Rapport circonstancié de vérification des faits relatifs à un cas grave de maltraitance domestique d’enfant à Douala

Le 3 septembre 2025, la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux a révélé un cas de maltraitance d’une mineure à Douala, situation caractéristique de traitements cruels, inhumains et dégradants ainsi que d’une atteinte à l’intégrité physique et morale de la victime survivante.

En effet, la victime, une fillette de 7 ans, nommée ALLIE Mercy AHONE, a été séquestrée, rouée de coups et enchaînée par sa sœur aînée, Mademoiselle Rashel MOTTI, âgée de 33 ans, originaire de la Région du Nord-Ouest, commerçante au marché Mboppi à Douala. Cette situation, révélée par les réseaux sociaux, a conduit à une intervention immédiate des éléments de police du 16e Arrondissement de Douala. L’Antenne régionale de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) pour le Littoral s’en est saisie d’office.

Descente d’investigation

Une équipe composée de Madame EMAMBO PENDA Jacquy, et de Monsieur DOUMBE Stéphane Aurélien, tous cadres assermentés en service à l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral, et du chauffeur attitré, a été dépêchée sur le terrain. La mission a débuté en début de matinée au Commissariat du 16ᵉ arrondissement de Douala (Japoma), où elle a été reçue par l’Officier de Police en charge de l’enquête, Monsieur OTTYANE Bien-aimé. L’entretien avec ce dernier a permis de recueillir des informations de premières mains sur les faits.

Faits rapportés

Suite à une alerte des habitants du quartier Nkolbong signalant la séquestration d’un enfant très tôt ce matin, les forces de l’ordre se sont immédiatement rendues sur place et ont découvert la victime ligotée et enchaînée avec deux cadenas, en état de détresse manifeste. Ne disposant pas des clés, la police a dû scier les chaînes pour procéder à la libération de la fillette. La mise en cause, Mademoiselle MOTTI, était absente lors de l’intervention policière. Selon le témoignage de sa fille mineure, elle avait quitté le domicile avec les clés, laissant son téléphone portable. L’interpellation de Mademoiselle MOTTI a été rendue possible grâce à une stratégie conjointe mise en place avec son compagnon, pasteur de profession.

Lors de son audition, la mise en cause a reconnu les faits sans manifester de remords, justifiant ses actes par la prétendue « têtutesse » et les fugues répétées de la mineure. Il est apparu que sa fréquentation d’une église de réveil, dont l’identité n’a pas été communiquée, a joué un rôle dans la décision de séquestration, sur la base d’une croyance en la possession démoniaque de l’enfant.

Profil des personnes mises en cause et contexte familial

La mère (identité non précisée ou occultée) de la victime survivante souffrirait de troubles mentaux avérés et bénéficierait d’un suivi médical dans la Région du Sud-Ouest. Elle aurait confié la garde de sa fille à Mademoiselle MOTTI depuis environ deux ans. Le compagnon de cette dernière, suspect, a reconnu avoir suggéré à sa compagne que l’enfant nécessitait des prières de délivrance en raison d’une possession présumée. Des informations concordantes indiquent que la suspecte est connue pour ses comportements violents, aussi bien à l’encontre de la victime que des voisins.

État de santé de la victime

À l’hôpital de district de Japoma, la victime a fait l’objet d’un examen médical en présence d’un assistant social. Le rapport médical, consulté par l’équipe de l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral, révèle un polytraumatisme post-torture caractérisé par de multiples contusions , un état de malnutrition sévère ainsi qu’un traumatisme psychologique important, témoignant des sévices subis.

Analyse et perspectives

Cette situation constitue une violation flagrante du Droit fondamental de l’enfant d’être protégé contre toute forme de violence susceptible de porter atteinte à son intégrité physique et morale, ainsi qu’à sa dignité.

L’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral note que des mesures immédiates ont été prises par les autorités compétentes pour assurer la libération, la prise en charge médicale et psychologique de la victime survivante, de même qu’elle relève qu’une enquête judiciaire a été ouverte pour établir les responsabilités pénales des suspects.

Pour sa part, l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral entend poursuivre ses actions d’éducation aux Droits de l’homme auprès des communautés locales et des milieux religieux afin d’empêcher que des croyances erronées ne servent de justification à des actes de violence à l’encontre des enfants.

Fait à Douala, le 3 septembre 2025

Pour l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral