Du 20 au 24 octobre 2025, le Gouvernement du Cameroun, en partenariat avec le Centre de Collaboration Régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (RCC WACA), avec le soutien du PNUD et de l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI), a organisé un atelier national de validation de sa Contribution Déterminée au niveau National actualisée (CDN 3.0). Un draft du document, a été examiné par les participants de divers secteurs d’activités, une étape décisive dans la consolidation des engagements climatiques du pays avant leur soumission à la COP 30, qui se tiendra à Belém au Brésil.
Une CDN, ou Contribution Déterminée au niveau National, est un engagement officiel qu’un pays soumet dans le cadre de l’Accord de Paris pour lutter contre le changement climatique. Il s’agit concrètement pour chaque pays signataire de l’Accord de Paris, de décrire ses objectifs climatiques notamment en matière de :
- Réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES)
- Des mesures d’adaptation aux impacts des changements climatiques
- De décliner les besoins en financement, technologies et renforcement des capacités des acteurs clés.
Le Cameroun réaffirme son engagement à travers la mise à jour de sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0). Un bref rappel fait état de ce que la CDN 1.0 (2015) – a été soumise initialement comme CPDN (Contribution Prévue) avant la COP21, puis convertie en CDN après la ratification de l’Accord de Paris en 2016. Elle posait les premières bases desengagements climatiques du pays. Ensuite est venue la CDN 2.0 (2021) – Révisée et soumise avant la COP26 à Glasgow. Elle alignait les objectifs climatiques avec la Stratégie Nationale de Développement 2020–2030 (SND30), visant une réduction de 35% des émissions de GES d’ici 2030.
Le Cameroun en est donc à sa troisième CDN, d’où son appellation « CDN 3.0 », couvrant la période 2026–2035. Ce document stratégique traduit la volonté du pays de concilier développement économique et lutte contre les changements climatiques. Cette dernière élève l’ambition climatique à 41% de réduction des émissions de GES d’ici 2035, avec des objectifs intermédiaires pour 2030 (38%). Elle intègre des mesures plus robustes d’atténuation, d’adaptation, de financement et de suivi.
« Il est important de passer des discours à l’action, on est déjà pas mal avec l’adoption d’un budget sensible au climat, mais on doit aller plus loin que ça, il est question pour le Cameroun d’améliorer ses capacités en matière de sédentarisation agricole, amélioration du mix énergétique…pour booster notre développement ». Pr. Joseph Armathée Amougou, Directeur Général de l’ONACC (Observatoire National sur les Changements Climatiques).
Les engagements de la CDN 3.0 sont répartis ainsi qu’il suit : 27% conditionnels (dépendants du soutien international) et 14% inconditionnels (pris en charge par les ressources nationales). Les secteurs prioritaires incluent l’agriculture, l’énergie, les déchets et la foresterie, avec des mesures telles que le reboisement, l’agroforesterie, l’efficacité énergétique et la valorisation des déchets.

(De gauche à droite) : Pr. Joseph Amougou, Pr. Christophe Bring, M. Walters Tubua , M. Timothée Kagonbe.
« En matière de CDN 3.0, le Cameroun est un modèle concernant l’inclusion et la participation d’une expertise nationale. La société civile est bien représentée dans les groupes de discussion, tout comme les sectoriels des différentes administrations, sans oublier le secteur privé, c’est à féliciter ». Ainsi s’est exprimé M. Walters Tubua, le responsable régional du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Dans un extrait de la CDN3.0, on peut lire : « la contrainte climatique exerce déjà une pression accrue sur les principaux secteurs alimentant le budget national, elle accroit les vulnérabilités sociales et contribue à dégrader les infrastructures nécessaires à l’activité économique. Par ailleurs, la lutte contre les effets du changement climatique révèle aussi bien pour l’adaptation que pour l’atténuation, des besoins en ressources financières additionnelles en plus de ceux nécessaires aux impératifs déjà connus du développement. Pour réussir la mutation transformationnelle vers une économie à faible émission de GES, il faut des investissements conséquents pour la mise en place des technologies appropriées, en ciblant tous les secteurs à enjeux. Les financements nécessaires soutiendront la mise en œuvre des programmes et projets en cohérence avec les engagements pris en respectant une distribution tenant compte des secteurs les plus émetteurs et les zones agro écologiques les plus vulnérables. A cet effet, la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 du Cameroun doit absolument être mise en perspective dans le cadre de la révision de cette CDN. La raison en est simple, le pays envisage une profonde transformation structurelle de son économie dont la croissance doit être proche de deux chiffres. Ceci passe par une stratégie d’industrialisation reposant sur une transformation accrue des ressources naturelles et une réduction graduelle des importations en faveur des exportations des produits manufacturés ou semi finis ».
Comme annoncé plus haut, la CDN 3.0 a identifié un besoin de 16,8 milliards USD pour la mise en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation. Le Rapport sur la Situation Économique du Cameroun 2025 (publié par la Banque Mondiale) est non seulement pertinent, mais essentiel pour garantir une cohérence entre les ambitions climatiques et les réalités économiques du pays. Il recommande des modèles de financement climatique mixtes (obligations carbone, crédits biodiversité, mécanismes REDD+, article 6 de l’Accord de Paris). La CDN peut s’appuyer sur ces instruments pour mobiliser des ressources internationales, tout en renforçant les incitations locales à la conservation.
Le rapport poursuit : « Cependant, les contraintes de liquidité sur le marché régional des titres et le coût élevé de l’emprunt externe, conséquence de la montée des incertitudes mondiales et régionales, pourraient alourdir les dépenses d’intérêt sur la dette. Les autorités devraient augmenter significativement les dépenses publiques d’investissement – jusqu’à 5,1 % du PIB en 2028 – pour permettre d’achever les projets d’infrastructure en cours, après des années d’ajustement budgétaire. Cette hausse des dépenses d’investissement expliquera l’essentiel du déficit budgétaire à moyen terme. À l’avenir, l’élargissement de l’assiette fiscale, la gestion efficace des dépenses et des investissements stratégiques dans les infrastructures seront essentiels pour maintenir la croissance économique et la stabilité. »
Dans un élan pour la valorisation des services écosystémiques forestiers et des disparités entre les bénéfices mondiaux et les incitations locales, le Cameroun gagnerait mettre en œuvre cette CDN 3.0 actualisée. Un autre point marquant de cette CDN 3.0 c’est le modèle de financement mixte recommandé en matière de Titres de dette émis par l’État, adossés à des projets de réduction ou de séquestration des émissions de GES. Ceci a pour avantage de permettre de mobiliser des capitaux à grande échelle pour financer des projets forestiers, énergétiques ou agricoles bas carbone. Projection faite sur un mécanisme, qui peut financer les investissements d’atténuation estimés à 9,5 milliards USD【CDN 3.0】.

Extrait du Rapport sur la Situation Économique du Cameroun (2025)
Par ailleurs, la CDN 3.0 intègre une approche transversale du genre, reconnaissant le rôle crucial des femmes dans la résilience communautaire. Elle promeut également une participation inclusive des parties prenantes, notamment les populations autochtones et rurales. Le dispositif institutionnel prévoit un cadre de suivi, de vérification et de transparence (MNV), garantissant l’alignement des actions avec les objectifs climatiques et les engagements internationaux. Ce document marque une étape décisive dans la trajectoire climatique du Cameroun. Il illustre une volonté politique forte de transformer les contraintes environnementales en leviers de développement durable. Pour que cette ambition devienne réalité, un partenariat renforcé avec la communauté internationale est indispensable.
Ange ATALA
