Le 27 juillet 2026, le village côtier de pêcheurs Ebodjé, situé aux abords du Parc Marin Manyange na Elombo‑Campo, a vibré au rythme des chants et des danses. Les fumeuses de poissons, piliers de la filière pêche locale, ont reçu deux fumoirs améliorés offerts par l’organisation locale Biodiversity Conservation for Life (BCL), grâce à une subvention du Global Green Grant Fund UK.
Ebodjé, dans le département de l’Océan , région du Sud Cameroun, ce 27 juillet 2026. C’était la liesse chez les fumeuses de poisson du village de pêcheurs d’Ebodjé, riverain du parc national marin Manyange na Elombo-Campo. L’organisation locale Biodiversity Conservation for Life (BCL) leur a remis deux fumoirs écologiques destinés à faciliter et sécuriser leur activité de transformation du poisson.
Le choix de cibler les fumeuses de poisson n’est pas anodin. Dans la filière pêche, ces femmes jouent un rôle central dans la transformation et la commercialisation des produits, assurant le lien entre la capture et le marché. Pourtant, leur travail reste largement invisible dans les statistiques officielles de la pêche, qui se concentrent le plus souvent sur les volumes débarqués par les pêcheurs plutôt que sur la valeur ajoutée créée en aval par les transformatrices.
Les deux fumoirs ont été construits grâce à une subvention du Global Greengrants Fund UK, une fondation qui octroie de petites subventions comprises généralement entre 500 et 10 000 dollars; à des initiatives environnementales communautaires à travers le monde. Depuis sa création en 1993, ce fonds a soutenu plus de 14 000 projets dans 168 pays, avec une attention particulière portée aux communautés directement engagées dans la protection de leur environnement, comme c’est le cas à Ebodjé.
Pourquoi le fumoir traditionnel pose problème
Le fumage du poisson sur foyer ouvert, tel qu’il est pratiqué traditionnellement le long du littoral camerounais, expose les fumeuses à une fumée chargée en hydrocarbures aromatiques polycycliques, en dioxines et en monoxyde de carbone — des substances associées à des irritations oculaires, des troubles respiratoires et, à long terme, à des risques cancérigènes. Il exige aussi une quantité considérable de bois : dans la zone Kribi-Campo, le fumage représenterait à lui seul environ 60 % de l’ensemble des usages du bois de feu par les communautés de pêcheurs, une pression qui pèse directement sur les mangroves du littoral — des écosystèmes déjà fragilisés par l’érosion côtière et pourtant essentiels à la biodiversité aquatique et à la reproduction de nombreuses espèces marines.
Pour M. Sambou Mamballa Patrick, Conservateur du Parc Marin Manyangue na Elombo Campo : « les communautés attendent les bénéfices économiques dans la conservation, et c’est le cas avec ce projet. Deux fumoirs ça semble anodin, mais dans les faits, ça va faciliter le travail à des dizaines de ménages dans ce secteur d’activité».
Des expérimentations menées ailleurs sur la côte camerounaise, notamment à Manoka avec l’Association des femmes fumeuses (AFUMA) en collaboration avec l’Université de Douala, ont montré que des fumoirs améliorés, construits en briques de terre ou en métal et laine de verre , permettent de réduire la consommation de bois de 33 % à 50 % par rapport au fumoir traditionnel, tout en réduisant le temps de fumage.
Une triple retombée attendue
Maman Olga Djao, fumeuse de poissons : « Avec ces nouveaux fumoirs, nous respirons mieux et le poisson se conserve plus longtemps ». Selon BCL, les fumoirs remis à Ebodjé devraient produire trois catégories de bénéfices :
- Sur la santé des fumeuses, en réduisant leur exposition directe à la fumée et à la chaleur du foyer ouvert ;
- Sur l’environnement, en réduisant la consommation de bois de chauffe , donc la pression sur les mangroves et les forêts riveraines . Et par conséquent les émissions de gaz à effet de serre associées, ce qui inscrit l’initiative dans une logique de lutte contre le changement climatique ;
- Sur les revenus, un fumage mieux maîtrisé et plus homogène améliorant la qualité et la durée de conservation du poisson fumé, ce qui se traduit par une plus-value sur les marchés et, à terme, de meilleurs revenus pour les fumeuses.
Un modèle éprouvé, adapté au contexte local
Les fumoirs remis à Ebodjé sont des fumoirs écologiques améliorés de type Chorkor, une technologie adaptée localement. Développé initialement au Ghana, le fumoir Chorkor est l’un des modèles de référence en Afrique de l’Ouest et centrale pour la transformation du poisson à moindre impact : sa conception en claies superposées permet de fumer une plus grande quantité de poisson avec moins de bois et en un temps réduit par rapport au foyer ouvert traditionnel, tout en limitant l’exposition directe des fumeuses à la fumée.
Les deux fumoirs ont été construits grâce à une subvention de 10 000 dollars du Global Greengrants Fund UK. Ce montant a permis d’identifier 75 fumeuses directement bénéficiaires à Ebodjé, qui pourront désormais mutualiser l’usage des deux infrastructures pour leur activité de transformation.

Fumoir fabriqué par BCL à Ebodje.
Le choix des sites de construction a été fait en concertation avec l’autorité villageoise : c’est M.Ndjokou Djongo, chef du village d’Ebodjé, qui a désigné les emplacements retenus, dans les quartiers Ngata et Manga Madjao. L’initiative a par ailleurs été mise en œuvre en partenariat avec le service de la conservation du Parc Marin Manyangue na Elombo Campo, ce qui inscrit ce don dans une démarche coordonnée avec la gestion officielle de l’aire protégée, plutôt que comme une action isolée de la seule ONG.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit le don de fumoirs écologiques par BCL : soutenir une activité économique essentielle pour les communautés du parc, sans reproduire la pression sur les ressources ligneuses que ce même parc cherche à protéger.
Ange ATALA
