À l’occasion de la Journée Internationale de la Biodiversité célébrée le 22 mai 2025 à Yaoundé, le Ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable, Hélé Pierre, a lancé un appel solennel à l’ensemble des parties prenantes pour renforcer la protection du patrimoine naturel exceptionnel du Cameroun, menacé par de multiples pressions anthropiques.
Yaoundé – Le Cameroun abrite une biodiversité exceptionnelle qui place le pays parmi les plus riches d’Afrique en matière de diversité biologique. Selon l’évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques validée en 2022, le territoire camerounais concentre 92 % des types d’écosystèmes présents sur le continent africain. Sa flore compte plus de 9 000 espèces végétales répertoriées, dont plus de 10 % sont endémiques, tandis que sa faune héberge plus de 3 500 espèces animales, dont 271 espèces endémiques. À cela s’ajoutent plus de 1 150 espèces de champignons identifiées, témoignant de la richesse fongique du pays.
Toutefois, ce patrimoine naturel exceptionnel subit des pressions multiples et croissantes qui compromettent sa pérennité. La déforestation, l’exploitation forestière non durable, le braconnage, les feux de brousse, l’expansion agricole et l’urbanisation galopante constituent autant de menaces pesant sur les écosystèmes camerounais et les espèces qu’ils abritent. Face à cette situation préoccupante, le Ministre Hélé Pierre a lancé un appel à la mobilisation générale lors de la célébration de la Journée Internationale de la Biodiversité.
Placée sous le thème « Harmonie avec la Nature et le Développement Durable », cette édition 2025 visait à sensibiliser le grand public sur la valeur intrinsèque de la biodiversité, son importance pour le bien-être humain et son rôle vital dans le maintien de la vie sur Terre. Ce thème interpelle sur la nécessité de repenser les modèles de développement pour intégrer pleinement la conservation de la biodiversité et s’inspirer des équilibres naturels.
Le Ministre Hélé Pierre a adressé son message à l’ensemble des acteurs de la société camerounaise : pouvoirs publics, partenaires internationaux, secteur privé, organisations de la société civile, populations autochtones et communautés rurales. « Pauvre, riche, petit ou grand, nous sommes tous concernés. Il faut vivre en harmonie avec la biodiversité. Cela signifie qu’il faut éviter les pertes, les coupes abusives, les pollutions et les activités qui émettent des gaz à effet de serre. Il faut donc des actions concertées et décisives pour y parvenir. J’espère que le message est passé et que chacun le relayera dans son foyer », a déclaré le membre du gouvernement.
Malgré les menaces pesant sur sa biodiversité, le Cameroun, partie à la Convention sur la Diversité Biologique et à ses protocoles de Cartagena sur les risques biotechnologiques et de Nagoya sur l’accès et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques, a réalisé des progrès notables dans la mise en œuvre de ses engagements internationaux.
Le pays a considérablement étendu son réseau d’aires protégées, établissant deux aires marines protégées et 103 aires protégées terrestres, représentant 22 % de son territoire national. Cette performance dépasse l’objectif international de 17 % fixé par les précédents objectifs d’Aichi pour la biodiversité et positionne favorablement le Cameroun par rapport au nouvel objectif de 30 % inscrit dans le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal adopté en 2022.
Dans le domaine de la restauration des écosystèmes, le Cameroun s’est engagé dans le cadre de l’Initiative AFR100 (African Forest Landscape Restoration Initiative) à restaurer 12 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030. Cette ambition contribue à l’objectif mondial de restaurer 350 millions d’hectares et à l’objectif africain de 100 millions d’hectares. À ce jour, trois millions d’hectares ont été restaurés, soit 25 % de l’objectif national, témoignant de progrès substantiels même si des efforts importants restent à accomplir.
Pour coordonner efficacement la mise en œuvre de sa politique de biodiversité, le Cameroun a institué un Comité National Permanent de la Biodiversité chargé de l’élaboration et du suivi des Stratégies et Plans d’Action Nationaux pour la Biodiversité. Cette instance multisectorielle facilite la coordination entre les différents départements ministériels concernés et assure la cohérence des interventions publiques en matière de conservation.
Le pays a également adopté la stratégie du Data Reporting Tool, plateforme numérique permettant de centraliser les données relatives à la biodiversité et de faciliter le rapportage vers les instances internationales. Cet outil améliore la transparence et la redevabilité dans la mise en œuvre des engagements internationaux du Cameroun.
Ces avancées institutionnelles et réglementaires témoignent de la volonté politique du gouvernement camerounais de faire de la protection de la biodiversité une priorité nationale. Toutefois, comme l’a souligné le Ministre Hélé Pierre, la réussite de cette ambition nécessite l’engagement actif de l’ensemble de la population camerounaise.
Les communautés locales et les peuples autochtones, qui entretiennent une relation millénaire avec les écosystèmes naturels et possèdent des savoirs traditionnels précieux pour la gestion durable des ressources, constituent des acteurs essentiels de la conservation. Leur participation effective aux décisions relatives à la gestion des aires protégées et leur reconnaissance comme partenaires à part entière de la conservation représentent des enjeux majeurs pour les années à venir.
Le secteur privé est également appelé à intégrer la biodiversité dans ses modèles d’affaires, à adopter des pratiques de production durables et à contribuer financièrement aux efforts de conservation, notamment à travers des mécanismes de compensation écologique et de paiement pour services écosystémiques.
Les organisations de la société civile jouent un rôle crucial de sensibilisation, de plaidoyer et de surveillance citoyenne de la mise en œuvre des politiques publiques environnementales. Leur expertise technique et leur ancrage territorial en font des relais indispensables entre les pouvoirs publics et les communautés.
La célébration de la Journée Internationale de la Biodiversité rappelle opportunément que la préservation du patrimoine naturel camerounais constitue un enjeu qui dépasse les frontières nationales. Le Bassin du Congo, dont le Cameroun abrite une partie significative, représente le deuxième massif forestier tropical au monde et joue un rôle crucial dans la régulation climatique planétaire et la préservation de la biodiversité mondiale.
L’appel du Ministre Hélé Pierre à une mobilisation collective pour vivre en harmonie avec la nature résonne donc bien au-delà du Cameroun. Il s’inscrit dans une prise de conscience globale de l’interdépendance entre santé des écosystèmes et bien-être humain, et de l’urgence à inverser la trajectoire d’érosion de la biodiversité avant d’atteindre des points de bascule irréversibles aux conséquences potentiellement catastrophiques pour l’humanité.
DJAMOU ROCELIN HERVE
