Formulé dans le sens d’un effort de gouvernance participative, la charte pour une pêche artisanale durable dans le Parc Marin Manyange Na Elombo Campo résulte d’une collaboration multi-acteurs entre les administrations locales (MINFOF, MINAT, MINEPIA). Mais aussi et surtout en comptant sur les organisations de la société civile (OSC) locales, dont Tube Awu, désignée facilitatrice pour le suivi annuel.
Un atelier de renforcement de capacité des acteurs a réuni ce 11 novembre 2025, à l’hôtel de ville de Campo, les autorités représentants les chefferies traditionnelles et associations de pêcheurs des villages riverains au Parc Marin (Mabiogo, Campo-Beach, Bokombe, Malaba, Bouandjo, Doum-essamedjang, Mbendji, Ebodjé).
Cette charte vise à encadrer l’exploitation des ressources halieutiques de manière participative et inclusive. Mais sa mise en œuvre a révélé plusieurs insuffisances, nécessitant un atelier de planification et de renforcement des capacités. Fait marquant de cette rencontre, c’est la présence des partenaires du secteur privé à la table de discussion, leur absence notoire démontrait un déséquilibre dans le déploiement de cette charte.
Créé en 2021, le Parc National Marin Manyange Na Elombo Campo est la première aire exclusivement marine protégée du Cameroun. Situé dans la région de Campo, ce parc abrite une biodiversité exceptionnelle – tortues marines, baleines, dauphins, requins – aujourd’hui menacée par la surexploitation et les pratiques de pêche non durables.
Pour répondre à ces pressions, une charte sur la pêche artisanale durable a été adoptée en novembre 2024. Elle vise à encadrer l’exploitation des ressources halieutiques et à instaurer une gouvernance participative impliquant administrations, communautés locales et organisations de la société civile. Prenant la parole au nom de l’organisation Tube Awu qu’il préside, M. Denis Gnamaloba a clairement exprimé leurs attentes: « par cette rencontre nous avons souhaité recueillir la perception des parties prenantes sur la mise en œuvre de la charte. Mais également c’est l’occasion de présenter et valider une grille d’évaluation pour en mesurer les progrès. Ainsi, ce sera d’un commun accord que se mettra en place un mécanisme de plainte fonctionnel et transparent. En plus de renforcer les capacités techniques des pêcheurs sur les bonnes pratiques lorsque des tortues marines et dauphins sont capturés accidentellement ou échoués vivants ».

M. Mbipite Gaspard / Conseiller de l’association des pêcheurs du village Beyo, exprimant ses préoccupations à l’occasion de cet atelier.
La charte et son ajustement illustrent une ferme volonté de concilier protection de la biodiversité et préservation des moyens de subsistance des communautés locales. Mais son succès dépendra de la mise en place effective des outils de gouvernance, de la transparence dans la gestion des ressources et de la cohésion entre acteurs. Car il faut bien préciser que l’insuffisance de protocoles pour la gestion des espèces marines protégées, ainsi que le manque de ressources financières pour le bon fonctionnement du comité de vigilance, a entrainé des frustrations et tensions entre parties prenantes, particulièrement des pêcheurs, révélant des attentes non satisfaites.

M.Joël Wamba/ Responsable du programme pêche et mégafaune à Tube Awu.
Au moment de sa création, la charte avait pour ambition d’incarner une nouvelle gouvernance locale, inspirée des critères de la Liste verte de l’UICN. Mais les insuffisances constatées montrent que sans outils clairs, financements transparents et mécanismes de redevabilité, elle risque de devenir un instrument symbolique plutôt qu’un levier réel de durabilité.
Parmi les participants M. Abdoul Djamil Dodo, Manager QHSSE (Qualité Hygiène Sécurité , Sureté et Environnement) à KMT ( Kribi Multipurpose Terminal), a donné ses impressions ainsi qu’il suit: « l’initiative de Tube Awu est à féliciter, mais cartographier les doléances des différentes OSC va faciliter l’accompagnement du secteur privé, ainsi on va mener une réflexion sur de meilleures solutions alternatives ».
Le Kribi Multipurpose Terminal (KMT) est le concessionnaire du terminal polyvalent du port en eau profonde de Kribi, au Cameroun. Il est géré par ICTSI (International Container Terminal Services Inc.), un opérateur portuaire international basé aux Philippines. KMT a atteint des records de productivité, par exemple 17 015 tonnes de clinker manutentionnées en 24 heures (709 tonnes/heure), ce qui en fait un acteur majeur dans le golfe de Guinée.
En prenant part à cet atelier, cette entreprise du secteur privé démontre sa sensibilité à la protection de l’environnement et un souci de préservation de la biodiversité marine. Chaque partenaire du secteur privé est susceptible de cofinancer les protocoles techniques pour la gestion des tortues marines et dauphins capturés accidentellement. En plus de mettre à disposition des ressources logistiques (bateaux, équipements de suivi, drones) pour renforcer la surveillance écologique. Ce qui aura pour conséquence de réduire l’empreinte écologique de ses propres activités portuaires et de valoriser des pratiques vertes en vue de l’obtention de certifications environnementales à l’instar de l’ISO 14001.
Ange ATALA
