LA REPRESENTATION SOCIALE DE LA FEUILLE DE MARANTOCHLOA MANII ET MENACE SUR LA BIODIVERSITÉ DES ÉCOSYSTÈMES MARÉCAGEUX

Le présent travail est le fruit d’une enquête menée par Dr ABOMO W. Cynthia Eps BALA , spécialiste en Psychologie sociale et Management stratégique. Dans le département de la Mefou-et-Akono (MAK), dans la région du Centre du Cameroun, concernant la surexploitation de la feuille de Marantochloa manii (Marantacée), ressource essentielle à la fabrication du bâton de manioc, localement appelé bobolo. L’analyse révèle une crise psychosocio-écologique majeure où l’activité vitale d’autonomisation économique des femmes rurales est en conflit direct avec la durabilité de la biodiversité des écosystèmes marécageux.

Le défi central réside dans l’épuisement critique de la ressource. Le constat du transfert d’approvisionnement des marécages vers les marchés urbains est alarmant : 95% des femmes interrogées affirment désormais acheter la Marantochloa au marché, confirmant sa rareté dans son milieu naturel d’origine.[1] Cette raréfaction critique a des répercussions écologiques profondes. La destruction de la Marantochloa, identifiée comme le plus grand filtre de la flore marécageuse, met en péril la pédofaune (vers de terre, insectes, escargots) nécessaire à la fertilité des sols, à leur aération et à la lutte contre les inondations.

Sur le plan psycho-social, la pénurie génère une souffrance économique, psychologique et physique le long de la chaîne de valeur, augmentant les coûts pour les productrices tout en exposant les cueilleuses à des conflits fonciers, à l’insécurité et au stress. Face à une population dont 90% n’a pas été sensibilisée aux problématiques de préservation (écologie), une intervention rapide est impérative.

Fondements de la crise : Le Bobolo et la dynamique de survie économique au Cameroun

1. L’Immuabilité culturelle et l’enjeu de l’autonomisation féminine dans la MAK

Le bâton de manioc, ou bobolo, occupe une place de choix au sein des compléments alimentaires nationaux et rustiques au Cameroun, comme l’exprime l’adage Etone : « OkOk O ti nyeb é ndeng » (le plat d’okok est succulent avec le bâton de manioc). Au-delà de sa fonction culinaire, cette activité revêt une importance socio-économique capitale. Dans le département de la Mefou-et-Akono (MAK), sa fabrication est l’activité phare et intergénérationnelle en matière de source de revenus pour les femmes rurales. Elle contribue sensiblement à leur autonomisation et concourt à l’atteinte des objectifs de développement nationaux dans un pays confronté à une croissance démographique soutenue (plus de 28 millions d’habitants selon le BURCREP en octobre 2024).

L’étude s’est concentrée sur le MAK, un département de 13 289 km², chef-lieu Ngoumou, issu de la division de l’ancienne MEFOU en 1995. Les arrondissements d’Akono, Bikok, Mbankomo et Ngoumou ont été au cœur de l’enquête[2]. La méthode de fabrication du bobolo nécessite trois principaux intrants : la pâte de manioc, la fibre de banane plantain et, crucialement, la feuille de Marantochloa manii.

2. La Marantochloa manii comme ressource non durable

L’accroissement continu de la population, conjugué à l’absence de stratégie de préservation de la feuille de Marantacée et à son intense commercialisation, a provoqué un déséquilibre structurel. Un fait notable et préoccupant est la prolifération des points de vente de cette feuille dans les marchés des zones urbaines, tandis qu’elle tend à disparaître des villages.

Feuille de Marantochloa dans le marécage au village OZOM par BIKOK.

Cette ressource fait face à une rareté accrue, notamment des pénuries saisonnières manifestes pendant la saison sèche, mais aussi une indisponibilité généralisée. Cette situation est la manifestation d’une crise systémique : la source de revenu des femmes rurales est menacée par l’épuisement même de la ressource qui la génère. La surexploitation est exacerbée par le manque de stratégies de gestion, ce qui signifie que l’activité socio-économique (l’autonomisation par le bobolo) est devenue, par manque d’encadrement, le moteur de la destruction écologique qui, à terme, sapera la capacité des femmes à maintenir leurs revenus.

3. Les fondements théoriques

De sa fondation sociologique mise sur pieds par Emile Durkheim (1898) dans son article intitulé Représentations individuelles et représentations collectives, l’auteur est le premier à introduire ce concept et fixe à la psychologie sociale la tâche d’étudier les représentations sociales. Sillamy (1994) dans son dictionnaire encyclopédique de psychologie stipule que : « la représentation n’est pas une simple image de la réalité, elle est une construction de notre activité mentale ». L’évolution théorique de ladite théorie s’est faite par les contributions des auteurs notables comme Fischer (1994) dans l’approche génétique, Jodelet (1984) dans une approche linéaire et Abric (1994) dans une approche structurale. En effet, dans son propos théorique Abric (1994) voit la représentation sociale comme une structuration composée principalement d’éléments périphériques (qui ont pour principales caractéristiques d’être instables, négociables et jouent le rôle de tampon) et un noyau (qui regroupe les éléments organisateurs, stables et non négociables).

Celle de la feuille de Marantacée peut schématisée à titre illustratif de cette manière :

Source : de l’auteur.

Analyse quantitative et qualitative de la pénurie de Marantochloa

1. Le Transfert de valeur et la nouvelle chaîne d’approvisionnement

Les résultats de l’enquête menée auprès des femmes rurales du MAK confirment un état de pénurie critique. L’un des constats les plus frappants est l’inversion du flux d’approvisionnement : 95% des femmes interrogées affirment acquérir les feuilles de Marantochloa au marché, contre seulement 5% qui ne le font pas. Ce chiffre atteste sans équivoque de la rareté de la ressource dans son milieu naturel d’origine, les marécages.

Vente à l’étalage des feuilles de Marantochloa au marché de Mvog-Mbi à Yaoundé

Cette dynamique de rareté a un impact économique direct. D’une part, 95% des femmes trouvent que les feuilles coûtent cher (entre 500f et 1000f le paquet de 50 feuilles de marantacée) sur le marché. D’autre part, la pénurie se répercute sur le coût du produit fini, le bâton de manioc. Les femmes rurales, qui coupaient historiquement cette ressource gratuitement dans leurs hameaux, sont désormais contraintes de se rendre aux marchés périodiques (samedi et dimanche) pour acheter ce qu’elles considèrent comme leur ressource naturelle. L’ajout des coûts de transport et d’achat réduit significativement la marge bénéficiaire des productrices de bobolo, érodant ainsi le revenu réel généré par cette activité d’autonomisation.

Le problème de l’offre ne se limite pas à la campagne. Même après la centralisation des feuilles et leur commercialisation, 75% des femmes estiment que les quantités disponibles sur le marché sont insuffisantes. Cette demande supérieure à l’offre indique une pénurie généralisée et continue, avec des marchés connaissant eux-mêmes des ruptures (feuilles non disponibles 7 jours sur 7).

Tableau 1 : Synthèse des indicateurs clés de la pénurie de Marantochloa

Indicateur statistiquePourcentage de réponseImplication directe
Acquisition des feuilles au marché95%Rareté critique dans les marécages/milieux naturels.
Coût jugé élevé sur le marché95%Augmentation des coûts de production du bobolo pour les productrices.
Insuffisance de la quantité sur le marché75%Demande supérieure à l’offre (pénurie généralisée et continue).
Absence de sensibilisation à la biodiversité90%Urgence d’actions éducatives et réglementaires.
Non-considération d’alternatives90%Forte dépendance culturelle et technique à la ressource.
Source : Données de l’enquête.

2. Facteurs accélérateurs et inertie culturelle

L’enquête identifie clairement trois facteurs accélérant la diminution de la ressource : la sursollicitation, la commercialisation effrénée et l’accroissement de la population. Ces facteurs créent une pression constante sur les marécages.

Face à cette crise, l’étude a révélé une forte résistance au changement chez les femmes productrices. Interrogées sur l’adoption de moyens alternatifs pour résorber la pénurie, 90% ont répondu par la négative, justifiant souvent leur position par le fait qu’il s’agit d’une pratique ancestrale transmise de génération en génération. Seules 10% des femmes ont cité la feuille d’akoé comme substitut potentiel. Cette forte dépendance technique et culturelle signifie que toute tentative de réglementation ou de substitution rencontrera nécessairement une résistance significative et devra être compensée par des solutions économiques et agronomiques solides.

Les femmes rurales de la MAK se sont construites une représentation sociale bien fixe et stable de la feuille de Marantacée. Il faut dire que derrière cette structuration plus ou moins solide, les facteurs psychosociologiques se sont transmis de génération en génération, notamment à travers le processus de socialisation. L’initiation à cette activité se faisait dès le plus jeune âge (de mère en fille). D’où la difficulté à expliquer à la femme rurale, le fait que non seulement l’exploitation abusive de cette ressource naturelle détruit l’écosystème, qu’il y a des mesures de préservation de cet environnement mais, d’avantage aussi d’autres solutions pratiques qui puissent leur permettre de tirer profit de la racine de manioc avec moins de stress et de risques.

Le Bilan écologique : Menace sur la biodiversité des écosystèmes marécageux

4.1. Le Rôle écologique critique de Marantochloa et la menace

La rareté de la feuille de Marantochloa pose un danger existentiel pour la biodiversité écosystémique des marécages du MAK. Ces zones humides abritent une faune et une flore exceptionnelles, comprenant de nombreuses espèces menacées d’extinction.

Le Marantochloa, une espèce rhizomateuse herbacée vivace originaire d’Amérique Latine (Colombie, Équateur, etc.), joue un rôle fondamental. Ses rôles vitaux incluent la protection des petits animaux, tels que les insectes (fourmis), les vers de terre et les escargots, et l’insertion contre les rayons du soleil, particulièrement cruciale en saison sèche. Sa diminution ou son absence crée un véritable déséquilibre dans la biodiversité écosystémique..

2. Conséquences sur la pédofaune et la fertilité des sols

La perte de la Marantochloa a des conséquences directes sur la structure des sols et la régulation hydrique. La pédofaune (vers de terre, escargots, insectes) que la plante protège joue un rôle primordial dans l’aération et la fertilité des sols. De plus, elle contribue à l’absorption des sols et, par conséquent, à la lutte contre les inondations. L’épuisement du filtre végétal par la cueillette non durable menace donc l’intégrité structurelle des zones humides, augmentant leur vulnérabilité aux sécheresses et aux événements climatiques extrêmes. Le rapport sur l’évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques (NBESA) confirme que les sols du Cameroun, malgré l’absence de données consolidées sur la pédofaune, jouent un rôle de support indispensable à la diversité biologique en général.

3. L’aggravation par la dérive agricole et l’impact sur la santé

La surexploitation pour le bobolo n’est pas la seule menace. Les marécages sont également asséchés et brûlés par les populations rurales pour y pratiquer des cultures (maïs, plantes potagères, légumes verts comme l’amarante et le Zôme). Cette conversion des zones humides en terres agricoles intensives (monocultures et polycultures) détruit l’habitat et exacerbe les pressions environnementales.

La destruction des marécages a également des implications de santé publique, un enjeu souvent négligé. Une femme interrogée a témoigné de la difficulté croissante à trouver des petites herbes médicinales qu’on prenaient dans les marécages aux pieds des raphias. Ces plantes traditionnelles aidaient à soigner des petites maladies surtout pour les enfants. Par conséquent, la perte de biodiversité affecte directement les pratiques ancestrales de soins et compromet potentiellement la santé des enfants ruraux. De plus, la dégradation des sols, conjuguée à la perte du filtre végétal, menace la fertilité future, ce qui pourrait rendre les agriculteurs plus dépendants des intrants chimiques pour maintenir leurs rendements. Les actions de survie économique actuelles compromettent ainsi la sécurité alimentaire et environnementale à long terme de la région.

Les Coûts sociaux et humains de l’exploitation non régulée

La quête de la feuille de Marantochloa est devenue un combat et expose les femmes, quel que soit leur maillon dans la chaîne de valeur, à une forme de souffrance. Une souffrance psychosociale, une souffrance économique et une souffrance politique. En réalité une évaluation de cette situation permet de mettre à nouveau le sujet du coût réel du bâton de manioc sur la table. Après estimation de ces estimations de toutes ces dépenses et intrants, est-ce que le bâton de manioc devrait coûter 100f ?

1. La Vulnérabilité des productrices rurales

Les femmes rurales, qui cueillent et roulent le bâton de manioc, sont les premières victimes de la pénurie. Leur précieux sésame est devenu rare. Contraintes d’acheter leur matière première sur les marchés périodiques, elles subissent une double peine : le coût d’acquisition de la ressource qui était autrefois gratuite, et les frais de transport y afférents. Elles se disputent également les rares ressources restantes avec les femmes qui coupent pour la revente, illustrant une concurrence interne accrue au sein des communautés. Le témoignage de Mme ESSOMBA N. souligne que le marécage est désormais déjà malaxé partout partout par celles qui cherchent les feuilles pour aller les vendre en ville, déstructurant l’environnement local.

2. Analyse des conflits et des risques

Les femmes qui coupent les feuilles pour les vendre en gros doivent affronter des dangers significatifs. Elles sont obligées de se lever très tôt, souvent dans l’obscurité, munies de torches, pour contourner les autres femmes et maximiser leur cueillette.

Cette course effrénée à la ressource déplace le conflit de la simple concurrence vers une dimension foncière et sécuritaire. Dans leurs recherches nocturnes, ces femmes bafouent le respect des limites des terres et vont partout où elles peuvent trouver la ressource, sans se soucier des propriétaires terriens. Elles s’exposent ainsi à des agressions ou à des dangers graves.

MENGUE C. témoigne de la violence potentielle des conflits fonciers, affirmant que si le propriétaire du marécage les trouve, elles sont mortes. La rareté de la ressource, catalysée par la pression commerciale et démographique, est en train de transformer un conflit de ressources renouvelables en un conflit foncier potentiellement violent, rendant l’implication des chefs traditionnels et la cartographie des habitats particulièrement urgentes.

3. Le fardeau logistique des revendeuses (Bayam Sellam)

Les revendeuses urbaines, bien qu’elles bénéficient d’une manne en termes de revenus grâce au marché dynamique, sont confrontées à des difficultés logistiques extrêmes. Le mauvais état des routes, en particulier pendant la saison pluvieuse, rend les voies d’accès aux villages presque impraticables. Cette infrastructure défaillante agit comme un facteur de stress environnemental indirect, incitant probablement les coupeuses à prélever des quantités maximales par voyage pour justifier les efforts de transport.

Le témoignage de BEKONO A. illustre la réalité du terrain : arriver au village à une heure du matin et n’atteindre Yaoundé que vers 7 heures, après avoir passé une grande partie de la nuit à pousser la voiture. Le temps passé à débloquer le transport représente presque les trois quarts du trajet. Ce fardeau logistique s’ajoute au coût élevé et incertain du transport, exposant ces femmes à une insécurité physique prolongée sur les routes.

Stratégies de résolution et propositions d’action pour une gestion durable

Face à l’augmentation croissante de la population et aux pressions exercées sur la biodiversité écosystémique, il est impératif d’attirer l’attention des décideurs sur ces écueils écologiques et environnementaux. Une stratégie en trois axes est proposée pour garantir la durabilité de la ressource et la préservation des zones humides.

1. Axe 1 : Sensibilisation ciblée et gouvernance locale

La priorité absolue est de combler le déficit de connaissance : 90% des femmes rurales affirment n’avoir pas été sensibilisées aux problématiques de préservation de la biodiversité et des écosystèmes.

Roulage de la pâte de manioc trempé dans les feuilles de Marantochloa Manii.

Il est essentiel de sensibiliser les populations aux problèmes écologiques et à la préservation de la biodiversité, en prenant comme pilotes les chefs traditionnels et les femmes rurales. L’approche doit être inclusive, reconnaissant le rôle crucial des structures coutumières dans la gestion foncière et la résolution des conflits locaux. L’enjeu est de garantir que la gestion des terres et des ressources soit comprise et acceptée par les communautés qui dépendent directement de ces écosystèmes.

2. Axe 2 : Cadre réglementaire et planification intégrée

L’exploitation actuelle de la Marantochloa est anarchique et épuise la ressource. Il est fondamental d’établir un cadre réglementaire strict :

  1. Réglementer la coupe et la commercialisation de la feuille de Marantochloa.
  2. Résoudre l’équation approvisionnement et régulation pour stabiliser les marchés sans pénaliser les revenus des femmes.
  3. Définir les quotas et les périodes de cueillette pour permettre la régénération de la plante.
  4. Cartographier leurs habitats pour une meilleure connaissance des zones de prélèvement.
  5. Intégrer leurs conservations dans les Plans d’aménagement du territoire.
  6. Sensibiliser les populations à la réduction de l’utilisation des marécages à des fins agricoles (monocultures et polycultures intensives), y compris l’interdiction des brûlis.
  7. Implémentation des autres solutions pour la transformation du manioc, comme la farine de manioc, les bières de manioc, etc. Cela va réduire l’exploitation tout azimut des feuilles.

3. Axe 3 : Innovation, recherche et substitution

Étant donné la forte dépendance culturelle à cette ressource, la réglementation seule risque d’augmenter la pauvreté si des alternatives ne sont pas proposées.

Il est nécessaire d’initier des travaux de recherches sur la multiplication et la reproduction de la Marantochloa, visant potentiellement sa domestication. La création de pépinières expérimentales pourrait sécuriser l’approvisionnement, réduisant ainsi la pression sur les marécages naturels. Bien que la majorité des femmes rejette le changement, l’existence de la feuille d’akoé comme substitut cité par 10% des répondantes justifie des études approfondies sur la faisabilité et l’acceptabilité de cette alternative. La solution durable passe par un équilibre entre la conservation des écosystèmes naturels et la sécurisation d’un approvisionnement contrôlé et reproductible.

Tableau 2 : Matrice Risques, Impacts et Stratégies de gestion durable

Problème identifié (Risque)Impact majeurRecommandation stratégique (Axe de Solution)
Surexploitation anarchique et commercialisationÉpuisement de la ressource et conflits fonciers.Réglementer la coupe, définir des quotas et des périodes de cueillette.
Destruction de l’habitat (brûlis, agriculture)Perturbation de la pédofaune, déséquilibre écosystémique, perte de remèdes traditionnels.Sensibiliser à la réduction de l’utilisation agricole des marécages.
Rareté et dépendance culturelleHausse des prix, vulnérabilité des revenus des femmes.Initier la recherche sur la multiplication/domestication; créer des pépinières expérimentales.
Absence de politique de conservation intégréePerte irréversible de la biodiversité/services écosystémiques (filtration, anti-inondation).Cartographier les habitats et intégrer la conservation dans les Plans d’aménagement.
Source : Données de l’enquête

La crise de la Marantochloa manii dans le département de la Mefou-et-Akono est emblématique des défis écologiques contemporains au Cameroun, où la nécessité de survie économique immédiate érode le capital naturel indispensable à la prospérité future. La pénurie de cette feuille, confirmée par le fait que 95% des utilisatrices doivent l’acheter sur les marchés, a un double impact dévastateur : elle fragilise les revenus des femmes rurales et détruit les marécages, mettant en danger la pédofaune essentielle à la fertilité et la régulation hydrique des sols.

Il est impératif que les décideurs prennent conscience de l’urgence d’intégrer la conservation des zones humides dans les stratégies de développement rural. Cela passe par une mobilisation forte visant la réglementation de l’exploitation pour mettre fin à l’anarchie actuelle, la sécurisation des droits fonciers (notamment pour prévenir les conflits violents engendrés par la quête nocturne des feuilles), et l’investissement dans la recherche pour la domestication de cette ressource vitale. Seule une approche intégrée, associant la sensibilisation des populations pilotes (chefs traditionnels et femmes rurales) à la mise en place de pépinières expérimentales et de quotas de cueillette, permettra d’assurer la durabilité de la biodiversité écosystémique et la pérennité de l’autonomisation économique des femmes du MAK.

Ce travail se veut une base de réflexion pour l’action et reste ouvert à toutes suggestions et contributions sur le sujet.


[1] Enquête menée auprès des femmes rurales de la MAK (Ngoumou, Akono, Bikok et Mbankomo).

[2] Enquête menée auprès des femmes rurales de la MAK (Ngoumou, Akono, Bikok et Mbankomo).

Références bibliographiques
− Brinkhoff, T. (Consulté le 13 octobre 2025). City population Mefou et Akono. https://www.citypopulation.de/en/cameroon/admin/0206__méfou_et_akono/.
− Centre ORDTOM de Yaoundé. (1966). Dictionnaire des villages de la Mefou Yaoundé (Répertoire Géographique du Cameroun ; 7). ORSTOM ; IRCAM.
− Denise JODELET. (2003). Les représentations sociales. PUF
− Jean-Claude ABRIC. (1994). Pratiques sociales et représentations. PUF
− Norbert SILLAMY. (1994). Dictionnaire de psychologie. Édition Larousse.
− Rapport bureau central de recensements et des études des populations. (2024). Bureau Central de Recensements et des Études des Populations (BUCREP).
− Rapport sur l’évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques NBESA. (2024). Rapport sur l’évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques NBESA : Résumé à l’intention des décideurs.