

Le Conseil Economique et Social souhaite faire entendre toutes les voix du territoire

Le secrétaire du Conseil Economique et Social, Zacharie Ngoumbe, a rappelé que la protection de l’environnement constitue l’un des piliers d’action de l’institution.

Il a exprimé son souhait de voir cette initiative devenir un rendez-vous permanent, capable de porter la voix des jeunes issus de toutes les régions du Cameroun, y compris des localités les plus éloignées comme Fondjomékwet, Ngomedzap, Belabo, Kousseri ou Moloundou.

Pour lui, la participation citoyenne est une condition indispensable à la légitimité des positions qui seront défendues dans les enceintes nationales et internationales.

M. Zacharie Ngoumbe

« Que chacun se sente concerné, car la cause nous est commune. »

Intervenant en ligne lors du panel thématique, Moïse Mbimbe Nlom, chargé des programmes à International Land Coalition-Africa, a attiré l’attention sur les conséquences foncières du changement climatique.

La dégradation des terres, l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière poussent déjà certaines communautés à migrer vers des espaces qu’elles n’occupaient pas auparavant, exacerbant les conflits fonciers et l’insécurité d’accès à la terre.

Face à ces tensions, il a évoqué plusieurs solutions déjà expérimentées dans d’autres contextes africains, parmi lesquelles l’adoption de plans d’affectation des sols permettant d’anticiper les conflits liés à la mobilité climatique.

Une feuille de route pour dépasser le stade des recommandations

En clôture des travaux, la présidente du CIDP, Dr Hemes Nkwa, a précisé la singularité de cette rencontre.

Dr Hemes Nkwa

« Nous proposons une feuille de route qui sera accompagnée d’un cadre de suivi effectif avec une redevabilité. »

Pour elle, l’ambition du forum est de faire émerger des solutions locales capables d’être portées auprès des institutions nationales, des autorités traditionnelles, des organisations de la société civile, mais également des partenaires techniques et financiers. Au-delà de la COP31, l’objectif est d’inscrire durablement les jeunes au centre des processus décisionnels relatifs au climat.

Le principal enseignement de ce forum est peut-être là. Alors que les négociations climatiques internationales peinent souvent à produire des résultats à la hauteur des urgences scientifiques, les jeunes réunis à Yaoundé ont rappelé que l’influence ne se construit pas uniquement dans les salles de conférence des COP.

Elle naît aussi dans les territoires, dans les associations, les collectivités, les établissements scolaires, les initiatives citoyennes et les savoirs hérités des communautés. À l’approche de la COP31, le CIDP et ses partenaires veulent ainsi démontrer qu’une jeunesse organisée, formée et porteuse de solutions peut devenir bien plus qu’un groupe consulté : une véritable force de proposition pour l’avenir climatique du Cameroun et de l’Afrique.

Ange ATALA