NETYS 2026 : l’IA, alliée ou mirage pour le climat ?


Du 8 au 12 juin à Agadir, la conférence internationale NETYS (International Conference on NETworked sYStems) transforme la cité balnéaire marocaine en laboratoire mondial des systèmes en réseau et de l’intelligence artificielle. Un rendez-vous que la société civile africaine ne peut pas se permettre de manquer.

Une conférence qui change de peau


Il y a quelque chose d’inhabituel dans l’air d’Agadir cet été. Entre les data centers et les modèles de langage, les chercheurs de NETYS 2026 — 14e édition de l’une des conférences les plus pointues sur les systèmes en réseau — vont devoir répondre à une question que leurs algorithmes n’ont pas l’habitude de traiter : à quoi sert une IA qui ne répond pas à l’urgence du vivant ?
Pendant des années, NETYS a été ce que son nom indique : une conférence technique, sérieuse, fréquentée par des chercheurs en informatique qui parlent de protocoles, d’architectures distribuées et de modèles de calcul. Rien de très grand public, a priori. Mais quelque chose a changé. L’édition 2026 porte une ambition nouvelle, et le fait même que les questions d’équité algorithmique, de souveraineté des données et d’empreinte environnementale du numérique s’installent dans cet espace dit quelque chose d’important sur l’évolution du secteur. L’intelligence artificielle ne peut plus se permettre de grandir en ignorant son empreinte.

Trois axes, une urgence commune


Apprentissage fédéré, traçabilité des financements par blockchain, lutte contre les biais algorithmiques qui pénalisent les communautés vulnérables du Sud — le programme scientifique de cette édition se lit comme un inventaire des défis que l’Afrique francophone affronte sans disposer encore des outils pour les mesurer.
Le programme s’articule autour de trois grands domaines : les systèmes en réseau, le calcul distribué et l’apprentissage machine. Mais c’est dans les interstices de ces catégories que se logent les enjeux les plus brûlants pour le continent.
Le federated learning ouvre des perspectives inédites pour la santé rurale et l’agriculture paysanne. Imaginez un réseau de capteurs climatiques disséminés dans les bassins versants du Sahel, capables d’alimenter un modèle prédictif sans jamais exposer les données des communautés locales à des serveurs étrangers. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est précisément le type d’architecture que les chercheurs présents à Agadir auront à débattre.


La trustworthy and fair AI est un autre chantier majeur. Les biais algorithmiques ne sont pas de simples bugs techniques : ce sont des injustices encodées. Quand un système d’évaluation du risque climatique pénalise systématiquement les petits agriculteurs africains parce qu’il a été entraîné sur des données occidentales, le problème n’est pas informatique. Il est politique. NETYS 2026 le nomme — à travers ses sessions sur la fairness, la privacy et la fiabilité des modèles d’apprentissage.
Les large language models, les systèmes cyber-physiques, l’Internet des objets et les technologies blockchain complètent un tableau dans lequel l’Afrique devrait pouvoir se reconnaître — si elle est suffisamment présente dans la salle pour l’influencer.

L’Afrique, angle mort du numérique mondial ?


Car c’est bien là le paradoxe. Le continent qui subira le plus durement les effets du dérèglement climatique est aussi celui qui dispose du moins de données fiables pour les anticiper. NETYS 2026 ne résoudra pas cette injustice à elle seule. Mais elle pose sur la table les briques technologiques qui pourraient, entre de bonnes mains, changer la donne.
Sans données, pas de suivi. Sans suivi, pas de redevabilité. Sans redevabilité, les financements climatiques continuent d’arriver au compte-goutte, mal ciblés, souvent captés loin des communautés qui en ont le plus besoin. La blockchain, à travers ses applications aux registres distribués et aux systèmes décentralisés, pourrait partiellement répondre à ce problème : tracer les flux de financement climatique, sécuriser les droits fonciers des communautés rurales, garantir la transparence des engagements pris par les États et les entreprises.

Chercheurs, ONG, journalistes : tous au rendez-vous


NETYS 2026 ne sera pas réservée aux seuls initiés. Des ateliers participatifs, des keynotes grand public et des sessions de médiation scientifique sont prévus pour les acteurs de terrain : organisations de la société civile, collectivités locales, journalistes spécialisés et étudiants africains. Car c’est bien l’enjeu de fond. Les outils existent, ou sont en voie d’exister. Ce qui manque encore, c’est la connexion entre ceux qui les conçoivent et ceux qui en ont le plus besoin.

Coder ne suffit plus
Il serait naïf de croire que l’intelligence artificielle sauvera le climat toute seule. L’histoire des grandes transitions technologiques nous a appris que les outils ne valent que par les mains qui les tiennent et les valeurs qui les orientent. Mais il serait tout aussi naïf de penser qu’on peut piloter une transition juste avec des angles morts.
On ne pilote pas une transition juste avec des angles morts. La Tribune Verte sera à Agadir.
Parce que les algorithmes peuvent devenir des vigies du territoire à condition que la société civile soit assez présente, assez formée et assez déterminée pour les mettre au service du vivant.
Rendez-vous en juin.

Behoumie Marie Noel