- 900 demandes d’attribution de forêts communautaires en attente, à peine 10 % des forêts déjà attribuées réellement actives, un cadre légal vieux de plus d’un demi-siècle : c’est dans ce contexte que le World Resources Institute (WRI) et le Centre de Recherche et d’Action pour le Développement Durable en Afrique centrale (CERAD), avec l’appui de la Jacobs Futura Foundation (JFF), ont réuni le 22 septembre 2026 à Yaoundé les parties prenantes de la foresterie communautaire camerounaise, pour restituer les résultats d’une étude de sept mois sur ce qu’ils appellent la foresterie communautaire « de nouvelle génération ».
- Les forêts communautaires de Medjoh, Assok, Bangou, Bapa, représentées par leurs chefs traditionnels, ont partagé leurs expériences de gestion communautaire, en tenant compte de leurs forêts sacrées. Le rapport produit par le CERAD et le WRI sur les expériences pilotes de foresterie communautaire pose un diagnostic large : gouvernance fragile, insécurité foncière, dépendance excessive au seul bois d’œuvre, coûts de gestion hors de portée des communautés. Ce diagnostic pourrait sembler générique s’il ne trouvait pas, à l’échelle d’un cas précis, une confirmation détaillée.
- Nous avons rencontré un observateur indépendant sur la question, qui nous a fourni des informations complémentaires, sur le cas précis de la forêt communautaire de Medjoh; considérée comme relativement calme, sans conflit ouvert majeur documenté. Des données croisées glanées dans les rapports de la PALLISCO, illustrent chacun des mécanismes que le rapport du CERAD cherche à corriger. C’est cette convergence entre un diagnostic national et une réalité de terrain minutieusement documentée qui donne au rapport du CERAD sa pertinence, et oriente sur le concept de forêt communautaire nouvelle génération.
Un modèle vieux de 50 ans, mais toujours sollicité
Le Cameroun, 2è massif forestier du Bassin du Congo après l’Amazonie, a fait de l’attribution de forêts aux communautés locales et aux peuples autochtones l’une des innovations majeures de sa politique forestière de 1993. Depuis, plus de 430 forêts communautaires ont été officiellement attribuées, pour une superficie totale proche de 1,7 million d’hectares, et le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) délivre chaque année une centaine de Certificats Annuels d’Exploitation. La demande, elle, ne faiblit pas : 900 nouvelles demandes d’attribution sont aujourd’hui en instruction.

Mais le bilan reste contrasté. À peine 10 % des forêts communautaires attribuées seraient effectivement gérées de manière active et généreraient des bénéfices économiques tangibles pour les populations. En cause, selon les diagnostics déjà posés lors d’un premier atelier national tenu à Ebolowa en septembre 2025 : une activité économique concentrée sur le seul bois d’œuvre, un déficit de financement durable, un accompagnement institutionnel insuffisant, des mécanismes de partage des bénéfices mal adaptés aux réalités locales, et surtout la non-reconnaissance de la propriété coutumière des terres sur lesquelles reposent ces forêts. Le dispositif juridique qui encadre l’ensemble, une loi de 1973 assortie de son décret d’application de 1974, n’a, selon plusieurs intervenants, pas suivi l’apparition de problématiques nouvelles : marché du carbone et séquestration forestière, mécanismes d’adaptation au changement climatique, droits humains, inclusion des peuples autochtones, valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL), ou encore pression grandissante de l’expansion urbaine sur les zones rurales forestières.
D’Ebolowa à Yaoundé : une réflexion qui se construit par étapes
C’est précisément pour répondre à ces constats que l’atelier d’Ebolowa avait formulé, en septembre 2025, une série de recommandations : intégrer le pluralisme des modèles de gestion (agroforêts de ménage, systèmes intégrés de gestion communautaire), adopter une approche culturelle et consultative dans l’élaboration des plans simples de gestion, amplifier les bénéfices non monétaires, diversifier les activités au-delà du bois d’œuvre, ou encore reconnaître les droits fonciers coutumiers des communautés locales et des peuples autochtones dans les espaces attribués en forêts communautaires. C’est de cet atelier qu’est né le terme même de foresterie communautaire « de nouvelle génération ».

Participants à l’atelier.
Pour prolonger ce travail, le WRI et le CERAD ont conduit, entre février et septembre 2026, une étude consacrée aux expériences pilotes de gestion forestière traditionnellement assurée par les populations autochtones et les communautés locales : les forêts sacrées. Ces Aires et territoires du Patrimoine Autochtone et Communautaire (APAC), sites sacrés , ont permis de tirer des enseignements applicables au modèle classique de forêt communautaire. L’atelier du 22 septembre 2026 à Yaoundé en constituait la restitution.
Le CERAD, ou 32 ans de recherche appliquée
En ouverture des travaux, le Professeur Bigombe Logo Patrice, directeur du CERAD, a rappelé que le centre travaille sur les questions de foresterie communautaire depuis trente-deux ans, aux côtés de l’État camerounais et de ses partenaires. Sa conviction, exposée d’emblée : la pluridisciplinarité scientifique doit irriguer davantage la décision publique en la matière, ce qui justifie l’accompagnement continu apporté par le CERAD à l’administration forestière. Le coordonnateur national du WRI, Duclaire Mbouna a de son côté resitué le constat camerounais dans une perspective régionale, en indiquant qu’un diagnostic similaire se pose actuellement au Gabon et en RDC.

Pr. Patrice Bigombe Logo/ CERAD
La présentation du rapport d’étude proprement dite, assurée par Willy Djanang, a détaillé la démarche méthodologique retenue : nécessité d’une triangulation des études de cas, identification des forêts communautaires disposant déjà d’un certificat, de celles dont le plan de gestion nécessite un renouvellement, et de celles pouvant être déclarées en échec, en vue d’un diagnostic national élargi. Parmi les constats transversaux mis en avant : une insécurité persistante des droits fonciers, la nécessité d’un modèle de gestion plus inclusif, une contribution réelle mais encore peu structurée des produits forestiers non ligneux à l’économie familiale, un potentiel d’écotourisme sous-exploité, et l’intérêt des services écosystémiques rendus par ces forêts pour réduire la pression sur des ressources comme le bois. L’étude plaide pour la constitution d’une base de données accessible au plus grand nombre, et pour un plaidoyer en faveur du passage à l’échelle de ces modèles.
4 études de cas pour illustrer concrètement les constats
À Medjoh, dans le département du Haut-Nyong (Région de l’Est), la forêt communautaire de 5 000 hectares abrite en son sein la forêt sacrée Edjengui, sur 10 hectares. Espèces végétales endémiques (Moabi, Sapelli, Iroko), fruits de karité, produits forestiers non ligneux et fonction curative de la pharmacopée traditionnelle y cohabitent avec des pratiques agro et sylvopastorales, génératrices de commodités sociales durables. Georges Bissam, porte-parole de la forêt sacrée Edjengui, a indiqué que 4 040 personnes ont déjà été initiées à l’école de la forêt qui y est adossée. Il partagera plus tard divers réalisations de la forèt communautaire de Medjoh: 5 hectares de culture de Cacao, des pépinières de Moabi, des dizaines d’écoles réhabilitées, la construction de plusieurs forages mécanisés, l’électrification de plusieurs villages à l’énergie solaire, la distribution des produits vivriers dans tous les ménages Baka, des bourses d’études à plusieurs enfants scolarisés…

Georges Bissam/Medjoh
À Assok, dans l’arrondissement de Mintom (département du Dja-et-Lobo, Région du Sud), Declermont Ateba, du CERAD, a partagé l’expérience de terrain du musée vivant des peuples autochtones Baka, désormais localisé avec précision par points GPS pour en faciliter l’accès touristique. L’accès au site reste toutefois encadré par des règles traditionnelles, sous la responsabilité d’associations locales comme Akoba, ce qui aurait déjà contribué à améliorer les conditions de vie des communautés concernées. L’expérience intègre également des notions nouvelles comme le captage et la séquestration du carbone forestier, et comprend une zone dédiée à l’école de la forêt, où se transmettent les savoirs initiatiques traditionnels. Un cadre réglementaire formel pour la gestion du musée, ainsi qu’un effort de communication accru pour attirer davantage de visiteurs, restent toutefois à mettre en place.
Dans la région de l’Ouest, les Majestés David Simeu et Nayang Toukam ont présenté l’expérience des forêts sacrées du département des Hauts-Plateaux, dans les arrondissements de Batoufam, et de Bapa. Située à une altitude moyenne de 1 700 mètres, cette forêt de végétation primaire abrite plusieurs espèces fauniques et floristiques, dont des oiseaux rares qu’on ne retrouverait nulle part ailleurs dans le monde, malgré l’introduction, dans les années 1980, de l’eucalyptus. L’accès y est soumis à autorisation de la chefferie, et le site continue d’accueillir des séances d’initiation au Laakam, des danses initiatiques et des rituels de purification. Ces chefs nous ont partagé la riche expérience glanée lors des visites des autres chefs traditionnels en provenance des régions de l’Est, du Sud et du Centre, ce fut l’occasion d’avoir des échanges de pratiques durables . En sommes, leur système de gestion repose sur la complémentarité entre l’autorité traditionnelle, la communauté et les partenaires au développement.

Sa Majesté David Simeu/ Bapa
Pour sa Majesté Nayang Toukap, » le Koughap » ( dénomination d’une société secrète) est utile pour tout le monde, femmes et enfants y compris. La transmission des savoirs et des traditions aux générations futures , sont un moteur de conservation des plantes médicinales et des savoirs associés.
Au-delà de leurs spécificités, les intervenants ont souligné un constat partagé : dans la plupart de ces forêts gérées selon des modalités traditionnelles, le couvert forestier reste intact, alors même qu’elles échappent largement aux circuits d’activation économique mesurés par les statistiques officielles de la foresterie communautaire classique. Leur gestion, généralement partagée par l’ensemble des membres de la communauté, s’appuie sur une reconnaissance sociale plutôt que sur une reconnaissance juridique formelle , un décalage que l’étude du WRI et du CERAD invite précisément à corriger.
Vers la révision du manuel de procédures
L’enjeu, pour les organisateurs, dépasse le seul partage d’expériences : les conclusions de l’atelier sont destinées à alimenter le processus en cours de révision du Manuel des Procédures d’Attribution et des Normes de Gestion des Forêts Communautaires du Cameroun. Les recommandations attendues portent sur quatre axes : la poursuite et l’approfondissement de l’étude de ces forêts gérées traditionnellement ; leur reconnaissance juridique et leur sécurisation ; le renforcement de leurs institutions de gestion ainsi que des mécanismes de redevabilité et de redistribution des bénéfices ; et la documentation systématique des enseignements tirés, pour nourrir la réforme réglementaire à venir.

Extrait de la présentation de Jacques Waoua/Rainforest Alliance
Un second panel, consacré aux expériences de foresterie communautaire , dont la première présentation effectuée par Jacques Waoua, un expert du Rainforest Alliance; a permis d’avoir une lecture comparative portant sur le Liberia. C’était l’occasion de resituer les bonnes pratiques et de mesurer leur réappropriation pour le cas camerounais dans une dynamique régionale plus large, avant la restitution des travaux de groupe et l’adoption d’un communiqué final.
Le message central de la journée peut se résumer simplement : plutôt que d’importer un modèle entièrement nouveau, le Cameroun semble chercher, à travers cette « nouvelle génération » de foresterie communautaire, à formaliser et sécuriser juridiquement des pratiques de conservation qui, à Medjoh, à Assok ou à Bapa et Batoufam, ont déjà fait leurs preuves sur le terrain; bien avant qu’un texte de loi ne vienne les nommer.
« Les vrais conservateurs, ce sont les peuples autochtones »
C’est pendant la première séance d’échanges, que le débat s’ouvre vraiment. Un participant interroge la pression grandissante de l’exploitation minière sur le sous-sol de ces mêmes espaces , une menace que ni la loi de 1974 ni le concept de « nouvelle génération » n’ont encore pleinement anticipée. Puis Lerys Nyangono, président de l’Association des Jeunes Peuples Autochtones Pygmées du Cameroun (AJPAC), prend la parole avec une fermeté qui marque les esprits : « Le nom Edjengui, un génie Baka, ne se vend pas, il faut faire attention à son usage qui est banalisé. » Pour lui, la conservation des forêts sacrées Baka n’a jamais eu besoin d’un décret ministériel : elle relève d’une obligation culturelle transmise dès le plus jeune âge. « Les vrais conservateurs, ce sont les peuples autochtones. »

Mme Derboise Bika/ MINFOF
Mme Derboise Bika, de la sous-direction des forêts communautaires au MINFOF, ne le contredit pas ; elle déplace le problème. Ce qui est en crise, dit-elle, c’est le développement rural lui-même, et c’est ce concept qu’il faut repenser, alors qu’aujourd’hui le seul centre d’intérêt qu’on trouve à une forêt communautaire reste l’exploitation du bois. Elle rappelle que le travail engagé s’appuie désormais sur la nouvelle loi forestière de 2024, dont les articles 1 et 3 mettent l’accent sur les droits coutumiers, tout en reconnaissant que le MINFOF attend toujours les décrets d’application de cette loi.
Ce que révèlent 21 ans d’archives
L’atelier a aussi donné la parole à une enquête menée en dehors de ses murs. Les journalistes scientifiques Adrienne Engono et Leocadia Bongben ont voulu croiser les données sur plus de vingt et un ans d’existence du dispositif , celui, plus ancien, lancé par la loi forestière de 1994 , et ont obtenu des données de terrain que d’autres institutions ne parvenaient pas à obtenir. Leur constat vient nuancer l’enthousiasme des études de cas présentées en matinée. Elles nous révèlent que dans la région de l’Est, dans les forêts communautaires de Messamena et de Ngoyla, certaines communautés ont bien pu financer des salaires d’enseignants, fournir de l’éclairage solaire, des toitures, des salles communautaires, des étals de marché ; les femmes y ont développé des activités autour des produits forestiers non ligneux. Mais la liste des obstacles est longue : capture du dispositif par les élites locales, manque de soutien technique et financier de l’État, plans simples de gestion dont le coût se chiffre en millions de FCFA, conflits internes qui suspendent des activités entières, conversion des forêts en plantations de cacao, procédures administratives d’une lourdeur dissuasive. Sur 830 forêts communautaires créées depuis 1994, concluent-elles, 300 environ fonctionneraient encore réellement. Une bonne nouvelle, tout de même : le MINFOF révise actuellement son manuel de gestion pour diversifier les modèles : écotourisme, conservation, crédits carbone , et mieux accompagner les communautés.

Leocadia Bongben et Adrienne Engono. Retrouvez leur enquête ici: https://scienceswatchinfos.net/p/cameroon-s-community-forests-a-promised-model-falling-short
Un second détour par Medjoh, vu par un observateur indépendant
C’est précisément à Medjoh, la forêt même dont Georges Bissam était venu porter témoignage , qu’un observateur indépendant, consulté séparément pour ce dossier, est allé vérifier ce que les statistiques nationales ne disent pas. Le village s’est formé dans les années 1930-1940, quand des familles Badjoué fuyant un conflit de pouvoir avec le chef supérieur Dobo, à Messamena, sont venues s’installer le long de la route Abong-Mbang–Lomié. Son nom signifie « les Moabi », en souvenir de l’abondance passée de cette essence aujourd’hui recherchée par les exploitants industriels. La forêt communautaire, attribuée vers 2005 au GIC FCB5 des communautés Badjoué et Baka, couvre 5 000 hectares , encadrée à l’est comme à l’ouest par les concessions (UFA 10-044 et 10-047) de la société Pallisco, qui l’a elle-même cartographiée et appuyée en matériel dans le cadre d’un partenariat avec le WWF. (source: https://www.pallisco-cifm.com/download/2020/Rapport%20EIE%20UFAS%2010%20041%2010%20042%20et%2010%20044%20-%20v02.pdf)

source: https://arcg.is/0GzbiP0
Sur le terrain, l’atlas du MINFOF documente ce que la salle de Yaoundé n’a fait qu’évoquer en creux : les limites de la forêt de Medjoh n’auraient pas été suffisamment entretenues, provoquant des intrusions observées dans l’UFA voisine, et, à l’inverse, des exploitants venus chercher du Moabi, de l’Iroko ou du Sapelli s’aventurant, quand l’essence manque dans leur secteur attribué, sur des parcelles où ils n’ont aucun droit. Il est rapporté, sans que cela soit vérifié de façon indépendante, qu’une même famille ; pèserait d’un poids disproportionné dans les décisions de gestion, avec pour conséquences une transparence mise à mal et un trafic des lettres de voiture, ces documents qui accompagnent légalement le transport du bois. Dès 2006, sur les 1 050 m³ autorisés à la vente, seuls 139 ont trouvé preneur , les bénéfices servant, le plus souvent, à financer le certificat de l’année suivante plutôt qu’un projet de développement.
Autour de cette forêt de 5 000 hectares, la commune de Mindourou ne compte, hors des forêts permanentes, communales et communautaires, qu’environ 12 242 hectares de domaine national disponible , soit 2,9 % de sa superficie totale, pour 18 000 habitants. Moins d’un hectare par personne. De cette rareté naissent des différends entre familles Badjoué sur la délimitation des champs, des tensions plus anciennes entre Badjoué et Baka, jusqu’à un incident mortel rapporté en mai 2022, et des litiges de limites de lignage jamais matérialisées sur le terrain. Rien de tout cela, pourtant, n’a jamais dépassé la chefferie : en 2020, trois plaintes seulement y étaient encore en instance.
Ce que Medjoh donne à voir, c’est un cas sans scandale ni conflit ouvert majeur avec l’opérateur voisin , et c’est peut-être cela, le plus instructif : même dans une forêt communautaire relativement calme, chacune des failles décrites à l’atelier se retrouve, à échelle réduite mais bien réelle.
Des experts donnent de la voix à ce qu’il manque encore au concept
Dans la salle, d’autres voix viennent combler ce que le seul récit des forêts sacrées ne disait pas. M. Essiane Mendoula, du Landscape Initiative (anciennement CIFOR-ICRAF), pointe un obstacle technique trop souvent sous-estimé : « Le problème se situe au niveau de la ressource ; les communautés ne savent pas faire l’inventaire de toutes les ressources qu’elles regorgent, ni l’usage qu’elles sont en mesure d’en faire. C’est seulement à cette condition qu’elles pourront identifier les services écosystémiques et les bénéfices qu’elles pourraient en retirer. »
Le Maire de Mintom, lui, choisit de parler de ce qui marche : « Grâce à la forêt communautaire, la commune de Mintom a pu électrifier quatre villages, et bien d’autres réalisations comme des forages. » Mais il regrette aussitôt l’absence, autour de la table, des autres administrations concernées : MINADER, MINMIDT, MINEPDED, MINDCAF , comme si la forêt communautaire portait seule un poids qui devrait être partagé. La présidente de l’association APIFED de Djoum, ajoute une pièce manquante au tableau : les Zones d’Intérêt Cynégétique à Gestion Communautaire (ZICGC) n’ont pas été associées aux échanges, alors qu’elles sont directement concernées par le partage des bénéfices issus de la gestion de la faune.

Sandrine Andong/ CERAD.
Deux chercheurs, enfin, interrogent le concept lui-même. Pour Guy Patrice Dkamela, la notion de « forêt communautaire » associe deux logiques en tension — celle de la forêt qui est un domaine de l’Etat, et donc régit administrativement, et celle du commun , cela gagnerait à être mieux nommée pour être mieux compris. Sandrine Andong du CERAD, propose une piste venue d’ailleurs : «et si les forêts modèles , un concept né au Canada, pouvaient aider à diversifier la gestion des forêts communautaires camerounaises au-delà du bois ,comme semblent déjà l’esquisser les expériences de Campo Ma’an et de Dja Mpomo ?»
En fin de journée, un consensus se dessine, prudent : les forêts communautaires ne résoudront pas, à elles seules, l’ensemble des problèmes de développement rural du Cameroun. Mais, multivocationnelles, elles restent porteuses d’opportunités que ni Medjoh ni les statistiques nationales n’ont fini d’épuiser, à condition, disent en substance les uns et les autres, d’associer tous les secteurs de l’administration à la gestion de ressources devenues stratégiques, de sécuriser juridiquement ce que les communautés Baka, Badjoué ou Bamiléké protègent depuis des générations sans l’avoir jamais demandé à un texte de loi, et de réformer, sans plus attendre les décrets, ce qui ne fonctionne plus.
Les conclusions de l’atelier doivent désormais nourrir la révision, déjà engagée, du Manuel des Procédures d’Attribution et des Normes de Gestion des Forêts Communautaires. Reste à savoir, comme le veut la question qui a traversé toute la journée sans jamais recevoir de réponse définitive, si le texte à venir saura enfin faire dialoguer les rapports d’études et les forêts communautaires comme celle de Medjoh.
Ange Atala
