PRODUCTION VS CONSOMMATION : L’IMPÉRATIF DE LA VALEUR (MONETAIRE) REELLE AU CAMEROUN

Avec une balance commerciale structurellement déficitaire, le Cameroun dévoile des importations généralement supérieures aux exportations. Et le fait que ces importations s’observent notamment sur les produits manufacturés, c’est-à-dire des biens produits par l’industrie (transformant des matières en produits semi-finis ou finis), met en évidence le défaut de production en faveur de la consommation.

Le problème posé est celui de la Valeur de la Production dans la garantie de la richesse et la stabilité économique. Dès lors, que pouvons-nous retenir du rapport Importation-Production ? Une économie qui favorise des importations de Consommation plus que de Production, peut-elle assurer des emplois durables ou mesurables ? Enfin, au bout du chemin argumentatif, quelle est le rôle que joue l’éducation financière ?

Le rapport Importation-Production


De prime abord, il faut savoir que les importations, initialement, contribuent à lutter contre l’inflation, en ce sens que cela permet de concurrencer les produits locaux (nationaux) abondants et de diminuer les prix sur le marché. Sauf qu’au Cameroun, la production locale abondante n’existe pas, ce qui vient plutôt créer un effet inverse. En effet les produits importés, qui pour la plupart sont sensés se vendre moins chers, faute d’une production nationale suffisante ou abondante, se vendent beaucoup plus chères qu’ils ne doivent. Les aspects de protection des consommateurs, les impôts et/ou la douane n’aidant vraiment pas. L’importation ne crée une saine concurrence que s’il existe déjà une production locale coûteuse à défier.

Pour ainsi dire, au Cameroun, une grande partie des importations concerne les produits manufacturés. C’est simplement dire que la majeure partie des importations se fait pour consommer et non pour produire. Une forte importation sans contrepartie productive est le signal d’une économie qui ne produit pas assez (équivalente ou supérieure). Ce qui a pour conséquences d’engendrer des déséquilibres tels que l’inflation, et crée une dépendance économique.
L’importation n’est bénéfique que si elle sert d’intrant à la production (équipements, matériaux) et non essentiellement à la consommation. Importer des équipements et intrants pour soutenir la production génère une valeur réelle et favorise la création d’emplois. La production, la vraie, doit être perçue comme un moteur essentiel de la richesse nationale. La prospérité financière ou même économique en dépend.

Les importations de consommation : L’illusion d’emplois durables

Certes les importations de consommation et de production créent des emplois, seulement celles de production en assure la mesurabilité et la durabilité.
A titre de rappel, et question d’encadrer la compréhension de tous. La mesurabilité des emplois fait référence à la mesure du travail et de l’employabilité. Si le premier permet de quantifier le temps nécessaire à un travailleur qualifié d’effectuer une tâche, le second quant à lui évalue la capacité du travailleur à obtenir, conserver et changer d’emploi. Le facteur substantiel de la mesurabilité de l’emploi c’est le Travail ! Produire de la valeur c’est travailler et travailler c’est produire de la valeur.
Si la production implique le processus de création de la valeur, la consommation, elle, implique la destruction de cette dernière. Consommer, c’est détruire la valeur qui a été créée par la production. C’est donc dire que les emplois qui se créent sous couvert les importations de consommation sont généralement des emplois à court termes et précaires. Par conséquent, l’idée que les importations de consommation créent des emplois durables pour les jeunes est un mythe, car elles ne garantissent pas la stabilité et la durabilité financière.

C’est la production qui génère de véritables opportunités d’emploi, et non la consommation.


La création de valeur (monétaire) réelle provient de la production. A titre illustratif, en banque, la monnaie elle-même est créée par le jeu d’écriture de la dette ou, par analogie, par la création de valeur issue du travail. Par exemple, nous avons presque tous eu une expérience directe ou indirecte avec des fonds d’investissement vicieux qui promettaient mondes et merveilles (des bénéfices faramineux). Seulement pour camoufler leur échec de management financier, ils aiment s’appuyer sur la cryptomonnaie, la pauvre. Autrement dit, ils disaient que tous leurs investissements étaient sous-tendus sur elle. Or Un enrichissement basé uniquement sur le « virtuel » ne soutient pas efficacement l’économie réelle ! Il est précaire, tant qu’il n’est pas transformé ou consolidé en richesse réelle (immobilier, agriculture, industrie) sous-tendue par la production, sous-tendue par le travail.

Le Rôle Crucial de l’Éducation Financière

Prenons un exemple qui met en exergue un problème de mentalité et de Consommation / Consommateur irrationnel(le). Des meubles fabriqués localement à 600 000 FCFA, jugés trop chers par rapport à des produits importés souvent parce qu’exposé dans un quartier populaire. Mais ces mêmes meubles sont achetés 1,5 million FCFA et plus, juste parce que la localisation du Showroom se trouve dans un quartier luxueux. Cette situation, démontrant une mauvaise perception de la valeur des consommateurs-acheteurs illustre un manque d’éducation financière.
En effet, beaucoup d’acheteurs mesurent la valeur non pas à la qualité ou au savoir-faire réel, mais au marketing et au prestige (le « prouving » ou besoin ostentatoire ou l’emballage luxueux). Un consommateur rationnel doit pouvoir reconnaître la qualité réelle d’un produit, peu importe son lieu d’exposition ou d’origine.

En somme, il était question de la Valeur de la Production dans la garantie de la richesse et la stabilité économique.

L’analyse du problème et son développement stipule que la clé pour un avenir économique durable au Cameroun réside dans la promotion de la production locale ; la réduction de la dépendance aux importations de consommation, sachant que l’importation peut être bénéfique si elle stimule une concurrence avec des produits locaux majoritaires et abondants ; et un accent sur l’éducation financière qui aidera à comprendre et choisir des produits de qualité et à investir intelligemment dans des produits locaux durables. Ces éléments sont essentiels pour garantir un développement économique axé sur la valeur, la durabilité, et la création d’emplois réels. La valeur en générale ou monétaire en particulier ne peut être durablement créée que par le travail concret et la production, à condition de définir la production – la vraie – comme une mission étatique prioritaire.

Yves Alain SECKE
Consultant Formateur
Expert en Management Financier
Expert GYB PNUD